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MONDIAUX DE WOLLONGONG - "Du cauchemar au rêve" : Annemiek Van Vleuten ou l’art de toujours se relever
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Publié 24/09/2022 à 12:56 GMT+2
MONDIAUX - Quatre jours après s’être blessée au coude en chutant au départ du relais mixte, Annemiek van Vleuten a été sacrée championne du monde pour la 2e fois de sa carrière. Un titre improbable, décroché en opportuniste, qui met une fois de plus en lumière la capacité de la Néerlandaise à surmonter les coups durs et atteindre ses objectifs, coûte que coûte. Comme une marque de fabrique.
Van Vleuten championne du monde avec un coude cassé : et si c'était du bluff ?
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Que restera-t-il d’Annemiek van Vleuten quand sonnera sa retraite, dans un peu plus de douze mois à l’issue de la saison 2023 ? Il y aura d’abord le palmarès, évidemment, l’un des plus grands de l’histoire, avec (pour l’heure) quatre titres mondiaux, dont deux en chrono, un sacre olympique en contre-la-montre, une ribambelle de classiques dont le Tour des Flandres et Liège-Bastogne-Liège, trois saisons terminées au 1er rang mondial et le premier triplé de l’histoire sur les grands tours, réalisée en 2022 dès la réintroduction du Tour de France Femmes.
Mais AVV, c’est aussi un style, une manière abrupte de pantin désarticulée quand elle se dresse les pédales, l’air toujours faussement à court d’énergie, mais aussi une bourreau de travail, la seule à pouvoir se farcir plus de 30 000 bornes par an, et une façon unique d’écraser la course.
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La débâcle néerlandaise puis le miracle van Vleuten : le résumé de la course
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Ses solos dans le Yorkshire (130 km pour décrocher son 1er titre mondial) et sur la route du Markstein (62 km pour conquérir le Maillot Jaune sur le Tour) ont forgé sa légende et disent tout de ses qualités de rouleuse et de sa faculté à grimper (inégalée depuis la retraite d’Anna van der Breggen). Ils racontent aussi sa dureté au mal et une manière de toujours se relever après les coups durs.
Elle revient toujours
Le Yorkshire, c’était la revanche d’Innsbruck, un an après s’être fracassé le genou sur le circuit autrichien - elle avait malgré tout fini la course, à la 7e place. Sur le Tour, son triomphe avait les atours d’un miracle, puisqu’elle ne pouvait même pas “faire sa valise” cinq jours plus tôt, plombée par des ennuis gastriques qui l’ont conduit à deux doigts de l’abandon. "Annemiek, quand elle chute, quand elle tombe malade, elle revient, et elle revient encore plus fort", relevait ainsi Raymond Kerckhoffs, journaliste néerlandais chez Wielerflits, après le Tour. Son deuxième titre mondial à Wollongong, le plus vieux obtenu dans l'histoire par un cycliste, s’inscrit ainsi totalement dans ce registre. Du pur Van Vleuten.
Sa présence au départ, ce samedi, relevait déjà de l’insensé. Trois jours avant, une chute improbable (et aux circonstances toujours troubles) l’a laissée avec un coude fracturé, selon les informations véhiculées par l’intéressée et l’équipe néerlandaise. Pourtant, dès le lendemain, elle était de retour sur son vélo pour éprouver sa résistance à la douleur - un test visiblement concluant. Elle disait s’élancer sur la course en ligne pour "aider ses coéquipières" consciente que son état ne l’autorisait pas à viser trop grand. Et c’est d’ailleurs ce qu’elle fit dans l’avant-dernier tour, où son travail mené avec Ellen van Dijk permit à Marianne Vos (et au peloton) de revenir sur la tête de course.
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Quelques secondes de course et déjà une chute : Van Vleuten et les Pays-Bas ont tout perdu
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"Jamais je n'ai imaginé qu'il était possible que je gagne cette course"
En revanche, son instinct de gagneuse semble avoir repris le dessus dans la dernière boucle. Plutôt que d’attendre Vos pour l’aider à revenir une fois de plus, elle resta sagement en dernière position de son groupe, situé à un 2e échelon, comme si elle attendait son heure. Et une fois la jonction opérée, sous la flamme rouge, elle ne se fit pas prier pour anticiper le sprint et remporter le titre sur sa seule et unique attaque. Clinique. Inespéré vu les circonstances. Elle se pinçait pour y croire à l’arrivée : "C'est ma plus belle victoire, je suis passée du cauchemar au rêve. Jamais je n'ai imaginé une seule seconde qu'il était possible que je gagne cette course. Tous mes rêves étaient brisés lorsque je me suis cassé le coude". Du cauchemar au rêve, rêves brisés … Une sémantique qui revient comme un jour sans fin dans sa carrière de grimpeuse, dramaturgique dès sa naissance même.
C’est en 2016 que la carrière de la Van Vleuten a véritablement décollé, sur le circuit de Rio. Alors qu’elle filait vers l’or, seule dans la descente, elle chuta de manière si effroyable qu’on craigna même un temps pour sa vie. Un titre olympique était perdu mais elle avait au fond gagné bien plus important ce jour-là. La conviction qu’elle pouvait battre tout le monde en montagne l’habitait enfin. Et elle ne la quittera plus. Dès l’année suivante, elle remportait la Course by le Tour par-delà l’Izoard.
L'art du storytelling
"Après s’être cassée le genou à Innsbruck, elle s’était rendue au Portugal pour un stage avec l’équipe messieurs Mitchelton-Scott, raconte Raymond Kerckhoffs. Le premier jour, elle avait vraiment du mal à suivre les mecs. Mais jour après jour, elle allait de mieux en mieux et impressionna tout le monde par sa combativité, sa mentalité. Elle imposa le respect parce qu’elle avait puisé très loin au fond d’elle. Et elle est revenue au plus haut niveau."
L’un de ses rêves était de pouvoir disputer un jour Paris-Roubaix. Et quand l’Enfer du Nord s’est enfin ouvert aux femmes en 2021, elle ne se voyait pas manquer le rendez-vous malgré des chances quasi nulles de s’imposer et les risques que représentait les pavés. Cela n’a d’ailleurs pas manqué : elle se fractura la hanche et la clavicule, ce qui aurait pu signer la fin de sa carrière à près de 39 ans. Mais elle se releva, une fois de plus, effectuant sa sortie de reprise dix jours à peine après sa chute. Van Vleuten est un phénix, et il faut aussi peut-être lui reconnaître une certaine maîtrise du storytelling, parfois à la limite du crédible, comme savait le faire Lindsey Vonn, dont les “comeback” après blessures étaient une ritournelle, l’extravagance en plus.
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Durand : "Van Vleuten a joué le rôle d'équipière de luxe"
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Fracture véritable du coude ou simple fêlure, Van Vleuten ne s’attendait en tout cas pas à vivre une journée pareille. Un bonheur qu’elle aura le temps de savourer longuement. Il s’étendra durant tout une année grâce à la tunique irisée, qu'elle retrouve trois ans après : "C'est ce qu'il y a de plus beau. En 2020, je n'ai pas pu courir beaucoup avec le maillot de champion du monde sur le dos à cause du Covid. Là je vais en profiter à fond."
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