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De Rome à Atlanta, de Frazier à Foreman : l'épopée Ali en 10 dates

De Rome à Atlanta, de Frazier à Foreman : l'épopée Ali en 10 dates

Le 04/06/2016 à 13:34Mis à jour Le 04/06/2016 à 19:13

La vie de Mohamed Ali ne ressemble à aucune autre. L'homme comme le champion ont à peu près tout connu, de la plus immense gloire aux pires souffrances. Retour en 10 dates sur une carrière et une existence en forme d'épopée moderne.

5 septembre 1960 : En haut de l'Olympe

Cassius Marcellus Clay a poussé pour la première fois les portes d'une salle à l'âge de 12 ans. Six ans plus tard, il devient champion olympique à Rome. Sa peur de l'avion avait transformé le voyage en calvaire, mais en Italie, le jeune Clay devient une star. En finale des mi-lourds, il détruit le Polonais Zbigniew Pietrzowski, qui tient deux reprises avant d'être laminé dans la troisième. "Le round le plus sanglant de toute l'histoire des Jeux Olympiques", écrit le New York Times. Clay n'a que 18 ans, mais déjà cette arrogance naturelle et cette certitude bien ancrée que son destin ne sera pas celui du commun des boxeurs. "S'il y avait eu une élection du maire du Village olympique, j'aurais certainement gagné", clame-t-il.

25 février 1964 : Champion du monde

Clay a 22 ans depuis un peu plus d'un mois quand il se présente sur le ring de Miami. Face à lui, Sonny Liston parait indestructible. Il est le roi des poids lourds depuis ses deux victoires contre Floyd Patterson. Chez les pros, Clay n'est encore personne et ses débuts ont même été assez laborieux. Ses victoires contre Henry Cooper, le champion d'Europe, ou Doug Jones, n'ont pas convaincu. Ce qui ne l'empêche pas d'être certain de sa victoire. A Denver, il vient klaxonner en pleine nuit sous les fenêtres de Liston pour le provoquer.

La signature du contrat débouche sur une première joute, verbale. Le jeune insolent annonce publiquement que Liston tombera au 8e round. Le champion répond qu'il a peur. Peur d'être arrêté pour assassinat. Sur le ring, Liston s'épuise à tenter d'attraper un adversaire insaisissable. "I am the greatest", gueule Clay à la fin du 5e round. Quelques minutes plus tard, à l'appel de la 7e reprise, Sonny Liston ne reprend pas le combat. Cassius Clay devient champion du monde des poids lourds. La revanche, 14 mois plus tard, remportée à nouveau par Ali, est très controversée, des rumeurs de truquage enveloppant ce combat au parfum étrange, à l'issue duquel les deux boxeurs avaient d'ailleurs été copieusement sifflés.

6 mars 1964 : Clay, X, Ali

Le lendemain de sa quête du titre, Cassius Clay annonce qu'il devient Cassius X, en référence à Malcolm X, le leader des Black Muslims. Puis Mohamed Ali, quelques semaines plus tard. Devenu musulman, il refuse de porter plus longtemps "un nom d'esclave." Le champion du monde ne combat plus seulement sur le ring, mais également dans la sphère publique. Il devient un personnage controversé. "Je suis un guerrier de la cause musulmane", dit-il alors. Ali devient l'anti Martin Luther King, qui dit de lui : "il est en train de devenir le champion de la ségrégation raciale. Justement ce contre quoi j'essaie de lutter".

28 avril 1967 : La destitution

En mars 1967, il défend victorieusement son titre pour la 9e fois, face à Zora Folley. Un mois plus tard, il est destitué de son titre et de sa licence par la Commission de New York, puis condamné à 5 ans de prison par la justice fédérale pour son refus d'incorporer l'armée américaine en vue d'un départ au Vietnam. "Je n'ai rien contre les Viêt-cong, aucun d'entre eux ne m'a jamais traité de nègre", explique-t-il. Ferme sur ses positions et ses convictions, Ali fera appel et n'ira pas en prison. Peu à peu, le vent tournera, les soutiens, politiques notamment, s'accroitront. Mais il attendra 1971 et une ruineuse bataille juridique avant d'être innocenté par la cour fédérale.

8 mars 1971 : Ali-Frazier, acte I

Après quelques combats de reprise, Mohamed Ali affronte Joe Frazier dans le flambant neuf Madison Square Garden de New York. Frazier est l'homme qui a récupéré le titre perdu devant les tribunaux par Ali. L'ancien banni veut récupérer son titre, et clame que Frazier "tombera au 6e round". Mais Frazier ne tombe pas. Au contraire, c'est Ali qui met un genou à terre sur un violent crochet du gauche de Frazier dans la 11e reprise.

Au 15e round, Ali s'effondre, parvient à se relever mais perd logiquement aux points. C'est sa première défaite et le début d'une haine farouche entre "The Greatest" et "Smoking Joe". Deux autres combats, dantesques eux aussi, suivront. Ali voit son rêve de finir sa carrière invaincue, comme Marciano, s'envoler. Malgré tout, il a tenu la dragée haute à Frazier, malgré trois années et demie d'absence. Après le combat, les deux hommes restent hospitalisés pendant trois jours...

Mohamed Ali face à Joe Frazier en 1971.

Mohamed Ali face à Joe Frazier en 1971.AFP

30 octobre 1974 : The Rumble in the Jungle

Peut-être le combat le plus célèbre de l'histoire de la boxe. Tout a été dit, écrit et montré autour du combat entre George Foreman et Mohamed Ali à Kinshasa, qui a eu lieu à 3 heures du matin, heure locale, afin d'être diffusé en prime time aux Etats-Unis. Il faut voir et revoir encore l'extraordinaire documentaire de Leon Gast, When we were kings (Oscar du meilleur documentaire en 1996) pour appréhender le contexte de ce duel et, d'un point de vue sportif, pourquoi et comment Ali a pu dompter cet adversaire plus grand, plus jeune, plus fort et tellement plus puissant que lui. A l'époque, beaucoup pensent qu'Ali, âgé de 32 ans, va au suicide. Foreman est devenu champion du monde en détruisant Joe Frazier, humilié en moins de deux rounds.

Ali. Foreman. Frazier. Tous champions olympiques, dans l'ordre, de 1960 à 1968. Les trois poids lourds qui portent la boxe au sommet. Foreman, dont le crochet est "lourd comme la mort", dixit Norman Mailer, parait invincible, mais Ali, se sachant incapable de le dominer en puissance, va épuiser le champion. Restant dans les cordes l'essentiel du combat (le fameux "rope a dope"), il attend son heure. Et quand Foreman, à bout de forces et de souffle, sera suffisamment mûr, Ali l'expédiera au tapis au 8e round. Quelques instants plus tard, un gigantesque orage s'abat sur le stade du 20 mai et ses 70 000 spectateurs déchainés. Ali redevient champion du monde des lourds, récupérant ce titre que personne ne lui avait pris sur le ring.

1er octobre 1975 : Thrilla in Manilla, la mort dans les yeux

Le combat le plus dur, le plus intense, le plus violent et le plus éprouvant de la carrière de Mohamed Ali. Redevenu champion du monde, Ali amasse une fortune colossale à chaque combat, grâce à Don King, son promoteur. Mais tout le monde rêve d'une "belle" contre Joe Frazier. Elle aura donc lieu à Manille, et devient un événement planétaire. Les grincheux parlent d'un duel entre pré-retraités uniquement intéressés par un gigantesque chèque. Mais le combat est magnifique d'intensité et sa dramaturgie reste inégalable. Les deux champions vont au bout d'eux-mêmes, et même au-delà. Frazier, d'abord dominateur, voit peu à peu un déluge de coups s'abattre sur lui. Le jab d'Ali le rince, round après round.

Le nez fracassé, la bouche éclatée, Frazier est à l'agonie quand, à l'appel de la 15e reprise, Eddy Futch, son manager, lui interdit de reprendre le combat. Ce qu'il ignore, c'est qu'en face, Ali était lui aussi sur le point de renoncer. "C'est incroyable, peste Smoking Joe. J'ai assené des coups qui auraient fait tomber un mur". Ali, marqué comme jamais, n'a plus la force d'être arrogant quand il se présente devant la presse. "C'est terminé entre Joe et moi. Nous avons soldé nos comptes. C'est le combat le plus dur de ma vie. J'ai cru apercevoir la mort." Ali a 33 ans, il est au sommet de sa gloire et de sa fortune. Désormais, une lente mais interminable descente, d'abord sportive, puis humaine, va s'enclencher.

15 septembre 1978 : Champion, plutôt trois fois qu'une

Foreman et Frazier à la retraite, Mohamed Ali s'ennuie. Le 15 février 1978, hors de forme, dépassant les 100 kilos, surnommé "Bouddha" par une presse moqueuse, il s'incline aux points face à un jeune loup nommé Leon Spinks. Ali a 36 ans. On pense que c'est la fin pour lui. Une revanche est pourtant signée dans la foulée et les deux hommes se retrouvent sept mois plus tard, au Superdome de la Nouvelle-Orléans. Cette fois, Ali est préparé. A l'inverse, Spinks a perdu tout contact avec le réel depuis son titre. Véritable tête brûlée, il boit, se drogue, claque son fric de façon déraisonnable. Et il ne s'entraîne plus, ou presque plus. Après une magistrale 5e reprise, Ali prend les commandes du combat et ne les lâchera plus. Vainqueur aux points, il reprend le titre, uniquement pour la WBA. Peu importe, il est le premier poids lourd de l'histoire, et toujours le seul à ce jour, à avoir été trois fois champion du monde.

2 octobre 1980 : Le combat de trop

Ce n'est pas le dernier combat d'Ali, qui s'inclinera encore contre Trevor Berbick un an plus tard. Mais le caractère définitif de sa défaite contre Larry Holmes, en octobre 1980, en fait une date symbolique. C'est le dernier combat avec un titre mondial en jeu du natif de Louisville, qui avait pris sa retraite et donc cédé son titre un an auparavant. A 38 ans, il fait déjà peine à voir. "Ceux qui se sont massés au Caesars Palace ne sont pas des amoureux de boxe mais des voyeurs", écrit le Washington Post. Il y a de ça. Ali est incapable de rivaliser avec Larry Holmes, le nouveau roi des lourds. Le clan Ali jette l'éponge à la 11e reprise, pour éviter un drame. Holmes, des années plus tard, avouera avoir retenu certains coups pour ne pas détruire davantage son idole, dont il fut le sparring-partner avant de devenir le bourreau.

19 juillet 1996 : La flamme d'Atlanta

L'arrivée de la flamme olympique dans le stade olympique, le jour de la cérémonie d'ouverture, est toujours un moment singulier. Mais jamais il n'aura été aussi fort et poignant qu'en 1996, à Atlanta. Mohamed Ali avait appris deux mois après les Jeux de Los Angeles, en 1984, qu'il souffrait de la maladie de Parkinson. Lorsque les J.O. reviennent aux Etats-Unis 12 ans plus tard, il est décidé de lui rendre hommage. C'est lui qui, dernier relayeur, va irradier la vasque. Emotion en mondiovision quand Ali, main tremblante mais oeil toujours vif, s'approche pour allumer la flamme. Quelques jours plus tard, le C.I.O. lui redonnera une médaille d'or. La sienne avait fini dans la rivière Ohio quand, furieux d'avoir été bouté hors d'un bar de Louisville par le patron qui refusait de "servir un nègre", le jeune Cassius Clay l'avait balancée. Lui, le champion olympique, le nouveau héros, n'était qu'un noir parmi d'autre dans sa propre ville natale. Il ne l'avait pas supporté.

A smiling Muhammad Ali shows his fist to reporters during an impromptu news conference in Mexico City in this July 9, 1987.

A smiling Muhammad Ali shows his fist to reporters during an impromptu news conference in Mexico City in this July 9, 1987.Eurosport

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