Dès ce lundi, il pourra le laisser dans le placard. Le regarder de temps en temps, forcément, mais Julian Alaphilippe ne portera plus, pour un an au moins, le maillot de champion du monde. Ni à l'entraînement, ni en compétition. A le voir après la course, heureux à la fois pour son ami et coéquipier Remco Evenepoel et son compatriote Christophe Laporte, on se permet de douter que la perte du jour l'affecte au plus haut point. Un pincement au cœur, sans doute, un drame, sûrement pas.

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Une quête de triplé vaine pour Alaphilippe

Il faut dire que Julian Alaphilippe avait eu le temps de se faire à l'idée que, cette fois, la marche était un peu haute même pour un D'Artagnan de son espèce. S'il n'affiche pas toujours la moustache, il a toujours des tours à jouer dans son sac pour tromper ses adversaires au moment où ils ne s'y attendent plus. Trop d'événements ont émaillé sa saison, le plus dur d'entre eux étant bien évidemment la chute de Liège, pour que sa quête de triplé mondial, comme Peter Sagan, ne soit pas vaine. S'il y avait encore de l'espoir début août, le Covid puis la chute à la Vuelta ont fini de les éteindre. Alaphilippe a essayé mais il n'a jamais pesé sur la course remportée par Remco Evenepoel ce dimanche.

Une énième chute : Le moment où Alaphilippe a dit adieu à la Vuelta

"J'ai essayé d'aider les mecs au mieux, a d'ailleurs commenté Alaphilippe à notre micro après la course. C'est quand même chouette de faire un podium sur un Mondial." Il avait promis de se mettre de l'équipe comme elle s'était mise au service du sien pendant deux ans, le double tenant du titre l'a fait. "Pour moi, c'est un mix de plein d'émotions, a-t-il confié à L'Équipe. J'avais pris le temps de m'imaginer sans maillot la semaine prochaine."
Quand t'as le maillot, tu te fais défoncer x10
L'an dernier déjà, à Louvain, il avait assuré qu'il ne serait pas désespéré de devoir abandonner un paletot lourd à porter, même pour lui. Le regard des gens, les commentaires sur des résultats un peu en deçà d'une saison 2019 exceptionnelle à tous les points de vue, tout ça il ne le regretterait pas, jurait-il… avant de reprendre pour 365 jours. Si 2021 avait été difficile, que dire alors de 2022 ?
"Quand t'as le maillot, tu te fais défoncer x10, dit-il toujours à L'Equipe. Si j'avais gagné la Flèche Wallonne cette année, ç'aurait été normal, 'il a déjà gagné trois fois'. Si tu fais 4e, 'ah putain, ça y est, c'est fini'. Je ne l'ai pas trop laissé transparaître, mais c'est surtout ça qui a changé. Cette année pour moi est mauvaise, je le sais, mais c'est limite si on m'enterre. Il y a eu plein de fois où je voulais poser mon vélo dans le garage et passer à l'année prochaine."

Alaphilippe sera différent

Mais Alaphilippe s'est battu et il sera sans doute encore là au Tour de Lombardie dans une quinzaine de jours, pour la première fois depuis deux ans (hors contre-la-montre) avec un maillot bleu et blanc sur les épaules. S'il verra de près celui à l'arc-en-ciel que portera Remco Evenepoel, il sera épargné de sa pression. Et des regards ? Pas encore. Son doublé mondial, son Tour 2019, ses autres accomplissements nombreux en ont fait une star du peloton. Star, il restera, y compris pour le grand public français qui ne manquera pas de l'attendre au sommet du classement général du Tour 2023, une fois de plus, même s'il répète qu'il n'en a ni l'envie, ni les capacités.

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Que changera alors cette nouvelle donne pour "Loulou" ? Les attentes de son équipe ? Peut-être. Les siennes ? Sans aucun doute. Si Julian Alaphilippe a une telle cote d'amour, c'est qu'il ne triche pas. Il y a fort à parier qu'il se soit mis, depuis deux ans, une pression monstre pour être digne de ce maillot de champion du monde. Les pépins s'enchaînant, il a moins gagné en 2020 et 2021 que sur la seule année 2019. Or cet objectif est le seul qui compte pour l'homme de la Quick-Step. "Le coureur normal, c'est celui que je suis aujourd'hui, mais sans le maillot", confie-t-il à L'Équipe. Sera-t-il meilleur ? Nul ne le sait. Différent et plus détendu ? Absolument.
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