Philippe Gilbert regrettera sans doute l'avenue de Grammont. Vainqueur l'an dernier au bout de la longue artère tourangelle appelée à disparaître du final de Paris-Tours l'an prochain, le Wallon a remis le couvert ce dimanche au terme d'une course impeccablement maîtrisée. Aussi discret qu'économe de ses forces au cours des 220 premiers kilomètres de l'épreuve, l'ancien coureur de Marc Madiot a su mettre le nez à la fenêtre au moment opportun.

A huit kilomètres du terme, c'est d'abord Tom Boonen qui profitait des pentes de la côte de l'Epan (500 m à 8%) pour s'envoler sur un terrain sur lequel on ne l'attendait pas. Au sommet, alors qu'il restait à escalader les côtes du Pont Volant (400 m à 7%) et du Petit Pas de l'Ane (500 m à 7%), le récent vainqueur du Tour d'Emilie s'est à son tour dressé sur les pédales pour revenir avec une facilité déconcertante sur le champion de Belgique. Flairant le bon coup, le très accrocheur Borut Bozic (Vacansoleil) prenait son sillage et apportait tout de suite sa collaboration aux deux coureurs d'outre-quiévin.

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Un sprint vent dans le dos

Alors que le peloton, perturbé par une chute, n'est jamais parvenu à organiser la poursuite, les trois hommes de tête se sont dès lors entendus comme larrons en foire. Filippo Pozzato (Katusha), parti en contre dans la montée du Pont Volant et finalement 4e à l'arrivée dans la cité de l'Indre-et-Loire, n'a ainsi jamais fait plus qu'entrevoir le dossard des hommes forts de ce final. "On n'a pas compté nos efforts pour faire le trou. C'était une course d'hommes forts", explique Gilbert qui se souvient sans doute qu'il a perdu Paris-Tours en 2005 et en 2007 pour ne pas avoir collaboré suffisamment efficacement avec Stijn Devolder puis avec "Pipo" Pozzato.

Considéré comme l'un des coureurs sentant le mieux la course au sein du peloton actuel, le puncheur de l'équipe Silence-Lotto a ensuite une nouvelle fois justifié sa réputation en surprenant ses adversaires : "J'ai lancé à 300 mètres. J'avais fait monter un plateau de 54 parce que je savais que le sprint se ferait avec vent favorable. Depuis le départ, je pensais à lancer mon sprint de loin. Je suis parti sur la gauche pour les empêcher de prendre mon sillage et ils n'ont jamais pu revenir. De toute façon, j'avais confiance en ma pointe de vitesse. En général, je suis dans les plus rapides à l'arrivée des courses difficiles".

Et maintenant la Lombardie

Avant ce final haletant, la course a été animée par une longue échappée partie dès les tous premiers kilomètres. Martin Elmiger et Cédric Pineau (AG2R-La Mondiale), Matthieu Ladagnous (Française des Jeux), Damien Gaudin (Bbox Bouygues Telecom), Jean-Luc Delpech (Bretagne-Schuller), Jonathan Thiré (Auber 93), Matthew Hayman (Rabobank), Aart Vierhouten (Vacansoleil), Tom Veelers (Skil Shimano) et Lazlo Bodrogi (Katusha) composaient cette fugue initiale qui aura donné des sueurs froides à un peloton, rapidement privé du colosse André Greipel (Columbia), victime d'une chute à une centaine de kilomètres de l'arrivée, jusqu'à ce que Veelers, ultime rescapé de ce groupe, rende les armes sur l'accélération de Boonen qui regrettera sans doute d'avoir privilégié la roue de Bozic à celle de Gilbert dans la dernière ligne droite.

Malheureux sur les derniers championnats du monde sur lesquels il a eu le tort de trop se focaliser sur Fabian Cancellara et le duo Valverde-Sanchez, le Wallon très régulier cette saison, a signé son quatrième succès de la saison sur la chaussée tourangelle. Au printemps, il avait déjà pas mal tourné autour en se classant 3e du Tour des Flandres puis 4e de l'Amstel Gold Race et de Liège-Bastogne-Liège. Cette victoire de prestige arrive à point nommé pour couronner une année qu'il espère finir en trombe. "J'irais sur le Tour de Lombardie avec beaucoup d'ambitions. J'espère terminer la saison très fort", conclut Philippe Gilbert avec l'ambition qu'on lui connait. Au moins, tout le monde est prévenu.


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