Gilbert, total contrôle

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Si Philippe Gilbert a réussi son incroyable quadruplé dont Liège-Bastogne-Liège constitue le sommet, ce n'est pas seulement parce qu'il avait des jambes de feu. C'est, aussi, parce que le Wallon a su garder la tête froide. Il n'a jamais perdu de vue ses objectifs, malgré l'euphorie générale.

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La force des très grands, c'est de rendre en apparence facile les défis les plus difficiles. Philippe Gilbert était si fort en ce mois d'avril que chacune de ses quatre victoires en l'espace de 10 jours (Flèche brabançonne, Amstel Gold Race, Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège) a pu apparaitre comme une simple formalité. C'est évidemment faux. Il y a plusieurs explications à ce fantastique grand chelem. Une part de réussite, son exceptionnelle condition, la solidité de son équipe. Mais il lui a aussi fallu gérer psychologiquement cette période particulière.
Son plus grand mérite tout au long de cette campagne aura été de rester maître de lui-même et de ses émotions. Jamais il n'a été prisonnier des attentes extérieures et de sa propre ambition. L'incroyable enthousiasme qu'ont suscité ses récentes performances auraient pu le perturber dimanche, mais Gilbert a su garder le cap. Il voulait mettre de côté l'aspect affectif des choses. Mission accomplie. "Je ne devais pas me laisser emporter par les encouragements, explique-t-il. Il ne fallait pas oublier l'essentiel: la course. Cela dit, quand je suis passé dans La Redoute devant mes supporters, ma famille, c'était vraiment spécial. Mes parents habitent au pied de cette côte. On vit peu de moments pareils dans une carrière".
"Je devais être dans ma bulle"
Au rayon intensité émotionnelle, Liège restera donc comme le paroxysme d'une période faste sur le plan des résultats mais compliquée à négocier. "Mentalement, ce furent dix jours délicats à gérer, confirme Gilbert. Je voulais rester concentré sur mes objectifs et rester avec mes équipiers pour former un vrai groupe, créer une atmosphère. Nous avons passé dix jours ensemble à l'hôtel (à Maastricht aux Pays-Bas, ndlr) à l'écart de la presse. C'était la meilleure façon de procéder. Je devais être dans ma bulle.Pour gagner, il fallait faire abstraction de la pression." Une pression qui n'a jamais été aussi forte que dimanche. Parce que Liège est Sa course. Sur ses terres. Parce que la Doyenne, en termes de prestige, surpasse de très loin l'Amstel ou la Flèche Wallonne, qu'il venait de remporter. "C'est le plus beau jour de ma carrière sportive", avoue-t-il sans se faire prier.
La Belgique s'est trouvé un nouveau héros. Elle n'a plus de gouvernement depuis un an, mais elle a un nouveau cannibale. En s'imposant dimanche, il est devenu le premier coureur belge à gagner à Liège depuis Frank Vandenbroucke, champion aussi talentueux que torturé, à la trajectoire tragique. Un Vandebroucke qui, lui, n'avait pas su gérer tout ce qu'impliquaient ses succès, pas davantage que les attentes que ceux-ci avaient provoqué. Les deux hommes sont très différents. Mais Gilbert n'a pas oublié d'évoquer la mémoire de son ainé. "J'ai beaucoup de supporters à Ploegsteert, le village de Frank, note le Liégeois. J'ai gardé contact avec la maman de Frank qui m'a encore dit ce matin (dimanche) que Frank pédalerait avec moi. C'était le dernier vainqueur belge. Lui succéder, c'est ma façon de lui rendre hommage".
Les hommages, c'est lui qui les reçoit désormais. A juste titre. Champion d'une trempe exceptionnelle, capable de clamer haut et fort ses ambitions et de répondre présent le Jour J, Gilbert a définitivement changé de dimension. On le savait doué depuis longtemps, on le savait très fort depuis 18 mois, on l'a découvert apte à contrôler tous les paramètres d'une campagne où il a constamment été l'homme à battre. Seul un Alejandro Valverde au top aurait peut-être pu le contrarier. "J'ai vraiment tout fait pour arriver à 100% cette semaine sur les Ardennaises et c'est très satisfaisant de ne pas être passé à côté de mes objectifs", dit-il avec le sentiment du travail bien fait. "Je vais couper un peu et profiter de tout ça avec mes supporters", conclut Gilbert. Maintenant, il peut se laisser gagner par l'émotion. Sortir de sa bulle. Partager. Savourer. Tout ce qu'il s'était interdit depuis 10 jours.
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