Baugé tombe sur un monstre

Il n'y a rien eu à faire. Grégory Baugé a été dominé, nettement, en finale de la vitesse, par un Jason Kenny étourdissant de facilité. C'est la 26e médaille pour la France, mais pour Baugé, cet argent a un goût amer.

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Crédit: Eurosport

Grégory Baugé n'est pas allé au bout de son rêve. Pour sa dernière grande compétition (c'est en tout cas ce qu'il a laissé entendre ces dernières années), le Français rêvait d'or olympique. Au vu de sa suprématie sur le sprint mondial ces quatre dernières années, il peut nourrir de gros regrets. Mais sur ce tournoi olympique, sur cette finale, absolument aucun. Il est tombé sur un Jason Kenny intouchable. Prolongeant l'euphorie britannique, il a écarté en deux manches sèches celui qu'il n'avait encore jamais battu dans sa carrière. Mais le complexe Baugé n'a pas pesé lourd face à la vélocité exceptionnelle du natif de Bolton. Le Kenny de ce mois d'août n'a rien à voir avec celui du mois de mars, que Baugé avait dominé nettement en finale des Mondiaux. A Melbourne, au printemps, Kenny était apparu impuissant face au Français. Cette fois, l'impuissance avait changé de camp.
Devancé lors des qualifications sur 200m samedi, un premier signe, Grégory Baugé était convaincu qu'une fois en homme à homme, il pourrait prendre le dessus sur ce Kenny qu'il avait tout de même dominé en finale des deux derniers Championnats du monde. En demi-finales, les deux hommes ont confirmé leur supériorité sur le reste du plateau en balayant leur adversaire respectif (Philip pour Kenny, Perkins pour Baugé). Mais lors de la finale, le Tricolore n'a jamais semblé en mesure de s'imposer. Lors de la première manche, qu'il abordait en courant en tête, le protégé de Florian Rousseau s'est fait déborder dans le dernier virage. Le Britannique avait produit une terrible accélération qui avait laissé sur place le triple champion du monde.
Argent sans saveur
Dès lors, il devenait évident que Baugé aurait beaucoup de mal à décrocher l'or. Lors du second acte, dans une ambiance absolument extraordinaire, plus proche du stade de football en délire que du climat habituel des vélodromes, Kenny a lancé les hostilités juste avant la cloche. Au prix d'un énorme effort, le Français a pu recoller dans la ligne droite opposée. Il est presque revenu à hauteur de son adversaire à la sortie du dernier virage. Presque, seulement. Mais Kenny a toujours conservé un incontestable avantage. Sa victoire, en deux manches, est nette et sans bavure. Comme en 2008 à Pékin, l'or dans l'épreuve reine revient donc à la Grande-Bretagne, Kenny succédant à Chris Hoy, engagé cette fois uniquement sur le keirin en individuel.
C'est le premier grand titre en solo conquis sur la piste par Kenny, qui avait hérité du maillot arc-en-ciel sur tapis vert l'an dernier après le déclassement de Baugé, suspendu pour manquement à la règlementation sur la localisation. Cette victoire, ce triomphe même, dans le cadre des Jeux Olympiques, a fortiori devant son public, a évidemment une toute autre saveur. Pour Grégory Baugé, à l'inverse, cette médaille d'argent n'a aucun goût. Il l'avait répété à l'envi, seul l'or l'intéressait à Londres. Il était venu pour toucher deux fois de l'or. Il repart avec deux deuxièmes places. Pas vraiment ce qu'il espérait, de façon légitime, au vu des résultats de la dernière olympiade. Mais à l'évidence, les quatre dernières années ne pèsent pas bien lourd face à la furia britannique de ces derniers jours.
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