INEOS, quand l'Empire ne contre-attaque plus
Encore étrangement absente des débats sur le Tour d'Espagne avec une simple 10e place au classement général final, INEOS Grenadiers a encore confirmé qu'elle ne faisait plus partie du gotha mondial. Qu'elles semblent loin les saisons fastes et que la transition autour de 2020 fut ratée pour arriver à un tel résultat, celle d'une formation qui souffre toujours plus.
L'enjeu de la fin de saison : "Enfin voir un duel Evenepoel-Pogacar"
Video credit: Eurosport
Plus longue sera la chute et, à vrai dire, on se demande même quand elle va s'achever et quand INEOS Grenadiers posera les deux pieds au sol pour tenter de rebondir. Déjà bien dépassée par les équipes fortes du moment (UAE, Visma et d'autres), la formation britannique ne cesse de reculer dans la hiérarchie mondiale au point de pointer au 6e rang UCI. La saison 2024 est la pire de la descendante de la toute-puissante Sky depuis sa création en 2010, ou presque. Rien ne va dans l'Empire et des voix s'élèvent même pour évoquer publiquement des problèmes internes.
La Vuelta qui s'est achevée dimanche à Madrid avec une contre-performance de Carlos Rodriguez (seulement 10e du classement général) n'a fait que mettre une nouvelle fois le doigt sur un problème bien plus profond. Sans victoire d'étape et sans podium final en Espagne comme sur le Tour de France, les INEOS ont ravivé des souvenirs vieux de cinq ans. Depuis la Vuelta 2018 et le Giro 2019, jamais ils n'avaient enchaîné deux grands tours sans succès et/ou sans podium à l'arrivée. L'une des preuves d'un déclassement certain sur ces courses-là, autrefois terrain de jeu privilégié des hommes de Dave Brailsford, le manager historique.
14 succès en 2024
Nul n'ignore les causes pour ce qui est des grands tours entre l'accident d'Egan Bernal, le vieillissement de Geraint Thomas (encore 3e du Giro 2024 tout de même) et surtout les erreurs de casting nombreuses sur des jeunes à forts potentiel (Pavel Sivakov, Tao Geoghegan Hart…). Dans le même temps, Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard sont devenus intouchables mais si INEOS parvenait encore à briller ailleurs, la saison 2024 est une vraie catastrophe de ce point de vue.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/04/14/3949138-80196468-2560-1440.jpg)
Pidcock, sang froid et jambes de feu : le final à suspense de l'Amstel Gold Race
Video credit: Eurosport
Jugez plutôt : 14 victoires à ce jour, soit le plus petit total de l'histoire de l'équipe. Il n'y a guère qu'à 2020 que l'on peut comparer ce total, mais les 19 succès acquis cette année-là le furent dans une saison largement amputée par le Covid. Pour le reste, INEOS a parfois gagné 25 fois (2010 et 2014) mais elle affiche près de 35 succès en moyenne entre 2010 et 2023. Un total qu'elle n'atteindra évidemment pas et qu'elle n'approchera même pas, sauf miracle sur le dernier mois et demi de compétition.
Caja Rural a plus gagné qu'INEOS cette saison
Aux niveaux World Tour et Conti Pro, quatorze équipes ont plus gagné qu'INEOS en 2024, dont les modestes Israel-Premier Tech, Uno-X et même… Caja Rural-Seguros SGA. Et même le prestige des succès n'y est pas tout à fait. Tom Pidcock a bien triomphé de l'Amstel Gold Race, Carlos Rodriguez du Tour de Romandie ou encore Filippo Ganna et Jhonathan Narvaez d'étapes sur le Giro, mais ça ne suffit pas. Autant d'indices qui permettent de croire que tout ne tourne pas rond dans une équipe biberonnée aux gains marginaux et habituée à tout calculer au millimètre près.
"Oui, il est vrai qu'il y a actuellement un certain nombre de problèmes au sein de l'équipe auxquels je dois faire face, avait lâché lundi Tom Pidcock auprès du média belge Het Laatste Nieuws. Et pour être honnête, ils ne m'aident pas à être performant. Je dois penser à bien plus que des questions liées à la performance en ce moment". Le champion olympique de VTT n'est pas toujours la solution aux problèmes dans sa formation, mais ce genre de prise de paroles est si rare…
Quand Thomas dit que ça ne va pas…
Quand Geraint Thomas, le taulier, va dans le même sens, c'est une preuve irréfutable que le ver est dans le fruit. Lancé par son pote Luke Rowe dans son podcast "Watts Occurring", le boss a rangé la langue de bois autour des performances de son équipe :
"Il y a des tas de raisons, elles s'additionnent toutes, il n'y a pas une solution miracle qui explique pourquoi les résultats ont été un peu difficiles cette année. Mais oui, je pense que pour l'instant, l'objectif principal devrait être de faire en sorte qu'en tant qu'équipe, nous soyons les meilleurs, les plus forts, les plus unis, que nous soyons tous dans le même bateau." Ainsi, le collectif, staff compris sans aucun doute, serait fracturé selon le Gallois. Les résultats d'une équipe cycliste dépendent de beaucoup de choses et la cohésion n'est pas la dernière sur la liste.
"(Tadej) Pogacar et (Jonas) Vingegaard vont être difficiles à renverser, mais il reste beaucoup d'autres courses et il y a encore beaucoup de bons coureurs de dans l'équipe aussi, a-t-il poursuivi. [...] Il est certain qu'il va falloir avoir quelques conversations honnêtes et se regarder dans le miroir en novembre et décembre prochains." Comprenez que la saison 2024 est irrécupérable et qu'il s'agit désormais de ne pas reproduire les mêmes erreurs pour ne pas gâcher la suivante.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/09/16/image-1b08c8a7-9806-4f27-8918-739700e5fc29-68-310-310.png)