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De suiveur à dynamiteur, João Almeida (UAE Emirates) a opéré sa mue
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Publié 23/05/2023 à 19:52 GMT+2
Réputé pour sa passivité, João Almeida, 24 ans, est pourtant celui qui anime le Giro parmi les cadors. Le Portugais a placé la première grande offensive de cette 106e édition, ce mardi au Monte Bondone. Une attitude nouvelle qui a porté ses fruits puisqu'elle a résulté d'un premier succès en grand tour. Il se place comme le challenger N.1 de Geraint Thomas pour la victoire finale.
Joao Almeida (UAE Emirates) passe à l'offensive dans le final de la 16e étape du Giro - 23/05/2023
Crédit: Getty Images
Comme le serpent qui fait sa mue, João Almeida se dévoile comme un coureur tout neuf ces derniers jours. Le Portugais avait l’étiquette du suiveur, de la sangsue qui s’accroche au coureur devant lui, planqué derrière le travail des autres ? C’est pourtant lui, dans ce Giro accusé d'attentisme, qui attaque le premier. Un drôle de paradoxe et un changement de paradigme dont il a récolté les fruits, ce mardi, en décrochant au sommet du mythique Monte Bondone sa première victoire sur un grand tour.
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Almeida rugit, Thomas rosit, Roglic subit : l'arrivée de la 16e étape en vidéo
Video credit: Eurosport
C’est peut-être le signe d’une maturité enfin atteinte, à 24 ans, et de moyens décuplés qui lui procurent cette confiance nouvelle d’agir comme un patron. On l’avait déjà entraperçu, dimanche, dans ce mini-Tour de Lombardie qui a fait pschitt, en allumant un pétard dans l’ultime talus avant Bergame. Et on l’a revu, en grand format cette fois, dans l’ascension finale de la 16e étape. Quand Rohan Dennis, le rouleau-compresseur au service de Primoz Roglic, s’est écarté à mi-pente, le leader d’UAE Emirates n’a pas hésité à rameuter ses troupes, plaçant ses soldats à l’avant comme pour afficher ses ambitions.
"J’ai pris le risque d’attaquer"
Il ne s’est pas caché, ensuite, au moment de prendre ses responsabilités. Ses accélérations, d’abord timides, assis sur la selle, ont été suivies par un démarrage qui se respecte, debout sur les pédales. Cette attaque d’envergure, la première véritable de ce 106e Giro, a dévoilé subitement la faiblesse de Roglic et la force de Thomas, le seul capable de faire la jonction ensuite. Almeida s’est donc chargé lui-même de faire tomber les masques. “J’ai pris le risque d’attaquer” déclarait-il après l’arrivée. Une audace qu’on lui connaissait peu, loin de son style caractéristique.
Car le Portugais est d’abord un rouleur. Un maître de la gestion de l’effort qui n’hésite pas, comme Chris Froome voilà quelques années, à se laisser décrocher au début d’une montée pour mieux revenir à l’approche du sommet. Double champion national chez les juniors, c’est au sein de l’équipe américaine Hagens Berman Axeon qu’il se révèle, en 2018, à l’occasion de Liège-Bastogne-Liège Espoirs.
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"J'ai pris le risque" d'attaquer : Almeida est sorti de sa boîte
Video credit: Eurosport
Alors qu’Alexys Brunel - qui aura été par la suite son coéquipier chez UAE Emirates, l’an dernier, avant la fin de carrière anticipée du Nordiste - attaque dès la Redoute et file vers un succès marquant en solitaire, le Portugais revient en compagnie d’Andrea Bagioli - qu’il côtoiera ensuite chez Quick-Step ! - et attaque de manière décisive à la bascule du dernier talus, trois kilomètres avant l’arrivée. Déjà un chef d'œuvre tactique.
Il confirme rapidement en terminant 2e du Tour d’Italie Espoirs grâce à un ultime chrono qui lui permet de grimper quatre places au général. Patrick Lefévère le repère et l'enrôle dès 2020 chez Quick-Step. C’est sur le Giro, déjà, qu’il se révèle au cours de son année de néo-pro. Il prend le maillot rose dès le 3e jour, sur les hauteurs de l’Etna, grâce à un bluffant chrono inaugural qui le voit battre tout le monde sauf le maître du temps Filippo Ganna. Le Portugais surprend, étape après étape, et conserve son paletot 15 jours durant avant de prendre la 4e place du général, à 22 ans seulement.
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Joao Almeida a passé 15 jours en rose lors du Giro 2020.
Crédit: Getty Images
Une série de rendez-vous manqués depuis 2020
Trois ans ont passé depuis, avec quelques succès, dont le Tour de Pologne. Mais aussi des contrariétés qui ont dévoilé son caractère bien trempé. Sur le Giro 2021, il enrage de devoir attendre Remco Evenepoel, manifestement trop juste pour supporter le leadership sur son premier grand tour, alors que le Belge revient à peine d’une grave blessure. Il remonte certes au classement au fil des trois semaines mais doit se contenter de la 6e place. La cassure s’opère avec le Wolfpack et il rejoint donc l’année suivante UAE Emirates, autre armada du World Tour mais dont l’ADN est bien plus tourné vers les grands rendez-vous de trois semaines. Et comme Tadej Pogacar ne pense qu'à juillet, la formation émiratie peut lui laisser volontiers les pleins pouvoirs sur son Giro fétiche.
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Almeida, la métamorphose ? "Il s'est peut-être découvert de nouvelles limites en osant attaquer"
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Mais l'édition 2022 est une nouvelle occasion manquée. En embuscade à l’entame de la 3e semaine - 30” de retard à peine sur le maillot rose - il est contraint d’abandonner au matin de la 18e étape, victime d’un test positif au Covid. La Vuelta est une occasion de se rattraper. Mais il manque encore le podium, en raison d’un démarrage trop poussif, et se classe 5e à plus de sept minutes de son ancien coéquipier, Evenepoel.
Le 6 mai dernier, au départ de son 4e Giro consécutif, il était donc difficile de le placer parmi les grandissimes favoris. Que pèse un coureur sans podium sur trois semaines face aux vainqueurs de grands tours que sont Evenepoel, Roglic ou Thomas ? Un peu plus de 15 jours plus tard, pourtant, la donne a changé. Le Belge n’est plus là et Almeida apparaît le plus fort, au côté de Thomas. Le Portugais n’a que 18” de retard sur le Britannique. Ses dents rayent le parquet, la dynamique est de son côté. Et paré de sa nouvelle attitude, personne ne serait vraiment étonné de le voir s’imposer dans cinq jours à Rome. D’ici-là, il lui faudra troquer le maillot blanc pour le rose. On pourra dire, alors, que la mue est complète.
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