Lorsque l'on évoquait les favoris de cette 118e édition de Paris-Roubaix, les noms de Wout Van Aert ou de Mathieu Van der Poel revenaient fréquemment. Celui de Sonny Colbrelli, beaucoup moins. Il faut dire que l'Italien de la Bahrain-Victorious a beau avoir remporté récemment le Tour du Bénélux, il n'est pas le coureur le plus réputé pour ses qualités sur les pavés, malgré sa 10e place acquise sur le Tour des Flandres en 2017. Mais, s'il y a bien des épreuves qui font rêver le champion d'Europe, ce sont bien les deux Monuments pavés. "Paris-Roubaix, c'est la course de mes rêves, avoue-t-il. Enfin, derrière le Tour des Flandres". Pourtant, jusqu'à cette année, on n'avait encore jamais vu l'Italien sur les routes de l'Enfer du Nord.

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J'ai failli chuter plusieurs fois
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"A chaque fois, j'avais l'objectif de l'Amstel Gold Race (3e en 2016) une semaine après, expliquait-il en conférence de presse. Je ne voulais pas prendre de risque avant, accuser la fatigue". Alors, lorsqu’il a vu le report de Paris-Roubaix au mois d’octobre en 2021, il n'a pas hésité à saisir sa chance. Les trombes d’eau qui se sont abattues sur le peloton lors de la première moitié de course auraient rebuté plus d'un novice. "C'était un Paris-Roubaix de légende, avec la boue et avec la pluie dès le départ", rappelait-il à juste titre.
Heureusement pour lui, Sonny Colbrelli adore ces conditions, même si tout n'a pas été simple pour le champion d'Europe. "J'ai eu du mal dans la boue, j'ai failli chuter plusieurs fois, racontait-il. C'était super difficile, au niveau de la concentration, pour éviter les chutes, et ça été comme ça dès le premier secteur. Il y a toujours ce stress, il fallait toujours penser à rester aux avant-postes au moment d'aborder les pavés".

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De quoi ajouter encore un peu plus à la tranquillité d'esprit du Transalpin. "Ce matin (dimanche matin, NDLR), je ne pensais même pas arriver au vélodrome, racontait-il après son succès. J'étais assez tranquille, j'ai couru sans pression". Sans pression mais pas sans ambition, ni panache. Alors qu'il aurait pu sagement rester au cours du groupe des favoris en misant sur sa pointe de vitesse, Colbrelli s'est lancé à l'offensive à plus de 80km de l'arrivée. "J'ai attaqué après Arenberg, même si je savais qu'il y avait encore beaucoup de kilomètres, racontait-il. Ça m'a permis de suivre ensuite Van der Poel ensuite. Il y avait Gianni Moscon devant qui était très fort mais derrière on était plus nombreux avec Mathieu (Van der Poel), Florian Vermeersch et moi, et on a fait du bon travail pour revenir".
C'est mon année
Et lorsque les trois hommes se sont détachés pour se jouer la victoire, Colbrelli a suivi Van der Poel comme son ombre : "J'avais surtout van der Poel à l'œil, même si je craignais aussi que le groupe de Wout van Aert revienne, avouait-il. Je restais dans sa roue, j'étais concentré pour le suivre, ne pas chuter, éviter la boue. J’étais limite à la fin mais c'est passé". Mission accomplie par l'Italien, peut-être même un peu trop.
A force de rester concentré sur le Néerlandais, le champion d’Europe de la Bahrain-Victorious a bien failli tout gâcher. "Je m'étais focalisé sur van der Poel mais le gars de la Lotto-Soudal a failli me surprendre, expliquait-il après la ligne d’arrivée avant de compléter son propos en conférence de presse. Après 250 kilomètres, même un grimpeur peut s'avérer être rapide au sprint. J'avais peur de van der Poel bien sûr mais je savais que Vermeersch était un jeune coureur prometteur. J'ai eu un peu peur mais j'ai réussi heureusement à le passer".

"Quand on n’est pas capable de lâcher Boivin ou Vermeersch… ce n’était pas du grand Van der Poel"

A une vingtaine de mètres de la ligne simplement, mais ça, ça ne changera rien au résultat final. Ni à la joie du vainqueur. "C'était mon premier Paris-Roubaix, j'ai du mal à croire que j'ai gagné", avoue Colbrelli, tombé en pleurs sur la pelouse du vélodrome après son sacre. L’aboutissement d’une folle année 2021 pour l’Italien. "C’est mon année, c’est sûr", estimait-il après l’arrivée. Difficile de le contredire tant le coureur de la Bahrain-Victorious a passé un cap cette saison. Lui qui n’avait gagné que deux fois au niveau World Tour après le début de la saison y a gagné à cinq reprises en 2021, dont sa première course par étapes (Tour du Bénélux) et son premier Monument, sans oublier son sacre européen, à domicile, à Trente.
Maintenant que j'ai atteint ce rang, j'espère m'y maintenir
La concrétisation d’un travail amorcé dès l’an passé. "Je suis suivi par un coach mental, j'avais commencé à le faire les années précédentes, explique-t-il. Mon mental a changé, il y a quelque chose en moi qui est différent cette année, qui fait que tout se passe bien dans les courses. Je suis arrivé à maturité à 30 ans comme d'autres dans le passé, comme Greg Van Avermaet qui est un peu mon exemple".
Lui aussi avait remporté Paris-Roubaix à 31 ans, au cours de la plus belle année de sa carrière. Mais il ne l’avait pas fait dès sa première participation, chose inédite sur l’épreuve depuis… 1896 et la victoire de Josef Fischer sur la première édition ! "Maintenant que j'ai atteint ce rang, j'espère m'y maintenir pendant plusieurs années", avoue Sonny Colbrelli. Et pourquoi faire mieux que Van Avermaet en allant gagner un deuxième Monument. Et pourquoi pas samedi prochain sur le Tour de Lombardie ? Après tout, rien ne semble impossible avec le champion d’Europe.

Sonny Colbrelli (Bahrain-Victorious) célèbre son succès sur Paris-Roubaix 2021

Crédit: Eurosport

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