Tadej Pogacar peut-il remporter Paris-Roubaix pour sa première participation et battre Van der Poel, double vainqueur ?
Par Emile Pawlik
Mis à jour 27/03/2025 à 21:40 GMT+1
Gagner Paris-Roubaix dès sa première participation ? Un défi à la hauteur du talent de Tadej Pogacar. Alors qu'il ne sera qu'un bizuth, le Slovène s'avance déjà comme un favori, fort de ses qualités de pilotage et de puissance. Certes, un peu derrière Mathieu van der Poel, maître des lieux depuis deux ans. Mais avec le champion du monde, on ne sait plus très bien où fixer les limites.
Pourquoi Ganna va gagner à Roubaix (avec ou sans Pogacar)
Video credit: Eurosport
Passée l'euphorie, vient le temps de la question qui brûle toutes les lèvres. Tadej Pogacar peut-il remporter Paris-Roubaix pour sa première participation ? Pour n'importe lequel des bizuths, la question serait audacieuse, voire totalement hors de propos. Mais le champion du monde slovène n'est pas n'importe qui. Il suffit de voir l'effet qu'a fait l'annonce de sa participation à "l'Enfer du nord" mercredi. Tout le monde s'est enthousiasmé de prendre triple ration d'un duel alléchant avec Van der Poel - après Milan-Sanremo et le Tour des Flandres - qui devient un classique des printemps, pour le plus grand plaisir de tous les amoureux du cyclisme.
Le Slovène de 26 ans est un homme de défis, et le voir triompher pour sa première venue, le 13 avril, n'a rien d'ubuesque. "Il est dans la forme de sa vie, s'il veut gagner Paris-Roubaix, c'est maintenant ou jamais", pose Jacky Durand, dix participations à la reine des Classiques au compteur. Tadej Pogacar (UAE-Team Emirates XRG) ne voulait pas attendre de se frotter aux pavés mythiques de cette course qui, a priori, n'est pas taillée pour lui. Mais seulement a priori, car les débats sur son poids sont balayés par notre consultant Steve Chainel.
Le faux problème du poids
"Oui, il est plus léger, mais quand on voit les sections de pneus sur lesquelles roulent les coureurs (entre 30 et 33 mm), ce n'est plus un problème." Pour Bernard Hinault, vainqueur en 1981, Pogacar est "capable de gagner tous les Monuments", y compris donc Paris-Roubaix.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/03/26/4113470-83407048-2560-1440.jpg)
Hinault : "Pogacar peut gagner les cinq Monuments quand il en a envie"
Video credit: Eurosport
Semblable au gabarit du Blaireau, Pogacar peut donc nourrir tous les espoirs et ne pas faire de complexes, même si ce n'est pas le genre de la maison. "Je ne comprends pas tous ceux qui disent qu'il faut être lourd pour gagner Paris-Roubaix, moi je n'étais pas lourd et je l'ai gagné ! Il suffit d'être adroit sur le vélo pour être à l'aise sur les pavés", a confié le Breton dans Ouest-France mercredi, après l'annonce retentissante du changement de programme de "Pogi".
Pour Steve Chainel, le Slovène peut "espérer jouer un premier rôle, voire gagner". Forcément, on ne peut pas éluder le contexte du duel avec Mathieu Van der Poel qui s'annonce. Double vainqueur en titre, le Néerlandais est forcément encore le grand favori d'une course qui colle tellement à ses qualités de crossman et de puissance. A chaque démarrage, il donne le sentiment de voler sur les pavés, mais Tadej Pogacar n'est pas en reste non plus.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/03/27/image-12b637a7-b147-4abc-9cb9-9a44a61b0303.jpeg)
Tom Boonen et Tadej Pogacar à la cérémonie du Vélo d'or 2024
Crédit: Getty Images
L'adoubement de Tom Boonen va en ce sens. "Je suis persuadé qu'il peut le faire. Il fait partie des coureurs qui peuvent faire n'importe quoi sur le vélo. Il faut juste aller vite et gérer le vent, ce n'est pas si difficile", avait-il déclaré à la cérémonie du Vélo d'or 2024. Il a d'ailleurs déjà couru Paris-Roubaix en juniors et avait pris la 13e place.
Une étape du Tour comme seule référence
On ne va pas prendre comme référence cette course de l'époque où Tadej n'était pas encore l'ogre qu'il est devenu, mais plutôt la 5e étape du Tour de France 2022 courue entre Lille et Wallers-Aremberg. Alors porteur du maillot blanc, le Slovène avait survolé des secteurs pavés clés de la course comme le fameux secteur du Pont-Gibus, que le Slovène retrouvera sous ses roues dans un peu plus de deux semaines. Seul Jasper Stuyven (Trek-Segafredo), flahute et habitué des secteurs poussiéreux avait réussi à suivre le rythme effréné du Slovène. L'opération avait été maigre, avec seulement 13 secondes de glanées sur Jonas Vingegaard, mais le feu-follet slovène avait envoyé un message à ses adversaires.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/03/26/4113482-83407288-2560-1440.jpg)
Lors du Tour 2022, Pogacar avait réussi son mini-Roubaix
Video credit: Eurosport
Projetons-nous. Dans quel scénario pourrait gagner le Slovène ? Aux commentaires du Tour de Catalogne (à suivre sur Eurosport et MAX), notre consultant David Moncoutié s'est risqué à une analyse et mise sur une victoire de Pogacar dès cette année. "Paris-Roubaix est plus une course d'usure que Milan-Sanremo, avec des efforts intenses dès la trouée d'Arenberg (à près de 100 km de l'arrivée), pointe l'ancien grimpeur de la Cofidis. On sait que c'est une course qui se gagne souvent en solitaire. Il aura moins la pancarte que sur la Primavera, c'est une course où il pourra sortir dans le final."
S'il vient à gagner cette épreuve un jour, ce sera dans la difficulté
Ce sera sûrement la seule manière de la gagner pour le champion du monde. En cas d'arrivée au sprint sur le vélodrome avec Mathieu Van der Poel, on donne peu cher de la peau du Slovène, au vu de la leçon que lui a infligée le coureur d'Alpecin-Deceuninck sur la Via Roma. "S'il vient à gagner cette épreuve un jour, ce sera dans la difficulté", a analysé le directeur de l'épreuve Thierry Gouvenou. Peu souvent mis en difficulté et dominateur lors de ses dernières courses, Tadej Pogacar va devoir réenfiler le bleu de chauffe pour accrocher ce Monument dans son palmarès. Alléchant et terriblement excitant.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité