"Anatomie d'un GOAT" : Comment la biomécanique a transformé Pogacar
Eurosport sur GoogleC'est à l'hiver 2023 que Tadej Pogacar s'est transformé, passant du coureur générationnel à l'homme qui pourrait devenir l'égal d'Eddy Merckx. Après deux rudes défaites sur le Tour de France, le Slovène est revenu différent, mieux entraîné, plus armé. Comment ? C'est la question à laquelle cherche à répondre notre documentaire "Pogacar : Anatomie d'un GOAT". Parmi ses armes, la biomécanique.
"Anatomie d'un G.O.A.T." : le documentaire exceptionnel sur Tadej Pogacar
Video credit: Eurosport
Avez-vous déjà observé Tadej Pogacar pédaler ? On veut dire, vraiment ? Si oui, alors vous avez remarqué son style unique et un autre détail qui n'en est pas un : sa capacité à ne pas bouger, ou presque, une qualité habituellement réservée aux meilleurs rouleurs du monde sur leur épreuve fétiche du contre-la-montre. Parmi la kyrielle d'éléments qui font ses performances et l'écart parfois surprenant avec le reste de la meute, celui-ci pèse énormément. Ce n'est pas un hasard s'il y a trois ans, Pogacar s'est adjoint les services d'un nouvel entraîneur spécialiste en biomécanique.
On a tant et tant parlé de l'arrivée de Javier Sola, d'abord parce que les résultats de Pogacar furent historiques après le début de leur collaboration, comme celle d'un magicien quand le pauvre Inigo San Millan était mis au rang des incompétents alors même qu'il avait oeuvré dans l'ombre aux premiers grands succès du Slovène, sur le Tour de France évidemment mais ailleurs aussi. Celui-ci est un chercheur en biochimie, pionnier dans la recherche sur le métabolisme cellulaire et sur les lactates. Sola lui est un maître de la biomécanique et Pogacar est son chef-d'œuvre.
Une symétrie quasi parfaite
Dans notre documentaire "Pogacar : Anatomie d'un GOAT", Frédéric Grappe, directeur de l'innovation chez Groupama-FDJ United et docteur en biomécanique et physiologie de l'entraînement sportif et Jean-Benoît Morin, professeur à l'Institut régional de médecine et d'ingénierie du sport (IRMIS) expliquent ce que Pogacar fait mieux que tout le monde dans ce domaine. A l'aide d'images, le second compare la position, et plus encore les mouvements, du coureur d'UAE Emirates XRG sur la selle entre 2020 et 2025. Même pour un novice, le constat est implacable : Pogacar a changé.
"Je me souviens du Tour de l'Avenir 2018, il n'était pas très connu à l'époque, nous raconte Grappe. Je voyais ce petit bonhomme vert caracoler en tête dans les montées mais ça bougeait pas mal sur le vélo. Il avait du talent mais il était perfectible. Son évolution se caractérise par un coureur qui pédale d'une manière très souple avec le minimum de mouvements parasites. Quand on le voit de derrière, on observe une symétrie quasi parfaite entre le membre gauche et le membre droit."
A l'IRMIS, Jean-Benoît Morin cherche à mieux comprendre l'efficacité gestuelle et la production de force des athlètes. Bien qu'ils soient à la mode, les watts ne font pas tout et à production égale, deux coureurs n'auront pas la même efficacité. Parmi une pléiade de choses qu'il fait mieux que ses rivaux, y compris ce qu'on ne sait pas, Pogacar est d'une efficacité rare grâce à un fessier qu'UAE considère être son atout numéro un ou pas loin et à un travail de gainage passé de tâche périphérique à élément quasi central dans l'entraînement.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/10/22/image-50644462-68a5-4874-8d35-d7f15e5107da-85-2560-1440.png)
Gouvenou : "Pogacar ? Il est hors normes, il faut faire avec"
Video credit: Eurosport
Pogacar a très certainement une efficience mécanique exceptionnelle
"Avant de faire du vélo il faut être un athlète, pose Frédéric Grappe. Un grand nombre de coureurs n'en sont pas. Ce qu'il faut comprendre c'est que les watts que vous avez sur votre compteur, vous n'avez que la partie qui sert à la locomotion. Il y a une partie des watts qui sont plus ou moins perdus avant la pédale. Pogacar a très certainement une efficience mécanique exceptionnelle en plus de ses gros qualités physiques."
Pour démontrer ce qu'il dit, Grappe donne un exemple précis, la danseuse, arme de l'attaquant en cyclisme, et un moment précis, l'accélération de Tadej Pogacar dans le Col du Haag sur la 14e étape du dernier Tour de France. De face, le constat est criant. S'il se déhanche, le maillot jaune bouge très peu de gauche à droite. Derrière lui, Vingegaard donne deux coups de pédale en danseuse avant de se rasseoir. L'attaque de Pogacar lui permet de faire un écart et elle lui coûte moins en énergie qu'à d'autres.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/07/18/image-6b36dc5c-9539-4256-8a4e-dca49283c137-85-2560-1440.jpeg)
"Pogacar a été énorme sur 1,5 km"
Video credit: Eurosport
"Sa danseuse est quasi parfaite, sur le plan biomécanique pur et dur. Il y a un alignement tête, épaule, bassin, pied qui est assez impressionnant, avec un mouvement qui est vraiment dirigé vers l'avant", précise le monsieur innovation de la Groupama-FDJ United qui estime que beaucoup d'autres coureurs sont "pliés" quand ils se dressent sur les pédales. Dans notre documentaire, il compare d'ailleurs "Pogi" à un sprinteur de 100 mètres qui se redresse petit à petit pendant la phase de poussée.
Mais alors pourquoi lui fait quelque chose de simple en apparence que les autres ne seraient pas capables de reproduire ? "J'observe le milieu du cyclisme depuis des années et un grand nombre d'entraîneurs ne sont pas des biomécaniciens, assure Frédéric Grappe. Ce sont des physiologistes de l'effort et de plus en plus des nutritionnistes de l'effort. L'aspect biomécanique est tombé à la trappe depuis pas mal d'années." Pas chez Pogacar et son entraîneur Javier Sola.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/06/02/image-762153d1-43fe-47bc-a55b-87dd5e59fbfc-68-310-310.jpeg)