La dernière bataille

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Dans quelques jours, Johan Museeuw mettra un terme à sa glorieuse carrière. Paris-Roubaix, dimanche, sera l'ultime défi du vieux Lion de Gistel. A 38 ans, il s'apprête donc à courir une dernière fois sur ces pavés où il a tout connu: les pires souffrances

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Crédit: Eurosport

C'est la course de sa vie, celle où se mélange tous les sentiments possibles. Ici, Johan Museeuw a vécu sa naissance en tant que grand champion, il a cru mourir et il a ressuscité. A l'heure de livrer l'ultime bataille d'une carrière épique, l'idole des Flandres se sent prêt à tout donner, une dernière fois. Il rêve d'une apothéose dans le Vélodrome de Roubaix, où une quatrième victoire ferait de lui l'égal du grand Roger De Vlaeminck.
Le futur retraité se prête aisément au jeu de la boîte à souvenirs. Bons et mauvais. Le pire? Son accident, bien sûr, en 1998. Une chute terrible sur les pavés glissants et boueux d'Arenberg. Sa carrière semble alors brisée, son intégrité physique menacée. Il échappe de peu à l'amputation. "J'ai pensé plus d'une fois que je ne pourrai plus courir", dit-il aujourd'hui. "Je n'ai pas pédalé pendant trois mois. Quand je suis remonté sur le vélo, j'ai pédalé pendant une heure, tranquillement, à 20 à l'heure. Je me suis senti renaître. C'est le moment le plus beau, le plus fort, de toute ma carrière".
"L'âme de l'équipe"
Deux ans plus tôt, Museeuw avait signé une première victoire dans le Nord. Victoire ternie par les consignes d'équipe de la Mapei, qui avait désigné l'ordre d'arrivée après l'échappée des trois équipiers, Museeuw, Tafi et Bortolami. C'était l'heure des polémiques. Mais en 2000, c'est en solitaire, sans rival, et la jambe levée pour bien montrer que son accident appartenait au passé que le Belge franchit la ligne d'arrivée. Un moment magique.
Le troisième volet de son triptyque, c'est en 2002, l'année de la 100e édition, que Museeuw l'a écrit. Nouveau témoignage de la supériorité de cet athlète puissant et endurant, à l'aise dans une course de fond qu'il a terminée à six reprises dans les trois premiers depuis 1995. "Johan, c'est l'âme de l'équipe ", insiste son manageur général, Patrick Lefevere, dont les formations (Mapei, Domo, Quick Step) ont dominé la dernière décennie de l'épreuve.
Le scénario de Boonen
Un modèle et un inspirateur pour tous ses coéquipiers, anciens ou actuels, de Tafi à Knaven en passant par Bortolami et, aujourd'hui, Tom Boonen. Le jeune Belge, de 15 ans le cadet de Museeuw, est également son successeur désigne. Troisième à Roubaix en 2002 lors du dernier succès de son idole, il a prouvé mercredi sur Gand-Wevelgem qu'il était prêt à prendre la relève. Mais dimanche, Museeuw sera bien la première option de Quick Step.
Boonen ne s'en formalise pas. Il livre d'ailleurs son scénario idéal: "Johan va s'imposer en solitaire, contre le vent. Derrière, je protège son échappée en maîtrisant Van Petegem avant de le battre au sprint" prophétise le natif de Mol. Evidemment, il constitue mieux qu'une roue de secours en cas de défaillance de Museeuw. 15e du Tour des Flandres dimanche dernier, le Lion semble avoir retrouvé des jambes au meilleur moment. Sa science de la course peut faire le reste.
Quoi qu'il arrive en ce dimanche de Pâques, Johan Museeuw restera avec trois victoires aux Flandres et ses trois autres à Roubaix comme l'un des plus grands coureurs de classiques de l'histoire du cyclisme. Après avoir tant donné, il aura bien mérité de raccrocher, même si les adieux officiels sont pour mercredi prochain. Pour un peu, il s'excuserait presque de ne pas avoir réservé sa sortie à ses chers pavés français: "J'aurais aimé raccrocher le jour de Paris-Roubaix mais je suis Belge. J'ai prolongé de trois jours pour terminer au GP de l'Escaut."
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