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La peur de gagner
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Publié 11/03/2011 à 10:09 GMT+1
Toute sa carrière, Andreas Klöden (RadioShack) est resté aux portes de grandes consécrations. Pas par manque de talent. Mais par peur d'assumer un statut trop grand pour lui. Leader de Paris-Nice, l'Allemand peut-il tenir la distance jusqu'à Nice, dimanche? Début de réponse dans le chrono vendredi.
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Pour tout dire, c'est un retour dont on ne le croyait plus capable. Andreas Klöden reste certes un coureur de grande qualité. Le talent ne se perd jamais et l'Allemand n'en manque pas. Mais cette victoire à Vernoux-en-Vivarais, l'étape reine de Paris-Nice sur le papier, personne ne l'avait vraiment vue venir. Résultat, 11 ans après sa victoire finale à Nice, qui l'avait installé dans la cour des grands, revoilà le coureur de RadioShack au sommet de la hiérarchie. "Je suis tellement content d'avoir ce maillot. C'est super pour moi et pour l'équipe", sourit "Klodi", heureux comme un néo-pro malgré ses 35 printemps bien tassés.
La question est maintenant de savoir si l'ancien disciple de Jan Ullrich peut tenir la distance jusqu'à dimanche et ajouter la cuvée 2011 à son palmarès. Une grande partie de la réponse sera connue dès vendredi, lors du long (pour un début mars) contre-la-montre de 27 kilomètres entre Rognes et Aix-en-Provence. Avec 23 coureurs en 29 secondes au général, Klöden est, au plan chronométrique, un leader fragile. Pour beaucoup, le vrai favori reste d'ailleurs Tony Martin, gros rouleur idéalement placé en embuscade (l'Allemand est 4e à 10 secondes). "Il a une très bonne chance de gagner ce Paris-Nice, juge l'Australien Richie Porte (Saxo Bank), invité à se mouiller. Tony est en très grande forme et le parcours va lui convenir d'ici dimanche."
Gallopin: "Le talent mais pas le mental"
Leader mais pas favori, tel est donc le statut bancal de Klöden à trois jours de l'arrivée. Comme si personne ne voulait vraiment croire en lui, même après sa probante victoire d'étape. Le résumé d'une carrière en quelque sorte. Sa victoire à Nice en 2000 était encore celle de l'insouciance. Il n'était pas attendu. On l'imaginait alors devenir un grand leader. Mais non. Ce fut Andreas le fidèle lieutenant, Andreas le serviteur zélé, Andreas le surdoué mais à qui il manque toujours quelque chose pour rafler le gros lot, comme lors du Tour de France 2006, le première de l'ère post-Armstrong. Un Tour à prendre, un Tour qui lui tendait les bras, mais qu'il n'a pas su étreindre. "C'est un grand professionnel, estime son directeur sportif chez RadioShack, Alain Gallopin, qui avait les talents pour être un grand leader d'équipe mais pas le mental."
Cette absence de carrure psychologique l'a obligé (à moins que, inconsciemment, il ne s'agisse d'un choix délibéré de sa part) à rester dans l'ombre d'un autre. Ullrich, d'abord. Contador, ensuite. Armstrong, enfin. "Pourquoi je ne suis pas un leader à part entière ? Ce sont aussi les circonstances, la présence de leaders dans l'équipe, se défend-il. Chez T-Mobile, il y avait Ullrich. Chez Astana, il y a eu Contador. J'essaye de faire de mon mieux. J'ai quand même gagné de belles courses par étapes, comme Paris-Nice, Tirreno-Adriatico, le Tour du Pays Basque." "C'est aussi un équipier modèle, rappelle Gallopin. Alberto Contador lui doit un Giro, Andreas lui a sauvé la mise à plusieurs reprises".
Mais voilà, d'ici dimanche, Andreas Klöden va devoir endosser le costume de patron. Pas celui qu'il préfère. C'est pourtant à lui de jouer. "Dans le chrono, ça sera dur contre Tony Martin qui est un très bon coureur et un spécialiste, estime-t-il, toujours prudent. Mais, bien sûr, je vais tout donner. On fera le point vendredi soir. Mais ça va quand même être difficile de gagner ce Paris-Nice." C'est toujours quand on ne l'attend plus, qu'on ne pense plus à lui, qu'il surgit pour nous étaler sa classe. Comme à Vernoux-en-Vivarais. Puis, une fois propulsé seul sur le devant de la scène, la peur de gagner l'inhibe. Il a trois jours pour tordre le cou à ce raccourci de sa carrière. Une belle carrière, qui aurait pu être grande.
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