L'homme tranquille

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Albertville avait couronné Fabrice Guy. Turin pourrait lui trouver un successeur ce samedi lors du Gundersen. Le renouveau du combiné nordique tricolore s'appelle Jason Lamy-Chappuis. Après un début de saison en fanfare, le Jurassien de 19 ans se présente

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"A Turin, je m'estime un peu jeune. J'irai pour apprendre ". Jason Lamy-Chappuis ne s'en cache pas : une dixième place serait "un résultat parfait". Après avoir marqué de son empreinte le début de saison par quelques places de marque (notamment deux places de troisième lors des sprints de Ramsau et de Harrachov), le Français manquerait-il d'ambition ? L'homme de Bois d'Amont avertit : "J'ai envie de vivre ces Jeux à fond. C'est un rêve de gosse qui se réalise. Mais je compte surtout être présent dans quatre ans". A Vancouver. Pas si loin finalement de ses origines.
Né dans le Montana
Car l'homme, bien que représentant du drapeau bleu-blanc-rouge, n'est pas originaire des montagnes françaises : "Je suis né le 9 septembre 1986 à Missoula, dans le Montana. " Sa mère est américaine, son père jurassien est français. Moniteurs au Club Méditerranée de Copper Mountain, célèbre station du Colorado, ses parents décident de partir en France car pour eux, " mener une vie de famille était impossible compte-tenu de leur travail ". Son père Daniel décide alors de reprendre ses études. Et devient informaticien tandis que sa mère enseigne l'anglais en école primaire.
Installé à Bois d'Amont, dans le Jura, le petit Jason débute par du ski de fond vers 5-6 ans. Se met au saut à 7. Sur le tremplin des Rousses, il commence à 10m, puis 20, 30, 40m. "Ça m'a tout de suite plu", avoue Lamy-Chappuis. Avant de poursuivre : "En parallèle, je participais à des coupes de ski de fond. Je ne voulais abandonner ni le saut ni le ski."
Première à Holmenkollen
C'est donc tout naturellement qu'il se dirige vers le combiné nordique. Il est pris en charge par Nicolas Michaud, alors entraîneur au Comité du Jura, et aujourd'hui patron national de la discipline. Depuis dix ans, ils ne se quittent plus. En janvier 2003, le déclic arrive à l'âge de 17 ans. Sélectionné en équipe de France pour participer au Festival olympique de la jeunesse européenne en Slovénie, Jason se frotte pour la première fois au niveau international : "Je me souviens avoir sauté loin. Puis j'ai bien géré ma course de fond et j'ai gagné. " Son premier succès, son premier souvenir de haut niveau.
L'année suivante, il débute en Coupe du monde. Son baptême se fait à Holmenkollen, la Mecque du ski nordique. "J'étais impressionné, mais je parviens à me classer sixième du saut. En fond, j'ai reculé à la 27e place", se souvient l'intéressé. Pour sa première course à ce niveau-là, Lamy-Chappuis se fait déjà remarquer.
Sans pression, l'homme attaque la saison 2004-2005 par de nets progrès sur les skis, mais avoue "avoir perdu ses sensations en saut". Alors l'été suivant, il axe sa préparation sur le vol : "J'ai beaucoup travaillé sur le tremplin : un entraînement intensif qui m'a permis de gagner en stabilité, de trouver un certain relâchement et une régularité pour ne plus avoir à me poser de questions". Les résultats ne se font pas attendre très longtemps. Quelques mois plus tard, à Kuusamo, il remporte le saut. Et termine quatrième après le fond. Terminer au pied de la "boîte", comme il dit, ne le frustre pas : "Jouer le podium après le saut m'a donné des ailes. Grâce à ce résultat, j'ai appris que je suis sélectionnable pour Turin ". Une véritable libération. Depuis, Lamy-Chappuis (1,78m et 65 kg) a enchaîné les performances mais connaît son potentiel et sait qu'il lui reste beaucoup de travail à accomplir : "Quand je regarde un gars comme Hannu Manninen, qui fait 15 kg de plus que moi et qui est de 10 ans plus âgé, je me dis qu'il me manque de la puissance et de l'endurance."
Succéder à Fabrice Guy
Pour cela, l'homme s'entoure de ce qu'il se fait de mieux. Depuis quelques mois, il s'entraîne au Pole France de Prémanon et écoute les conseils de Fabrice Guy, champion olympique à Albertville, il y a quatorze ans, qui l'aide de temps en temps. Les études n'ont pas été mises de côté pour autant : "Après avoir obtenu mon bac S, je suis des études par correspondance depuis deux ans et je prépare une licence de mathématiques."
Pour bien faire lors du Gundersen, première épreuve olympique du combiné nordique, il ne faudra pas calculer. Juste suivre la devise olympique. Il faudra sauter "plus loin", être sur les skis "plus vite". Pour finalement être le "plus fort" d'entre tous.
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