Opinion
Cyclisme

Grand et puissant comme le cyclisme en noir et blanc

Partager avec
Copier
Partager cet article

Jacques Anquetil, Fausto Coppi.

Crédit: Eurosport

ParBéatrice Houchard
29/07/2020 à 21:56 | Mis à jour 30/07/2020 à 08:43

D’Eugène Christophe à Bernard Thévenet en passant par Lucien Petit-Breton, Louison Bobet et Jacques Anquetil, la photo noir et blanc a accompagné et écrit l’histoire du cyclisme, qu’elle magnifie autant, sinon plus, que la couleur.

Le cyclisme que j’ai d’abord aimé était en noir et blanc. Noir et blanc comme l’écran de la télévision. Le générique de la retransmission en Eurovision, signé Marc-Antoine Charpentier, sonnait le rendez-vous du bonheur, les après-midis de juillet. Hélas, ça ne durait pas longtemps : on voyait les vingt ou trente derniers kilomètres de l’étape, c’était un peu flou, vite un coup d’œil au classement et re-générique. Vivement demain ! Mais je vois encore Anquetil et Poulidor sortant au coude à coude du tunnel du Galibier en 1966, et Tom Simpson, un an plus tard, s’effondrant dans le Mont Ventoux.

Noir et blanc comme les journaux de l’époque, si proche et si lointaine. Avec du sépia pour Miroir Sprint, qui paraissait deux fois par semaine (du moins dans ma mémoire) pendant le Tour. Il faudra attendre 1987 pour voir une "une" sportive en couleurs !

Tour de France

Le débat du jour : Froome sera-t-il sur le Tour ?

IL Y A 3 HEURES

Noir et blanc comme les photos nichées dans les livres, celles qui s’impriment dans le cerveau et permet à chacun de dessiner peu à peu sa propre histoire, sa propre mémoire du cyclisme. En rangeant des bibliothèques, j’ai retrouvé le premier livre de cyclisme que j’ai eu entre les mains. C’était Les géants du cyclisme, de François Terbeen, édition 1965. Il coûtait 10,50 francs à une époque où le journal était à 30 centimes et la baguette à 44.

Je n’étais pas douée en calcul mental mais la demi-baguette à 22 centimes, je savais. Dans Les géants du cyclisme, il n’y a pas de photo. Sauf celle de la couverture où se côtoient Anquetil en maillot Ford-France, Poulidor dont on imagine le violine et jaune, Van Looy sans doute en vert et Bahamontes en maillot de champion d’Espagne. D’Eugène Christophe à Felice Gimondi, de quoi se construire un univers.

Bahamontes, Rudi Altig et Anquetil

Crédit: Getty Images

Au fil des livres qu’on allait acheter dans la boutique de L’Équipe, rue du Faubourg Montmartre, les images en noir et blanc s’affichent. On y croise les frères Pélissier qui lancent depuis une auberge de Coutances leur offensive : "On nous traite comme des bestiaux dans un champ de foire". Quelques jours plus tard, à la "une" de L’Humanité, le Parti communiste lancera sa "campagne de stigmatisation" contre le Tour de France, cette "mascarade", cette "immorale épreuve" aux "mœurs sportives bourgeoises" (1er juillet 1924)… jusqu’au jour où il s’apercevra que ses électeurs sont les plus fervents sur le bord de la route. Alors L’Humanité fera comme tout le monde : elle suivra le Tour et finira par applaudir.

Au fil des pages, Gustave Garrigou arbore en 1911 une drôle de casquette. A Roubaix, Rik Van Steenbergen brandit son bouquet de vainqueur. Louison Bobet et Pierre Barbotin se congratulent. Le Galibier est sous la neige. Ottavio Bottechia s’arrose le visage à l’eau de Seltz. Les photographes de presse sont harnachés comme pour escalader non l’Aubisque mais l’Everest. Le boxeur Georges Carpentier félicite André Leducq. Louison Bobet, avec un imperméable sur les épaules, abandonne le Tour au sommet de l’Iseran.

Les coureurs chipent leurs boissons aux spectateurs qui pique-niquent. Raymond Poulidor grimace sur le bas-côté de la route de Roubaix, sa roue crevée posée dans l’herbe. Légende de la photo : "La guigne !". Roger Pingeon pose dans son bain (inimaginable aujourd’hui avec Froome ou Alaphilippe !). Jan Janssen enlace sa fille du bras gauche. Dans sa main droite, il y a… une cigarette. Jacques Anquetil, sur la table de massage, se regarde dans la glace. Edgard Sorgeloos aide Rik Van Looy à revêtir son maillot jaune. Federico Bahamontes (c’est l’une des plus belles photos), vélo à gauche, valise à droite, reprend le train à Dunkerque… Dans la descente du col de Mente, Luis Ocana est tombé…

Feuilleter les pages des photos noir et blanc (notamment celles du superbe Tour de France intime de Philippe Brunel) laisse une double impression : celle de la dureté de la course (les routes non goudronnées, la lourdeur du matériel) et celle d’une certaine insouciance des coureurs. La vie est belle et facile, semblent notamment dire les Tours des années 1950, malgré les efforts et les privations réclamés par la reconstruction d’après-guerre.

La guerre. Pas besoin de rappeler à quel point elle a, par deux fois, brisé l’envol du Tour. Et, en 1914-18, pris les champions. Trois vainqueurs du Tour, Octave Lapize, François Faber et Lucien Petit-Breton, n’en sont pas revenus. C’est le destin de Petit-Breton (Mazan, de son vrai nom) que le journaliste David Guenel, qui a fait de lui son ami intime, vient de nous livrer la biographie. Dans Petit-Breton, gentleman cycliste (Publishroom factory), il éclaire, bien au-delà du personnage lui-même, le cyclisme du début du XIXe siècle et le monde de ces années-là, où tout semblait possible. Précis, vivant, bien écrit, il raconte un champion que son pseudo et son talent avaient rendu populaire et qui gagna, outre deux Tours de France, Milan - San Remo, Paris - Bruxelles et Paris - Tours, après avoir brillé sur la piste, en Argentine puis au vélodrome Buffalo !

En coureur puis en soldat, on retrouve un homme élégant, dont on devine la "souplesse de pédalage" vantée par Henri Desgrange. "Tout ce que le vélo français a produit de meilleur", écrit David Guenel. Mais comme Petit-Breton était aussi amateur de lettres, aviateur, polyglotte, mécanicien, il représente ce que la Belle époque aussi pouvait offrir de meilleur. Hélas, après avoir échappé à un obus dans la tranchée de Calonne, le vaguemestre Mazan mourra dans un stupide accident de la route le 20 décembre 2017, à 35 ans, alors qu’il venait de remplir sa mission. Sur la couverture du livre, bien sûr en noir et blanc, son regard décidé et sensible semble nous dire que rien ne l’arrêtera.

Lucien Petit-Breton en 2012 sur Paris-Roubaix.

Crédit: Getty Images

Critérium du Dauphiné

Derrière Roglic mais devant Bernal et Quintana : Pinot est bel et bien là

IL Y A 4 HEURES
Critérium du Dauphiné

Ineos a essayé, Roglic s'est amusé, Pinot a rassuré : les temps forts de la 2e étape

IL Y A 4 HEURES
Dans le même sujet
Cyclisme
Partager avec
Copier
Partager cet article