Cyclisme

Un empire construit en 10 ans : Les 10 moments marquants de Froome chez Sky-Ineos

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Chris Froome, dix ans chez Sky-Ineos.

Crédit: Getty Images

ParLaurent Vergne
09/07/2020 à 11:44 | Mis à jour 09/07/2020 à 12:29
@LaurentVergne

Voilà, c'est fini. Tête de proue du projet Sky puis Ineos sur la décennie écoulée, Christopher Froome quittera l'équipe britannique pour rejoindre Israël Start-Up Nation en fin de saison. En dix ans, "Froomey" aura durablement marqué le cyclisme moderne avec une décennie pleine de coups d'éclat ou de coups du sort. Voici les 10 moments marquants de la carrière de Froome chez Sky-Ineos

2011 : Pena Cabarga, la révélation

A 26 ans, Chris Froome est encore largement inconnu du grand public. Sky a recruté l'année précédente ce coureur au parcours atypique, sans imaginer l'ampleur des bénéfices qu'elle va en retirer. Venu pour soutenir Bradley Wiggins sur ce Tour d'Espagne, Froome surclasse son leader dans le chrono de Salamanque et prend la tête du classement général. A quatre jours de l'arrivée à Madrid, il signe une victoire marquante au sommet de Pena Cabarga à l'issue d'un incroyable mano a mano avec Juan Jose Cobo.

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Le suspense aura été de courte durée : Froome rejoindra Israël Start-Up Nation

09/07/2020 À 10:19

Revenu à 13 secondes de l'Espagnol au général, le Britannique ne parviendra jamais à combler cet écart infime. Il termine deuxième au classement final et égale la meilleure performance historique d'un coureur britannique sur un grand Tour, près d'un quart de siècle après la 2e place de Rober Millar sur le Giro 1987. Pourtant, cette Vuelta figure bel et bien sur le palmarès de Christopher Froome. Huit ans plus tard, en 2019, Cobo, confondu pour dopage, perd sa victoire sur tapis vert. Le Tour d'Espagne aura donc marqué au final la révélation et la première grande consécration du "Kényan blanc".

A Pena Cabarga, en 2011, Christopher Froome signe son premier coup d'éclat chez Sky

Crédit: AFP

2012 : Le "sacrifice" pour Wiggins

Tour de France 2012. Même "pitch" de départ que sur la Vuelta 2011 : chez Sky, Bradley Wiggins, vainqueur de Paris-Nice, du Tour de Romandie et du Dauphiné est l'unique leader. Les autres, tous les autres, sont là pour l'épauler. Christopher Froome compris. Ce dernier lâche plus d'une minute dès la 1re étape sur crevaison. Une aubaine pour Sky car, la suite le révèlera, Froome est au moins aussi fort que son leader.

Lors de la 7e étape, l'ancien coureur de la Barloworld décroche son premier succès sur le Tour à la Planche des Belles Filles, où il devance Cadel Evans et Wiggins. En montagne, à la pédale, il donne le sentiment d'être le plus fort. Mais il doit mettre le frein à mains à plusieurs reprises. Dans les Alpes, il attaque dans la montée finale vers La Toussuire, avant de rentrer dans le rang à la demande de son équipe. Rebelote dans les Pyrénées, à Peyragudes, où il distance à plusieurs reprises le maillot jaune, là aussi pour mieux se relever. Froome termine en dauphin de Wiggins à Paris et il semble inévitable que son heure vienne à court terme...

Bradley Wiggins et Christopher Froome lors du Tour de France 2012

Crédit: AFP

2013 : En jaune et contre tous

Vainqueur du Dauphiné, Chris Froome aborde le 100e Tour de France de l'histoire avec la pancarte de favori dans le dos. C'est peu dire qu'il va justifier ce statut. Le samedi 6 juillet 2013, le Britannique décroche son tout premier maillot jaune après une démonstration de force à Ax 3 Domaines. Il reste encore deux semaines avant l'arrivée sur les Champs-Elysées, mais chacun a bien compris que personne ne pourrait battre l'homme fort de la Sky.

Huit jours plus tard, c'est le clou de son spectacle : sur les pentes du Mont Ventoux, Froome écrase la concurrence. Une image fait date : on le voit lâcher à la pédale un Alberto Contador impuissant. Le tout sans se lever de sa selle. Vainqueur en solitaire, il devient le premier maillot jaune à s'imposer sur le Mont Chauve depuis un certain Eddy Merckx. Sa démonstration suscite davantage la critique et l'interrogation que l'admiration. Dans les Alpes, il se contente de gérer mais s'impose au final avec plus de quatre minutes de marge sur Nairo Quintana. "Ce maillot jaune résistera à l'épreuve du temps", promet le nouveau roi de France.

2013 : le premier sacre sur le Tour

Crédit: Getty Images

2014 : Plus dure est la chute

Après une préparation en demi-teinte, pour manier l'euphémisme, Chris Froome ne sait pas trop où il en est à l'heure de défendre son titre sur la Grande Boucle. Lors de la 4e étape, une vilaine chute lui esquinte le poignet. Une tuile au pire moment, à la veille de l'étape des pavés, véritable mini Paris-Roubaix concocté par la bande à Christian Prudhomme. Froome ne dit rien mais chez Sky, on redoute cette étape comme la peste.

Facteur aggravant, le rendez-vous nordiste s'effectue sous une pluie battante. Froome n'y survivra pas. Ce ne sont pourtant pas les pavés glissants qui vont avoir raison de lui. Le Britannique va disparaître avant. Une première gamelle au kilomètre 30 puis une autre, celle de trop, à 68 bornes de l'arrivée. Après avoir goûté une dernière fois le bitume, le tenant du titre se relève et monte directement dans la voiture de son directeur sportif. Bleus au corps et à l'âme, c'en était trop pour lui.

Chris Froome arrive à son hôtel après son abandon lors de la 5e étape

Crédit: AFP

2015 : Reconquête sur le Tour

Comme en 2013, il revient sur le Tour fort d'un succès sur le Dauphiné. Froome et Sky vont survoler cette édition 2015. Après une première semaine sans faute de sa part et celle de son équipe, l'Anglais est déjà en jaune quand la montagne arrive. Là, dans les Pyrénées, il va suffire de six kilomètres à Christopher Froome pour gagner son deuxième Tour : sur les pentes de la Pierre-Saint-Martin, il démarre et s'isole irrésistiblement. Tous ses rivaux sont K.O.

Sa domination écrasante agace et l'ambiance tourne même au vinaigre. Sur certaines étapes, dans les Alpes notamment, Froome se fait cracher dessus, reçoit même un jet d'urine. Il n'en rajoute pas, s'avance en gestionnaire jusqu'à Paris et concède 1'40'' dans les Alpes à Nairo Quintana. Mais sa marge était plus que conséquente. Sur les Champs, il doit se défendre, une fois de plus : "Je ne bafouerai jamais le maillot jaune. Croyez-en moi."

Chris Froome (Sky) en jaune sur le Tour de France 2015.

Crédit: Panoramic

2016 : A pied dans le Ventoux

2016, c'est évidemment l'année de sa 3e victoire en quatre ans sur les routes du Tour de France. En jaune depuis la première étape de montagne à la faveur d'une attaque imparable dans Peyresourde, Chris Froome n'est pas inquiété jusqu'à Paris, où il s'impose avec plus de quatre minutes d'avance sur Romain Bardet et Nairo Quintana. Mais plus que ce nouveau triomphe implacable, c'est une image que l'on retient de cette édition. Sans doute la plus célèbre de toute sa carrière.

Dans le Ventoux, pris dans une chute avec Bauke Mollema et Richie Porte provoquée par une moto, le Britannique ne peut repartir. Son vélo est cassé. Paniqué, il se met alors à... courir sur la pente surchauffée du géant de Provence. Séquence surréaliste. On finit par le dépanner. Froome termine tant bien que mal mais il lâche tout de même une minute trente. L'intérêt du Tour semble relancé mais les commissaires choisissent de le reclasser. Une décision controversée dont il n'est pas responsable mais qui ne contribuera pas à relever une cote de popularité déjà au plus bas dans l'Hexagone.

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2017 : Le doublé Tour - Vuelta

Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort. Arrivé sur le Tour sans la moindre victoire depuis le début de la saison, une première pour lui, le leader de l'équipe Sky va vite tordre le cou aux doutes naissants. Il s'empare du maillot jaune à la Planche des Belles Filles, mais dans les Pyrénées, à Peyragudes, il connaît peut-être son fléchissement le plus significatif et doit céder la tunique à Fabio Aru. Il la reprend dans le Massif Central avant de contenir ses rivaux dans les Alpes. C'est sa 4e victoire, peut-être la plus belle.

Froome décide alors de doubler avec la Vuelta. La course, magnifique, le voit prendre le pouvoir dès la 3e étape pour ne plus le lâcher. Mais il n'a pas la vie facile pour autant. A Madrid, les cinq premiers se tiennent en un peu plus de trois minutes. Il entre dans l'histoire en signant le premier doublé Tour-Vuelta dans une même saison depuis Bernard Hinault en 1978 et le tout premier depuis le décalage du Tour d'Espagne d'avril à la fin de l'été. Il est au sommet. Mais la tuile va bientôt arriver.

Chris Froome, vainqueur de La Vuelta 2017

Crédit: Getty Images

2017 : Le contrôle "anormal"

Le 13 décembre, les quotidiens The Guardian et Le Monde révèlent conjointement que Christopher Froome a fait l'objet d'un contrôle "anormal" au terme de la 18e étape du Tour d'Espagne. Le produit en cause ? Le salbutamol, dont la dose décelée était deux fois supérieure à la limite autorisée. Pour sa défense, il invoque des crises d'asthme et assure avoir suivi les recommandations et prescriptions du médecin de son équipe.

Une interminable et controversée procédure s'engage alors. Son contrôle (encore une fois considéré comme anormal et non positif) ne l'empêche pas de courir mais sa présence suscite un malaise dans le peloton. Christian Prudhomme refusera de l'autoriser à prendre le départ du Tour 2018, avant de s'y résoudre. Et pour cause : le 2 juillet, au lendemain de l'interdiction d'ASO, l'Union Cycliste Internationale blanchit le coureur britannique, lavé de tout soupçon. Il ne subira donc aucune sanction rétroactive, mais son image, elle, restera ternie.

2018 : Le coup de force du Finestre

Après son doublé Tour – Vuelta de 2017, Chris Froome annonce vouloir tenter sa chance sur le Giro pour compléter sa collection. Sursitaire après son contrôle au salbutamol, il vit un Tour d'Italie compliqué. A mi-course, il est même proche de jeter l'éponge. A une semaine de l'arrivée, soit aux deux tiers de l'épreuve, il ne pointe encore qu'à la 5e place du classement général, à près de cinq minutes du maillot rose Simon Yates et à deux minutes de Tom Dumoulin. Ses rêves de victoire semblent dès lors illusoires.

Il monte toutefois en puissance au fil de la dernière semaine. Reste l'étape reine, l'antépénultième de cette édition 2018 : celle de Bardonnèche, avec, avant la montée finale, le terrible Finestre et Sestrières à escalader. C'est dans le Finestre que le Britannique, voyant Yates en difficulté, décide de passer à l'offensive. Il se lance dans un raid solitaire de 80 kilomètres pour signer un retentissant doublé. Vainqueur de l'étape, il prend le maillot rose. La table est renversée. Après cette chevauchée d'un autre temps (et d'autres mœurs, soulèvent ses critiques), il marque encore l'histoire de son sport : pour la première fois depuis 1983, un coureur détient la victoire sur les trois grands Tours en simultané.

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Chris Froome soulève le trophée du Giro en 2018

Crédit: Eurosport

2019 : Le (violent) coup d'arrêt

Chris Froome pèse désormais six victoires dans les trois grands Tours (bientôt sept, après le déclassement de Cobo sur la Vuelta 2011 qui surviendra au mois de juillet 2019). Cette fois, il décide de se concentrer sur le Tour de France, où il espère partir à la conquête d'une 5e couronne pour égaler Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. Mais sa trajectoire se brise net le 12 juin : lors de la reconnaissance d'une étape du Dauphiné, celui qui porte à présent les couleurs du Team Ineos est victime d'une très grave chute dans une descente.

Il en sort très salement amoché, avec une fracture ouverte du fémur, du coude, de la hanche, d'une vertèbre et du sternum. Il a également perdu près de deux litres de sang dans l'affaire. Dans son malheur, Froomey s'en sort bien, mais à 34 ans, son avenir de coureur cycliste paraît plus que compromis. Le natif de Nairobi est pourtant déterminé à démontrer qu'il peut encore être compétitif. Sa longue convalescence puis la crise du coronavirus ont laissé cette question en suspens. La réponse, elle, ne sera pas apportée par le Froome de Sky-Ineos. Mais cette aventure d'une décennie aura incontestablement marqué le cyclisme moderne.

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