Cyclisme : Raymond Poulidor s'est éteint

CARNET NOIR - Hospitalisé depuis le 8 octobre dernier, Raymond Poulidor est décédé ce mercredi matin. Poupou, qui a terminé à huit reprises sur le podium de la Grande Boucle (mais jamais sur la plus haute marche) s'est éteint à l'âge de 83 ans.

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Crédit: Eurosport

La France pleure son Poupou. Raymond Poulidor est décédé ce mercredi à l’âge de 83 ans. Raymond Poulidor "est parti ce matin", vers 2H00, a indiqué son épouse Gisèle à l'AFP. "Il avait le coeur très fatigué". L'ancien champion avait été hospitalisé début octobre au centre hospitalier de Saint-Léonard de Noblat, qu'il n'a pas quitté depuis, a précisé son épouse.
Avec sa disparition, le cyclisme et le sport français perdent l’une de ses figures les plus populaires forgées au fil d’exploit étalés sur deux décennies, de 1960 à 1977, et d’une carrière marquée par sa rivalité avec Jacques Anquetil qui avait fini de séparer en deux la France du général de Gaulle. D’une simplicité naturelle, il avait su conquérir le cœur des Français qui le pensaient sans doute éternel. Sa disparition laisse un vide immense.

Héros national

Héros national, il est bien plus que l’image de l’éternel second qui avait fini par lui coller au paletot. Avec deux Milan-San Remo, une Flèche Wallonne, sept victoires d’étape sur le Tour et un Tour d’Espagne, entre autres, Poulidor s’est construit un palmarès qui vaut bien mieux que la légende qui l’entoure. Mais sa popularité, ou sa "poupoularité", dépassait très largement son palmarès tout à fait honorable. Bien sûr, il dut ferrailler avec deux des plus grands monstres sacrés qu’ait connus son sport. Il a accompagné, dans les années 60, les innombrables succès de Jacques Anquetil, dont il fut l’un des plus farouches adversaires avant de devenir l'un de ses plus fidèles amis, puis l’émergence d’un autre cannibale, Eddy Merckx.
Difficile de se faire une place entre ces deux monstres sacrés aux cinq Grandes Boucles chacun. Poupou, lui, a collectionné les podiums, huit entre 1962 et 1976, sans jamais s’inviter sur la plus haute marche ni porter, ne serait-ce qu’un jour, le maillot jaune. Mais qu'importe, la France s'est reconnue dans cette figure d'homme courageux, dur au mal, attachant, authentique, simple et a fini par faire entrer son nom dans la langue française : "un Poulidor", pour désigner celui qui ne gagne jamais.

"Je suis devenu un nom commun"

"Je suis devenu un nom commun", racontait-il avec le sourire. "Tous les jours il y a un Poulidor à la radio, à la télévision. Dès qu'il y en a un qui fait 2e à la pétanque par exemple, c'est un Poulidor. L'équipe de rugby de Clermont a fait plusieurs finales du championnat de France (11) mais n'en a gagné qu'une seule, ce sont des Poulidor(s)". Le Français a incarné le champion accessible et laborieux, aussi méritant que malchanceux. Parce qu'il savait perdre aussi bien que gagner, parce qu'il courait sans perdre le sourire.
"Cette popularité, disait-il, je ne me la suis jamais vraiment expliquée. Elle ne m'a pas toujours rendu service. Elle modérait mes ambitions. Premier ou deuxième, on me réservait toujours le même accueil. Je me souviens des journalistes, les soirs de grande défaite. Ils osaient à peine pousser ma porte, tant ils me pensaient abattu, et ils me trouvaient réjoui." Pendant le Tour de France, qu'il a suivi jusqu'à l'été dernier en tant qu'ambassadeur pour la banque LCL, il continuait à bénéficier de ce qu'Antoine Blondin appela en son temps la "vox populidor". Cet engouement se traduisait par d'innombrables "Allez Poupou !", le cri de ralliement de ses supporters de tous âges puisque le phénomène perdurait à travers les générations. Poulidor a traversé les âges, traversé les époques. Les Français le pensaient sans doute éternel.
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