Giro 2023 - Marc Madiot : "Thibaut Pinot n'est vraiment pas comme les autres et c'est pour ça qu'on l'aime"
Par Laurent Vergne
Publié 11/05/2023 à 23:09 GMT+2
Marc Madiot est persuadé que Thibaut Pinot peut briller sur ce Giro 2023, qui a d'ailleurs plutôt bien démarré pour lui. Mais peu importe, au fond. Le manager de l'équipe Groupama-FDJ veut avant tout que son poulain se fasse plaisir pour ce qui constitue sans doute un des derniers grands rendez-vous de sa carrière. Qu'il reste lui-même, c'est-à-dire unique.
Thibaut Pinot.
Crédit: Imago
Quand il parle de Thibaut Pinot, Marc Madiot finit toujours par laisser transparaître une subtile émotion, sans se départir de la pudeur que trahit l'économie des mots et la fermeture du visage. Et cela donne de jolis moments, comme lors du passage du manager de l'équipe Groupama-FDJ sur le plateau des Rois de la Pédale, mercredi. La relation entre les deux hommes prend d'autant plus d'épaisseur qu'elle touche à sa fin, au moins professionnellement, alors que le Franc-Comtois prendra sa retraite à l'issue de cette saison.
Après plus d'un quart de siècle à la tête de sa formation, le double vainqueur de Paris-Roubaix a vu passer beaucoup de monde dans son effectif. Dans cette constellation, l'étoile Pinot tient une place à part. "C'est un coureur qui marque une vie de directeur sportif, résume-t-il. Le temps passe. J'ai beaucoup de cheveux blancs maintenant, j'en avais beaucoup moins quand il est arrivé. Ça n'a pas toujours été facile, ça n'a pas toujours été simple, mais si c'était à refaire, je le referais."
Madiot n'est pas dans l'hagiographie vis-à-vis de Pinot. Il ne surjoue ni son palmarès ni leur relation. La question n'est pas de savoir si son grimpeur est, de tous les coureurs qu'il a eu à manager, est le plus beau, le plus grand ou le plus fort, mais de souligner sa différence. Celle qui, on le pressent, a parfois compliqué les choses mais qui, à l'arrivée, confère à ces mêmes choses leur caractère unique, certainement inoubliable et peut-être irremplaçable.
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Thibaut Pinot.
Crédit: Getty Images
"C'est quand même un drôle de coureur, nous dit le Mayennais après une longue réflexion. Parce qu'il a des côtés qui peuvent être exaspérants et, en même temps, il y a toujours ce retournement de situation avec lui qui fait que vous vous dites 'Il n'est vraiment pas comme les autres et c'est pour ça qu'on l'aime'. Voilà, c'est un peu un mélange de tout ça qui me reste après avoir passé toutes ces années avec lui."
La singularité est rarement source de quiétude dans la gestion humaine, mais elle lui donne une autre force. Et quand les succès viennent, ils sont d'autant plus beaux, comme ce fameux 20 juillet 2019 au Tourmalet. Ils auraient pu être plus nombreux, et d'une autre envergure encore. Sans doute, oui. Marc Madiot en a peut-être rêvé. Il y a eu la poisse, une forme de fragilité parfois mais surtout, au fond, cette question : Thibaut Pinot voulait-il vraiment de cette ambition ? D'une victoire sur le Tour de France, pour le dire plus clairement.
Son boss a bien sûr eu la réponse avant tout le monde. Quand on lui demande aujourd'hui quel est son souvenir le plus fort avec le plus indomptable de ses poulains, il évoque ceci, sans que l'on sache s'il s'agit le concernant d'un regret ou d'une forme d'hommage à l'intégrité de l'intéressé : "Un jour, je lui ai demandé : 'Est-ce que tu rêves de gagner le Tour en te rasant le matin ?' Il m'a répondu non. A partir de ce jour-là, j'ai su que ce serait compliqué de gagner le Tour."
Marc Madiot sait pourtant ce qu'il lui doit. "Il nous a fait vivre des moments dont on ne rêvait même pas à une époque, tient-il à rappeler. Je n'oublie pas que de 2000 à 2010, j'avais mes deux voitures devant la voiture balai, et ce n'était pas facile de faire du vélo à cette époque-là. "Il y a eu Philippe (Gilbert, assis à côté de lui ce jour-là sur le plateau des RP) avant lui, il y a eu Arnaud aussi (Démare), et Thibaut. Quand il est arrivé, il a eu cette grande qualité de nous retrouver une dynamique d'envie d'aller gagner. Si l'équipe est aujourd'hui au 7e rang mondial, ce qui est quand même pas mal, on leur doit beaucoup. A Thibaut en particulier."
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Pinot, en bleu pour longtemps ? "Tant que ça ne me coûte pas trop d'efforts..."
Video credit: Eurosport
Puis, après tout, l'histoire n'est pas encore tout à fait terminée. Il reste l'exercice 2023 à boucler, avec en point d'orgue ce Tour d'Italie qui bat déjà son plein et dont Thibaut Pinot porte depuis quelques jours le maillot de meilleur grimpeur. "Il n'y a rien de prémédité, jure Madiot. Il est dans le vélo plaisir et dans l'instantané. Mais il a l'air d'y prendre goût, ça va peut-être le stimuler, si besoin était, d'être avec les meilleurs en haute montagne, donc peut-être que ce n'est pas une mauvaise chose qu'il s'y intéresse dans cette optique."
D'ailleurs, ce serait quoi, un Giro réussi, pour Pinot ? La réponse est simple : trois semaines de plaisir. Son indispensable préalable à la performance, comme toujours. "Pinot, il a besoin de prendre du plaisir pour s'exprimer et puis il sait que c'est sa dernière année, donc tout est du bonus pour lui, alors ça ne peut que bien se passer." Le vieux sage Madiot est serein sur ce point. S'il y a bien un endroit au monde où son Pinot peut s'éclater, c'est ici. "Moi, je suis sûr qu'il va faire un bon Giro, conclut-il. Il est bien là-bas. Il mange des pâtes. Il est tranquille. Il fait quelques selfies, des autographes. Il fait du vélo plaisir."
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