Paris 2024 / Boxe : Cindy Ngamba, la boxeuse qui se bat au nom des réfugiés
Par Yohann Le Coz
Publié 30/07/2024 à 23:58 GMT+2
Cindy Ngamba va participer pour la première fois aux Jeux olympiques à Paris après une qualification pour le tournoi de boxe obtenue à la faveur d'un travail acharné, jamais facilité par un parcours tortueux. La porte-drapeau de la délégation des réfugiés a appris la boxe comme la vie : à la dure. La fierté immense de représenter les réfugiés l'anime à l'approche de son entrée en lice mercredi.
Cindy Ngamba of Boxing Refugee Team is interviewed after winning their Women's 75kg Round of 32 bout against Naomi Graham of USA during day four at the Paris 2024 Olympic Boxing Qualification Tournament at E-Work Arena in Busto Arsizio, Italy.
Crédit: Getty Images
A 11 ans, elle quittait son Cameroun natal. A 21 ans, elle bénéficiait finalement du statut de réfugiée au Royaume-Uni. Et voilà qu’à 25 ans, Cindy Ngamba porte fièrement le drapeau de la délégation des réfugiés, sur le deuxième bateau qui a fendu les eaux de la Seine lors de la cérémonie d’ouverture, sous les yeux de centaines de milliers de spectateurs, et plus d’un milliard de téléspectateurs, au cœur d’un spectacle historique.
"Mon frère et moi avons toujours été protégés par nos parents, mais la vie était difficile pour joindre les deux bouts, et nos parents ne voulaient pas que l’on soit dans la galère à l’avenir, donc on devait essayer d'envisager notre vie ailleurs, et de nous construire un futur plus stable” a expliqué l’athlète. Son parcours force le respect."En 2009, à mes 11 ans, j’arrive donc à Bolton, près de Manchester. Il faisait froid, le temps était pluvieux, c’était très difficile au début !, s’est-elle remémoré pour le site Infomigrants. En plus, je faisais un énorme blocage sur la langue, je pensais que je n’y arriverais jamais, je ne comprenais rien !"
Du foot au Championnat d'Angleterre de boxe
Elle qui s’est essayée au football, poussée par son grand frère, avant de découvrir la boxe où elle s’est pleinement épanouie, n’a bénéficié d’aucun passe-droit, aucune porte ouverte. Son premier combat s’est tenu loin des rings, en jonglant entre l’apprentissage de l’Anglais et les moqueries à l’école, dans les méandres du système administratif britannique, qui ne lui a accordé le statut de réfugié que 10 ans après son arrivée outre-Manche. Une démarche qu’elle a été forcée d’entreprendre, puisque son homosexualité, qui lui vaudrait une peine de prison au Cameroun, l’a privée ne serait-ce que de l’idée de retourner un jour sur la terre qui l’a vue naître. Un long chemin qui aujourd’hui fait sa force et sa fierté : “C'est un honneur pour moi de représenter cette équipe si spéciale et de porter le drapeau pour les millions d'autres réfugiés partout dans le monde”.
Cindy Ngamba a découvert le noble art dans une salle de Bolton, près de Manchester, où ses entraîneurs Dave Langone et Nick Raymond l’ont formée à la dure. “Ils m’ont mise à l’épreuve durant de longs mois pour travailler ma condition physique et me préparer au mieux pour ce sport, s’est-elle remémorée. Je n’ai pas touché un gant ni tapé dans un sac durant quasiment un an !”. Pas de quoi la dégoûter. Bien au contraire, elle a garni l’armoire à trophées de trois titres de championne d’Angleterre… dans trois catégories de poids différentes. Puis a décroché sa première qualification olympique, pour les couleurs de la délégation des réfugiés, puisque, attendant de mettre les gants pour un premier tour corsé contre Tammara Thiebault, Cindy Ngamba se bagarre encore pour obtenir un visa et la citoyenneté britannique.
Représenter les réfugiés du monde entier
A Paris, elle fera la fierté des siens, et d’une partie de sa famille qui vite dans la capitale et qu’elle pourra retrouver pour l’occasion. Ce qui lui convient bien, sportivement parlant. Car si son arrestation par la police en 2017 alors qu’elle se rendait à un rendez-vous dans un bureau de l’immigration est un lointain souvenir, il reste douloureux, empreint de la terreur qui l’avait saisie pendant ses 48 heures de détention. “Je veux aussi essayer d'être une inspiration pour les jeunes et les réfugiés qui ont aussi des rêves, martèle-t-elle. Il faut parler de la cause plus que jamais, et je veux être un porte-étendard de la cause”. Cindy Ngamba ne se bat plus tant pour elle que pour ceux qui, comme elle, seront encore arrêtés demain.
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