Vous avez dû quitter la France pour devenir boxeur professionnel avant votre majorité. Dans quel contexte avez-vous fait ce choix et où avez-vous déménagé ?
Bakary Samaké : Je n’ai pas pu passer professionnel à 17 ans. En France, c’est interdit, on doit être majeur pour passer pro. Je suis donc parti au Luxembourg pour le faire. Plusieurs pays offrent cette opportunité, mais on avait des contacts au Luxembourg.
La crise sanitaire a eu un impact sur le sport au sens large, mais plus encore sur le monde amateur que le monde professionnel. A quel point cela a influé sur votre choix ?
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Yoka : "Je ne suis pas de ceux qui se cachent ou veulent prendre le moins de risques possible"
30/12/2021 À 22:07
B. S. : Devenir pro si jeune, c’était dans nos projets. On aurait quand même voulu faire un championnat de France (amateur), mais avec le Covid, ce n’était pas possible. Mon père m’a demandé si j’étais chaud pour devenir professionnel… et voilà.
Il y a des exceptions, comme vous, mais la plupart des mineurs ne sont probablement pas prêts pour la boxe professionnelle. Vous comprenez en un sens ce règlement, ne serait-ce que pour protéger les adolescents ?
B. S. : De mon point de vue… [il réfléchit]. En fait, ce serait bien de faire passer des tests, parce qu’il y a vraiment des pépites qui ont 17 ans et qui sont au-dessus de certains boxeurs professionnels. Certains n’ont rien à faire en amateur et devraient avoir la chance de devenir des professionnels plus tôt.
On a eu le déclic avec le Covid-19 et on s’est lancé !
Tony Yoka a pris un chemin classique, allant jusqu’au titre olympique en 2016 avant de passer professionnel. Il a 29 ans et n’a toujours pas pu combattre pour une ceinture mondiale chez les pros. Est-ce que cela vous donne l’impression qu’il faut savoir brûler les étapes dans la boxe, pour ne pas se retrouver dans cette situation ?
B. S. : Non, je ne me dis pas ça. Ce sont ses choix. On n’a pas eu les mêmes objectifs. Je ne saurais pas dire… (ce qu’il en est de la situation de Yoka, NDLR). Je ne suis pas dans le même cas que lui. Depuis tout petit, mon père et moi sommes prêts à ce que je passe professionnel. Et là, on a eu le déclic avec le Covid-19 et on s’est lancé !
Vous parlez de vous et de votre père comme d’une seule entité. Ce projet, c’est le vôtre… à vous deux ?
B. S. : Exactement. Depuis que je suis tout-petit, on est connecté. C’est lui qui m’a fait rentrer dans la boxe. Avant la boxe, je pratiquais plusieurs sports, comme le basket, le foot, le hockey sur glace, la natation… j’étais un peu partout. Un jour, il m’a amené à la salle de boxe. J’ai aimé. Je me suis amusé. Je suis quelqu’un de très mobile. Il a vu que j’avais un truc. Il m’a amené partout, il m’a entraîné. Il avait prévu ça depuis que je suis petit.
Vous n’avez pas peur que votre relation père-fils devienne une relation avant tout professionnelle ?
B. S. : Non, parce qu’on ne se prend pas la tête. Mon père n’est pas quelqu’un qui va me parler de boxe tout le temps à la maison. Quand il faut aller à l’entraînement, on va à l’entraînement… On est relax, on est "peace".
Relax… mais ambitieux, donc, depuis que vous avez commencé la boxe à 8 ans.
B. S. : Ah oui, j’ai toujours boxé pour gagner ! On avait une grosse équipe de jeunes, dans une salle à Noisy-le-Grand. On avait tous la gnaque, on voulait tous gagner, on combattait tous dans les mêmes réunions. Tous là à vouloir la victoire. Depuis tout-petit, on est dans ce mood là.
Je m’inspire de plusieurs grands boxeurs depuis que je suis petit : Floyd Mayweather, Jaron Ennis, Canelo [Alvarez]
Samedi à Villers-sur-Mer, vous allez affronter Houcine Moulahi en super-welters (-69 kg). Il a 31 ans et compte trois victoires et sept défaites en onze combats chez les professionnels. Votre bilan est de six victoires en six combats. Combattre face à un adversaire expérimenté est intéressant pour vous…
B. S. : La différence d’expérience ne m’inquiète pas. J’ai commencé ma carrière à 17 ans, j’ai déjà affronté des personnes plus âgées, en sparring aussi. Je suis prêt. Je suis déjà dans le bain.
Comment ce combat a-t-il été organisé ?
B. S. : Je ne m’occupe pas de ça. On me dit qui je combats. On me montre quelques vidéos, histoire d’appréhender le combat… et je me lance. Je suis focus sur le ring.
Après avoir vu ces quelques vidéos, à quoi vous attendez-vous ?
B. S. : Il faudra que je sois très, très focus. C’est quelqu’un qui se jette tête baissée, qui envoie des coups larges. Il ne faut pas que je panique, il faut que je reste concentré, parce que c’est un boxeur un peu fougueux (…) Le genre de boxeur qui va casser ta boxe.
Et vous, quel genre de boxeur êtes-vous ?
B. S. : Je suis un boxeur très rapide, avec un bon jeu de jambes et un bon jeu défensif. J’ai un style plutôt américain. Je m’inspire de plusieurs grands boxeurs depuis que je suis petit : Floyd Mayweather, Jaron Ennis, Canelo [Alvarez].
A quel point tenez-vous à votre invincibilité chez les pros ? Cela vous motive plus ou moins que l’objectif d’obtenir un jour une ceinture mondiale ?
B. S. : On peut, peut-être, passer par les défaites. Cela permet d’apprendre. Mais j’ai déjà connu la défaite en amateur et je ne veux plus passer par là. On s’est entraîné très dur pour ça, pour rester invaincu en pro. Quant à être champion du monde, c’est l’objectif à long terme.
Qu’entendez-vous par long terme ?
B. S. : [Il prend le temps de répondre] D’ici quatre ou cinq ans, j’espère.

Bakary Samaké, qui s'entraîne avec un sac de frappes

Crédit: Other Agency

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