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Un forfait, 4 questions et tant de certitudes envolées

Un forfait, 4 questions et tant de certitudes envolées

Le 12/06/2019 à 23:52Mis à jour Le 13/06/2019 à 14:27

TOUR DE FRANCE - La grave chute de Chris Froome mercredi sur les routes du Dauphiné prive l’équipe Ineos et la Grande Boucle de leur coureur-référence. La structure britannique doit affronter de nouvelles incertitudes que ses rivaux tenteront d'exploiter.

  • Froome s’en relèvera-t-il ?

Laissons aux médecins et à l’entourage de Chris Froome le temps d’établir un diagnostic complet et un programme de reprise après sa violente chute de mercredi. Laissons au Britannique le temps de se relever et de mettre une nouvelle fois à l’épreuve la résilience qui lui a déjà permis de surmonter d’immenses obstacles sur sa route vers la gloire. Mais constatons que le Britannique fait face à une blessure très sérieuse à un stade avancé de sa carrière.

Dans un communiqué publié en début de soirée, Team Ineos a indiqué que Froome souffrait de "blessures parmi lesquelles une fracture au fémur droit, une fracture à un coude et des côtes cassées", confirmant son forfait sur le prochain Tour. Selon un recensement de ProCyclingStats, depuis 2014, 19 coureurs ont été victimes d’une fracture à un fémur à un stade avancé de l’année (après le 15 mai). Aucun n’a repris la compétition avant la fin de la saison.

"Dans le vélo, on voit des accidents tous les jours. Mais on sait tous quand c’est sérieux. Et là c’était grave", avait déjà commenté le manager de l’équipe Ineos, Dave Brailsford, devant les micros. Il exprime désormais son soutien à Froome sans fixer d’horizon : "Chris s’est distingué par sa force mentale et sa résilience ; et nous le soutiendrons à 100% dans sa récupération, pour l’aider à redéfinir et poursuivre ses objectifs futurs."

Lorsque le Tour de France 2020 s’élancera à Nice, Chris Froome aura 35 ans passés. Un seul coureur était plus âgé au moment de remporter le Tour : Firmin Lambot, vainqueur à 36 ans et 130 jours de l’édition 1922. Il semble aujourd’hui bien improbable de voir Froome rejoindre le club des vainqueurs de cinq Tours.

Vidéo - "Chris Froome arrivait en bas de la descente, le vent lui a fait perdre le contrôle"

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  • À qui profite la chute ?

Ils ne lui souhaitaient pas pareil malheur, mais de nombreux candidats lorgnent désormais le vide laissé par Chris Froome. Le Britannique a les références les plus impressionnantes sur la Grande Boucle (4 victoires, 59 jours en jaune, 7 étape...) depuis plus de 20 ans. Et ce n’est pas sa première partie de saison sans éclat qui allait remettre en question son statut de favori numéro 1 établi depuis l’été dernier, depuis qu’on avait la certitude qu’il reviendrait en pleine possession de ses moyens pour viser une cinquième victoire dans le Tour après avoir tenté le doublé avec le Giro l’an dernier.

Tom Dumoulin (meilleur rival des Sky en 2018), Nairo Quintana (le coureur en activité qui a le plus souffert du joug du Britannique) ou encore les grimpeurs français Romain Bardet (que Froome redoutait notamment pour son caractère imprévisible) et Thibaut Pinot (qui a réalisé son meilleur Tour lorsque les Sky étaient les moins influents) : toute la concurrence est délestée de ce rival quasi-infaillible.

Mais surtout, Geraint Thomas pourra fièrement porter ses galons de vainqueur sortant, alors qu’il restait considéré comme un second couteau au sein même de son équipe. Les autres restent confrontés à la très difficile équation posée par Dave Brailsford et sa bande. Pour Thomas, la situation s’est nettement éclaircie.

Nairo Quintana y Chris Froome, cara a cara

Nairo Quintana y Chris Froome, cara a caraGetty Images

  • Comment Ineos va pallier l’absence de son numéro 1 ?

Geraint Thomas, Egan Bernal, Wouter Poels, Michal Kwiatkowski… Il y a toujours abondance de biens au sein de l’équipe Ineos. Sans son sextuple vainqueur de Grands Tours, la formation britannique alignera le dernier lauréat de la Grande Boucle (Thomas) et la révélation de cette même édition (Bernal). Et les deux hommes bénéficieront d’une équipe extrêmement solide ; l’armada Sky vit toujours sous les couleurs d’Ineos.

Il n’empêche, l’absence de Froome plonge également la structure britannique dans une forme d’incertitude. Dave Brailsford a bâti sa réputation sur sa maîtrise des événements du début à la fin. Avec les hommes en noir, le cyclisme n’est plus l’un des sports les plus incertains du monde, mais au contraire une partition réglée au millimètre sur plus de 3 000 bornes. Cette année, les plans d’Ineos sont régulièrement bousculés, entre le forfait d’Egan Bernal sur le Giro, le choix de Thomas de faire l’impasse sur ce même Giro et désormais le forfait de Froome, l’homme autour de qui tout était construit depuis 2013.

Bernal et Thomas seront réunis sur le Tour de Suisse à partir de samedi. Le comportement du Colombien et celui du Gallois y seront de vrais indicateurs dans la course au maillot jaune, avant le chrono par équipe du deuxième jour du Tour de France (les Ineos y seront toujours très attendus) et la première étape de montagne, avec arrivée à la Planche-des-Belles-Filles, où de nombreux observateurs attendaient un coup de force de Froome et sa bande.

  • Cette absence peut-elle débrider le Tour ?

Le grand patron du Tour sur le flanc, beaucoup espèrent voir ses adversaires étouffés retrouver un semblant de liberté. Avec Wiggins, Froome et Thomas, les Sky ont toujours imposé le même schéma à la Grande Boucle : l’équipe la plus forte travaillait à éliminer un maximum d’incertitudes pour s’assurer que le coureur le plus fort évite les pièges et s’affiche bien en jaune sur le podium des Champs-Élysées.

Sans Froome, il n’y a pas forcément de raisons de penser que cela changera. Les hommes en noir (et rouge) formeront toujours un bloc extrêmement compact pour mettre sur orbite leur(s) leader(s). Et même si Thomas ou Bernal se révélaient dominés par la concurrence, ce bloc servirait toujours à limiter les dégâts pour leur permettre de profiter de leurs capacités dans l’exercice du contre-la-montre.

Il reviendra encore aux adversaires du Team Ineos de mettre l’équipe britannique sous pression, en espérant finir par la faire craquer. L’absence de Froome donnera peut-être un nouvel élan à ceux que le Britannique a si souvent matés. Cela reste tout de même une perspective bien incertaine.

Geraint Thomas, Tom Dumoulin, Romain Bardet - Tour de France 2018

Geraint Thomas, Tom Dumoulin, Romain Bardet - Tour de France 2018Getty Images