Une demi-roue. C'est ce qu'il a manqué à Romain Bardet pour marquer un peu plus l'histoire en rentrant dans le cercle fermé des coureurs à avoir gagné sur les trois Grands Tours. Au Blockhaus, le Français est passé tout près mais a été devancé au sprint par Jay Hindley (Bora-Hansgrohe), dimanche. De quoi laisser des regrets au coureur de la DSM, proche d'un deuxième succès en 2022, ce qui aurait d'ores et déjà égaler son meilleur total en carrière sur une saison. "C'est difficile à accepter, admettait-il après l'arrivée. Je n'ai pas fait trop le forcing dans l'ascension parce que je savais que j'étais le plus rapide au sprint". Le Français pensait plus à l'étape qu'au général à ce moment-là. Et, pourtant, il n'y avait que des costauds dans le groupe.

Bardet s'en veut : "C'est difficile à accepter..."

Je ne pensais pas que c'était aussi court après le virage
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Si Mikel Landa et Domenico Pozzovivo ne représentaient pas un gros danger en cas d'arrivée groupée, le Tricolore devait quand faire avec le punch de Richard Carapaz, la vélocité de Jai Hindley et, surtout, les qualités de sprinteurs de Joao Almeida, le plus rapide intrinsèquement. Mais Bardet avait bien jugé que le Portugais était trop juste et que cela se jouerait entre lui, Carapaz et Hindley. Restait à bien se placer. "Je voulais juste me mettre dans la roue de Carapaz", racontait le grimpeur de la DSM. Mal lui en a pris. Les deux hommes sont restés au cœur du groupe lorsque Hindley a décidé de prendre les choses en main, menant le groupe dès 400m de la ligne. Et ils ont été surpris.

Quel final : Bardet battu au sprint au sommet du Blockhaus

Le dernier virage, à 200m de la ligne, était suffisamment serré pour étirer un groupe de six coureurs et le manque de connaissance - ou de lucidité aussi, peut-être - a coûté cher à Bardet. "J'ai fait une erreur au virage, estimait t-il. Hindley a pris trois longueurs et, derrière, je ne pensais pas que c'était aussi court… Et derrière, ce sont quelques centimètres qui me manquent". La différence entre une victoire et une deuxième place frustrante. La différence, aussi, entre une 2e et une 3e place au classement général, aspect certes assez anecdotique à ce stade de la course. Ce qui l'est moins, ce sont les écarts. Malgré les différentes offensives, ils sont encore sept à se tenir 30' secondes. Et, pourtant, on a longtemps cru que Bardet allait s'envoler en compagnie de Carapaz et Landa. Mais les trois hommes se sont trop regardés.
Mieux de rester en retrait encore
"Dans la dernière ascension, je savais qu'INEOS allait faire quelque chose donc j'avais juste à être dans la roue quand il (Carapaz) attaque, raconte-il. Mais, après, on ne s'est pas super bien entendu. Quand on était trois, ça ne collaborait pas vraiment. J'ai l'impression que tout le monde était un peu en-dedans. C'est dommage d'arriver en groupe pour la gagne parce qu'après, au sprint, il y a des aléas comme ça (le virage). C'est vraiment dommage. J'aurais aimé gagner ici…" Romain Bardet pourra tout de même se satisfaire d'avoir confirmé qu'il faisait partie des grands favoris de ce Tour d'Italie. Au plus fort de la pente, il semblait le plus solide, avec Carapaz et Landa. Même s'ils n'ont finalement jamais su écarter définitivement Almeida, Hindley et Pozzovivo.

Mikel Landa (Bahrain-Victorious), Romain Bardet (DSM) et Richard Carapaz (INEOS Grenadiers) ont peiné à s'entendre dans la montée du Blockhaus

Crédit: Getty Images

Après une semaine de course parfaitement gérée par le Tricolore, le voilà troisième du classement général à 14 secondes du maillot rose Juan Pedro Lopez et à 2' secondes seulement de Joao Almeida. Une position pour Romain Bardet, qui évite même de s'emparer du maillot rose et du poids de la course qui aurait alors pesé sur ses épaules et son équipe.
"Je ne savais que je pouvais éventuellement le prendre mais c'est mieux de rester en retrait encore", analysait-il justement après la course. Mais dans une semaine, les choses seront bien différentes. Le Français voudra mettre au fond d'ici Vérone. Encore plus après être passé à côté de l'étape et du maillot rose au Blockhaus. "Ça me servira de leçon", assure-t-il. Et un Bardet revanchard pourrait bien nous enflammer le Giro. Ce qui est aussi certain, c'est qu'il a les jambes pour le gagner.
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