BOXE - Tony Yoka, cinq questions pour comprendre son futur

BOXE - Tony Yoka s'est incliné contre Carlos Takam samedi au Zénith de Paris sur décision partagée. La deuxième défaite de sa carrière, la deuxième consécutive surtout. Avant ses deux revers, le Français incarnait le futur de la boxe professionnelle tricolore. Désormais, il semble se heurter au très haut niveau et s'est montré sans solution et dépassé face à ses derniers adversaires.

Tony Yoka a été défait par Carlos Takam au Zénith de Paris.

Crédit: Getty Images

Tony Yoka, avant d'être défait par Carlos Takam samedi soir au Zénith de Paris, se trouvait déjà à un tournant de sa carrière après une première défaite contre Martin Bakole en 2022. Il est désormais sur une pente dangereuse, sacrément inclinée. Cinq questions pour comprendre la direction que peut prendre la carrière du champion olympique 2016.

A-t-il atteint ses limites ?

Tony Yoka est un bon boxeur, dire le contraire serait mentir. "C'est un champion", a même assuré Carlos Takam juste après l'avoir battu sur décision partagée. Reste que ses deux dernières sorties ont semblé mettre en lumières certaines limites du combattant. Contre le Franco-Camerounais, samedi, il a manqué de solutions. Souvent contré quand il envoyait son bras avant et en difficulté pour envoyer sa patte arrière, il a subi l'explosivité et le poids des poings de Takam à mi et courte distance. D'ailleurs, la décision partagée était (très) généreuse.
Pourtant, "comparé à l'année dernière où je n'avais pas fait un bon camp d'entraînement, cette fois-ci ça s'est bien passé", a souligné l'intéressé. Pas de blessure majeure, son entraîneur, Virgil Hunter, l'a suivi de bien plus près qu'avant le combat contre Bakole, Yoka enchaînait les sparrings et affichait un visage de mort de faim. Le tout après avoir pris plusieurs mois pour couper avec son sport suite à sa première défaite. Alors soit le champion olympique 2016 s'approche de ses limites pugilistiques, soit les barrières sont mentales. Ou les deux.

Le rêve de titre mondial est-il encore possible ?

Début 2017, Tony Yoka avait été clair sur ses intentions : "On s'est donné 4 ans, 5 au maximum pour devenir champion du monde". Qu'elles semblent loin ces déclarations. Évidemment, dans le sport rien n'est impossible. Le Parisien peut se refaire une santé sur ses prochaines sorties, accrocher un ou deux gros noms pour grimper à nouveau dans les classements.
Reste qu'au niveau actuel de Yoka, se frotter au gratin mondial : Anthony Joshua, Oleksandr Usyk, Tyson Fury, Andy Ruiz et compagnie, serait du suicide. Et à 30 ans, si une marge de progression est tout à fait possible, pas certain qu'elle soit énorme. D'autant plus que revenir au top niveau et se refaire la cerise sur plusieurs combats va prendre du temps. Un combat est déjà prévu le 24 juin. L'identité du futur adversaire donnera un premier indice sur le chemin à parcourir avant d'espérer à nouveau chatouiller les noms du gratin mondial.
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Tony Yoka après sa défaite face à Carlos Takam

Crédit: Getty Images

Quel(s) adversaire(s) ?

Inutile d'espérer voir Yoka croiser le fer avec des grands noms du noble art dans les mois à venir. Dans sa situation, il faut plutôt regarder derrière. Le top 15 ne se pressait déjà pas pour partager le ring avec lui avant sa défaite au Zénith de Paris. Pas impossible que ses poursuivants voient en lui un combat abordable pour grimper dans la hiérarchie et profiter de la visibilité de Canal+. Le nom des prochains adversaires importera moins que la manière pour le Français. Dans l'immédiat, il a besoin de victoires nettes.

Est-il trop tard ?

Tony Yoka n'a "que" 30 ans. Dans beaucoup de sports, les athlètes atteignent le sommet de leur art à la trentaine. En boxe, les poids lourds se faufilent entre les griffes du temps. Dans une catégorie de gros punchers où la mobilité et le jeu de jambes sont un poil moins fondamentales, la durée de vie des combattants est plus longue. Carlos Takam, encore dangereux à 42 ans, en est la preuve vivante. A condition d'une hygiène de vie correcte, Yoka peut compter sur son corps pour le servir fidèlement encore quelques années. Pas de souci de ce côté-là.

Quid de son image

Hors du ring, Tony Yoka est sous contrat avec Canal + pour la diffusion de ses combats. Depuis 2017, il est mis en avant par la chaîne du groupe Vivendi et profite de sa force de frappe en termes de développement d'image. Au départ, c'était le jackpot : Yoka a une belle gueule, s'exprime bien. Surtout, il possédait un capital sympathie après son titre olympique. "Mais le développement du business dans le monde du sport reste conditionné aux résultats avant tout. On ne peut pas tricher, et les gens attendent de voir ce que donnera ce projet", prévenait Jérôme Abiteboul, son promoteur, dans le Figaro en octobre 2017.
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Tony Yoka le genou à terre face à Martin Bakole.

Crédit: Getty Images

La phrase a un goût de prémonition désormais. Car au-delà des contre-performances, c'est l'image de marque du boxeur qui a pris un sacré crochet au foie. Parmi le grand public, pas forcément grand amateur du noble art, mais friand des belles histoires de sport français, le constat est à l'échec. Après des années pour faire monter la sauce autour de Yoka, le soufflet est retombé d'un coup. D'autant plus qu'il paye désormais le côté "grande gueule" qu'il a pu afficher quand les victoires s'enchaînaient.
Dans la boxe, le nombre de personnes qui suivent vos performances est presque aussi important que les coups échangés. Chaque Français qui se désintéresse de Yoka est un petit coup dur pour le contrat qui le lie au groupe Canal. Si la chaîne lui tourne le dos au terme des deux derniers combats qui la lie à Yoka, l'avenir du champion olympique et son exposition médiatique à moyen terme pourraient en prendre un coup.
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