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Tour d'Italie - “Quelque chose de beau à la télé” : Aurélien et Valentin Paret-Peintre racontent leur Giro
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Publié 30/05/2023 à 00:16 GMT+2
Ce fut, mardi dernier, l’une des images du Giro : deux frangins en échappée, l’un se sacrifiant pour l’autre, maillot rose virtuel sur la route du Monte Bondone. Dimanche, Valentin et Aurélien Paret-Peintre (AG2R Citroën) ont pris le temps de nous raconter ce premier grand tour vécu ensemble qu’ils ont chacun réussi. Le cadet s’est révélé. L’aîné a remporté une étape et fini 15e du général.
Bistrot Vélo avec Valentin Paret-Peintre (AG2R Citroën)
Video credit: Eurosport
Aurélien, peut-on comparer l'émotion d'une première victoire en grand tour (4e étape, Lago Laceno) à celle de partager une échappée en montagne avec son petit frère (16e étape, Monte Bondone) ?
Aurélien Paret-Peintre : Ce sont deux choses totalement différentes. La victoire, ça procure beaucoup plus de sensations. Mardi (lors de son échappée avec Valentin), même si c’est un super souvenir, il n’y a d’abord pas eu tant d’émotions. J’ai pensé un temps pouvoir faire un gros coup avec mon petit frère (Aurélien était maillot rose virtuel dans l’avant-dernier col). Dans un petit coin de ma tête, je me suis dit quand même : “Aujourd’hui, les frères, on est en train d’essayer de faire bouger un petit peu le Giro !”. Mais la victoire, ça reste bien au-dessus. Mardi, on a vraiment passé une journée… Beaucoup de gens m’ont dit que c’est l’étape qui m’a un peu fait perdre le fil de mon Giro (il a perdu deux places et six minutes). Mais il restera beaucoup de souvenirs sur cette journée.
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Paret-Peintre tient son jour de gloire : l'arrivée en vidéo
Video credit: Eurosport
Avez-vous eu des souvenirs relatifs à vous deux, des flashs qui ont ressurgi ? Ou bien la pression et la concentration inhérentes à la course font-elles que, sur l’instant, on reste imperméable aux émotions ?
APP : C’est vrai que j’étais assez imperméable. Mais dans l’avant-dernier col, quand on sait que le peloton accélère derrière et qu’on arrive toujours à creuser l’écart… Sur le coup, on commence à y croire, on passe un moment agréable. Mais c’est vrai qu’on était vraiment concentré sur la stratégie. Mais comme je vous dis, c’était vraiment un super souvenir pour nous. Et aux yeux de l’extérieur (sic), ça a fait beaucoup parler. Le lendemain, énormément de monde sont venus me voir pour nous féliciter, nous dire que c’était vraiment une belle chose à faire. Je pense que pas mal de coureurs aimeraient vivre ça un jour, avec leurs frères.
Et vous, Valentin, que ressentiez-vous à mener l’échappée pour votre grand frère ?
Valentin Paret-Peintre : C’est pareil, je ne vais pas dire que je n’ai pas trop ressenti d’émotions, mais c’est vrai qu’on est surtout concentrés sur ce qu’on a à faire : être le plus juste possible dans l’effort donné pour gérer l’écart avec le peloton. Il y avait plus de la concentration que du recul sur la situation.
Mais vous aviez surtout l’impression de rouler pour le leader ou le grand frère ?
V. : Hmm… Plus pour mon grand frère quand même. Il y avait quand même ce truc, en fond, où je savais que ce n’était pas juste mon leader. Que c’était aussi mon frère et qu’on était en train de faire quelque chose de beau à voir à la télé.
Diriez-vous que ça vous a insufflé ce petit pourcentage en plus pour accomplir ce travail ?
V. : Déjà, je ne me suis pas posé de questions. Je me focalisais sur les consignes qu’on me donnait et j’ai eu, aussi, confiance en lui. Quand je me suis mis à rouler, je savais qu’il fallait que je donne tout. J’avais peut-être, oui, ce petit pourcentage en plus qui m’a fait rouler un peu plus vite.
Sauf oubli de notre part, dans votre carrière, c'était la toute première fois que vous étiez échappé ensemble.
(Ils réfléchissent un temps avant de répondre de concert)
V. et A. : Ouais, je pense.
Et avant ça, en raison de vos cinq ans d’écart, il avait fallu attendre que Valentin passe pro, l’an passé, pour vous voir ensemble sur une course (le 26 janvier 2022 au Trofeo Calvia)
A. : C’est vrai que ce n’était jamais arrivé avant les pros. Même l’an passé, ce n’est arrivé que ponctuellement (10 jours de course communs). Cette année, entre le Tour des Alpes et le Giro, on a fait bien plus de jours ensemble que l’an passé.
Valentin, ce Giro constituait votre premier Grand Tour, à 22 ans. Dans quel état d’esprit l’avez-vous abordé ?
V. : C’était surtout de découvrir une course de 3 semaines, voir comment mon corps allait réagir. Je ne m’attendais pas du tout à faire le Giro que j’ai fait, à avoir cette forme et obtenir ces résultats (5e d’une étape, 37e du général). Je suis agréablement surpris. Au départ, je ne partais vraiment pas pour faire des résultats, mais plutôt faire une course de trois semaines, essayer de prendre quelques échappées et faire du bon boulot.
On peut dire que ce Giro lance véritablement votre carrière, non ?
V. C’était poussif l’an dernier, même un peu compliqué. Après j’ai fait un bon début de saison, j’étais content de moi. Mais je pense que sur ce Giro, j’ai encore passé un cap. En tout cas, ça marque un tournant dans mon début de carrière. J’ai hâte d’explorer la suite.
Aurélien, avez-vous été surpris, vous aussi, par le Giro de Valentin ?
A : Oui, je suis plutôt agréablement bien surpris. Le niveau qu’il a atteint cette année, on pensait qu'il l’atteindrait l’année prochaine ou celle d’après. Il a fait un beau Giro, c’est bien pour lui et pour l’équipe. Ça va le mettre en confiance. Pour son premier Giro, il était à la fois tout proche et loin d’aller chercher les étapes, comme à Crans-Montana (5e à 1’29” de Rubio). C’est sûr qu’il lui reste un “step” à passer. Mais c’est vraiment encourageant. Il récupère bien. Ici, on a souvent des étapes très longues. Donc pour un jeune, c’est difficile. Je suis vraiment bien surpris. C’est sûr qu’on m’aurait dit ça il y a trois mois, sans lui faire offense, je lui aurais dit “je pense pas que ça va se dérouler aussi bien”. il a su vraiment saisir les opportuntiés quand il avait à les prendre. Et en 2e semaine, il était dans les meilleurs grimpeurs du peloton.
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Valentin raconte le duel des Paret-Peintre sur le chrono : "Les trois derniers km... c'était long"
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Valentin, parlez-nous du rôle de guide joué par Aurélien depuis toujours et qu’il a sans doute encore joué sur ce Giro.
V : Dans les rangs juniors, il me donnait beaucoup de conseils et d’indications sur les courses qu’il avait déjà faites et que j’allais faire. Mais depuis que je suis passé chez les pros, c’est un peu moins le cas. J’essaie de faire aussi ma propre route et mes propres erreurs. Sur le Giro, il m’a donné des conseils, bien sûr, mais comme il aurait pu en donner aux autres jeunes de l’équipe. C’est sûr que ça m’a aidé car c’est peut-être plus naturel et que ça vient plus facilement. Mais il ne m’a pas donné plus de conseils qu’aux autres. Il essaye d’être assez égal.
Aurélien, votre père nous disait, il y a deux ans, qu’il vous manquait un petit trait d’audace pour concrétiser plus souvent. Il ajoutait que l’arrivée de Valentin chez les pros, avec son caractère plus offensif que le vôtre chez les amateurs, vous inciterait à l’être davantage. Quelque part, il avait raison quand on voit que votre victoire sur le Giro coïncide avec le premier Grand Tour de Valentin…
A : Ouais, ouais, après, l’audace, c’est qu’un mot. Sur un grand tour, il faut de l’audace mais surtout des jambes ! C’est ça qui fait la grosse différence. J’ai encore progressé cette année. L’audace, oui, je pouvais en faire preuve sur des classes 1 ou des Coupe de France, parce que le niveau est inférieur. Mais sur ces courses-là, il faut vraiment des jambes. L’audace, avec les sensations que j’ai eu cette semaine ou tout au long du Giro, je la prends avec plaisir. L’audace, il faut la provoquer, et c’est vraiment pas facile, les niveaux sont vraiment serrés. Après, je ne sais pas si la présence de mon frère change énormément la donne. J’aurais couru exactement de la même façon ces trois semaines. Mais peut-être qu’inconsciemment il me pousse parce que je n’ai pas envie qu’il me rattrape tout de suite ! Peut-être.
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"Cavendish ? On s'était dit 'ça serait ouf qu'il gagne'"
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Pourquoi n'avoir pas fait chambre commune sur ce Giro ?
A : Déjà parce que j’ai pris mes marques en début de saison avec Mikaël Chérel, et je pense que c’était un petit peu mieux comme ça. Chacun peut faire un peu sa route, le soir, entre les étapes.
C’est parfois pesant, qu’on vous parle toujours l’un de l’autre, et plus généralement d’avoir un frère coureur pro ?
V : On peut pas dire que c’est pesant. On sait que c’est comme ça et que ça ne changera pas. C’est sûr que les journalistes nous posent beaucoup de questions sur notre relation : est-ce qu’on s'entraîne ensemble, est-ce qu’on s’appelle souvent, pourquoi on n’a pas fait chambre ensemble …. On fonctionne comme ça. Moi, je n’ai pas non plus forcément l’envie d’être en chambre avec lui. Et voilà, je pense que les questions sur notre relation, je ne vais pas dire qu’elles sont pesantes, mais elles reviennent souvent.
Aurélien, la victoire d’étape, vous l’échangeriez contre un top 10 au général ?
A. : Non jamais. Pas du tout. Je l’échange contre un podium ou un top 5. Mais un top 10 non. Ça a un petit goût d’inachevé, mais c’est comme ça. J’ai fait un bon Giro jusqu’à la fin. J’étais venu pour un top 10. Avec un peu de réussite et trois choses qui s’alignent, je pense que j’étais capable physiquement d’être entre la 8e et 10e place. On a passé un super Giro en gagnant aussi tôt. Donc non, c’est quand même super plaisant.
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Valentin, qu’avez-vous appris sur vous-même, sur le coureur que vous pourriez devenir ?
V : Que j’aime bien les courses de trois semaines ! Je récupère bien. Ça se court plus facilement mentalement. C’est plus facile qu’une course d’une semaine où parfois t’es à bloc et il reste 90 mecs dans le peloton. Là tu te dis : ”Putain, personne pète !” Sur un grand tour, ça pète beaucoup plus vite. C’est plus plaisant mentalement. C’est long, aussi, et ça demande beaucoup de concentration sur une longue période.
Avez-vous pu vérifier, comme Aurélien vous l’avez rapporté lors de son premier grand tour (Giro 2020), que la fatigue n’évolue plus vraiment une fois la première semaine passée.
V : Non je ne suis pas trop d’accord ! J’ai fini la première semaine vraiment bien (sic), et la deuxième beaucoup moins. Après Bergame (15e étape), c’était le premier soir où j’étais vraiment fatigué. J’ai senti une évolution. Et sur cette fin de semaine, c’était vraiment difficile.
Avez-vous une fête de prévue en famille en rentrant ?
A : J’ai prévu des choses, je fais un truc mardi à Chambéry, mais Valentin ne sera pas encore rentré de Rome. Mais je pense qu’on prendra le temps, en juin ou dans l’été, de se faire un petit plaisir !
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Bistrot Vélo avec Aurélien Paret-Peintre, coureur d'AG2R Citroën
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