Bravo pour votre succès, dimanche lors de Paris-Tours. Passer à l’attaque pour s’imposer au sein d’une échappée, et non "seulement" attendre le sprint, cela compte pour vous ?
Arnaud Démare : C’est clair, c’est très différent. Des victoires comme celle de dimanche, j’en ai quatre ou cinq. Les championnats de France 2020 à Grand-Champ, une étape du Tour de Wallonie (plus le classement général, en 2020, NDLR), une étape de Paris-Nice (en 2017) notamment. J’ai peu de victoires en petit comité, en force comme ça. Celle-ci me fait d’autant plus plaisir.
Paris - Tours
La victoire de Démare ? "Cela fait taire certaines personnes"
11/10/2021 À 16:05
Quel bilan tirez-vous de votre saison 2021 ?
A. D. : J’ai fait une grosse saison 2020. Coureur le plus prolifique en termes de victoires (14, NDLR), le Giro, le championnat de France... J’avais beaucoup d’ambition, beaucoup d’attentes pour 2021. J’ai travaillé, beaucoup, aussi. Mais cela n’a pas payé comme je le voulais. Ceci-dit, j’ai 9 victoires au compteur, dont un classement général (Boucles de la Mayenne, NDLR). Certes ce n’est pas du World Tour, mais quand même…

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Il vous manque un succès majeur.
A. D. : Oui, les déceptions, c’est surtout sur les grands rendez-vous. Lors du Tour de France, j’étais très déçu d’être hors délai à Tignes. J’ai tout donné. J’étais tombé quatre jours avant. Je n’avais pas la forme et les jambes que je voulais ce jour-là… Je voulais être présent à certains moments cette année, et ça ne voulait pas. C’était difficile à digérer. Ce que je retiens, c’est la force de caractère que j’ai pu montrer en me relevant. Cette victoire me fait du bien, elle efface certaines déceptions.
Dire que ce Paris-Tours a sauvé votre saison, cela vous convient-il ?
A. D. : Je ne dirais pas "sauvé". C’est excessif parce que la saison est passée et tous les échecs que j’ai eus restent des échecs. Ce n’est pas Paris-Tours qui vient sauver mon Tour de France, ni ma Vuelta. Ces deux courses-là sont faites. En revanche, cela va me permettre de couper en étant moins frustré, moins déçu et en me disant qu’il y a de l’espoir pour l’année prochaine.
Après la course, vous avez déclaré avoir "tout bien fait pour continuer à y croire", impliquant votre "femme exceptionnelle", dans cette réussite. A quel point y contribue-t-elle ?
A. D. : Elle est impliquée. Quand je rentre à la maison, c’est elle que je vois. Ce ne sont pas mes équipiers, les membres du staff… C’est elle et moi, c’est nous deux. On sait ce dont j’ai besoin. Il y a des moments où ce n’était pas facile. Mais l’objectif était de ne pas baisser les bras, comme j’ai l’habitude de faire. Comme c’est en moi. Je n’ai pas lâché et finalement cela a payé. C’est une satisfaction pour moi et pour elle aussi.
Il y a le regard des proches, mais aussi les critiques extérieures. Sur les réseaux sociaux par exemple. Cela vous touche, est-ce une potentielle source de motivation ?
A. D. : Il y a deux ans, cela m’aurait peut-être touché de lire les critiques. Mais j’ai mûri là-dessus. J’ai appris à faire avec. Nous sommes des personnages publics et c’est facile de se cacher derrière son petit écran... Ce que je retiens, ce sont les gens qui viennent au bord de la route, ce sont eux, les "vrais". On ne me dit jamais sur le bord de la route : "Arnaud, t’es nul !".

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Gagner de cette façon prouve que vous terminez la saison en forme.
A. D. : Je n’avais aucun doute sur ma forme. Je n’arrivais seulement pas à la montrer. Je n’en avais pas non plus souvent l’occasion. Mon rôle c’est d’attendre et de jouer le sprint. Quand un sprint se goupille mal, on ne peut pas toujours s’exprimer. Là, j’ai pu m’exprimer comme je le voulais. Je savais qu’il fallait être offensif.
Même pendant ce Tour d’Espagne frustrant, achevé sans succès, vous vous sentiez en jambes ?
A.D. : Oui, j’avais de bonnes jambes, je passais bien les cols sur la Vuelta, J’ai fait des efforts durant la dernière semaine pour ne pas être dans le dernier gruppetto, plutôt dans un gruppetto un peu devant. Lors du Tour de France, on peut être sur la réserve en pensant au sprint des Champs-Elysées. On cherche à garder de l’énergie. Mais là, ce n’était pas le cas. On est quand même mieux devant, alors je n’ai pas calculé. Cela m’a boosté. Il y a plein de trucs qui ont fait que j’étais fort dimanche.
Le problème, c’est que lorsque je voyais qu’on allait faire une erreur, ou que l’on n’allait pas assez vite… je restais là
Fort dans des proportions similaires à la saison dernière ?
A.D. : Je bats mon record sur une heure, une heure et demie, lors de la Vuelta. Sur les données de puissance explosive, j’étais déjà bien. Mais bon, sur un sprint… tu as beau être le plus rapide, il faut aussi avoir le bon timing, le bon jugement, le bon instinct. C’est ça que je n’avais pas. Je n’ai pas réussi à m’adapter quand mon train n’était peut-être pas assez fort…
Est-ce que cela vous pousse à vous remettre en question ? Sans devenir Robbie McEwen, vous pourriez chercher à devenir un sprinteur plus à même de se débrouiller seul dans un final que vous ne l’êtes ?
A.D. : Il faut que j’arrive à utiliser mon train quand il faut et que je sois capable de switcher rapidement, dans ma tête, quand je vois que cela déraille. Le problème, c’est que lorsque je voyais qu’on allait faire une erreur, ou que l’on n’allait pas assez vite… je restais là. Je restais dans mon train. Au lieu d’en sortir, et de me dire : "Il y a quelque chose qui ne va pas, je sors, j’essaie." Il aurait fallu que je m’adapte. Je l’ai compris trop tard. Surtout que ce n’est pas facile, il faut le comprendre puis le retranscrire en course.

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A-t-on peur de briser la relation de confiance, en quittant la roue d'un équipier, en faisant son sprint de son côté ?
A.D. : Exactement. Cela a toujours été comme ça. Même très tôt, avec Mickaël Delage, quand j’étais néo-pro : "Bah, pourquoi tu n’as pas pris ma roue ? Aux 200 mètres j’étais premier, toi tu ne m’as pas suivi et tu étais coincé dans le bordel...". Il y a cette confiance qui est créée, qui doit être préservée. Mais là, ça m’a enfermé dans ma prise de décision. J’avais perdu mon instinct. Le fait d’être tellement formaté, avec mon train tout le temps... Cela fonctionnait bien, on gagnait… Et quand ça a été un peu plus dur, je ne savais plus faire seul. Je dois pouvoir m’adapter : quand mes coéquipiers sont là, très forts, les suivre. Mais quand je sens que ça déraille, suivre mon instinct et aller là où il faut.
Le rôle d’équipier, vous l’avez endossé lors des Championnats du monde cette année, auprès d’un Julian Alaphilippe victorieux. Comment l’avez-vous vécu ?
A.D. : C’était une approche différente. Je voulais vraiment faire ces Championnats du monde. C’était un très beau parcours, il fallait être placé. Je sentais que j’avais quelque chose à apporter à l’équipe de France. Je savais que si j’allais aux Mondiaux, c’était en tant qu’équipier. Mais j’aimais bien cette idée…

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Avez-vous pris votre pied, à vous sacrifier ainsi, alors que vous êtes d'habitude dans le rôle du leader ?
A.D. : Oui, surtout qu’en général, j’attends le sprint en essayant de garder le maximum de fraîcheur pour m’exprimer au mieux dans les 200 derniers mètres. Mais le nombre de fois où je suis frustré parce que je passe la ligne… et je ne suis pas fatigué ! Il y en a beaucoup. C’est dur. Je sais pourtant que je peux faire autre chose que sprinter. Je peux tirer des bouts droits. Là, aux Mondiaux, ma place était légitime pour faire ce boulot, plutôt qu’en tant que leader. J’ai pris mon pied. J’ai mis tout ce que j’avais, c’était chouette. C’est pour ça que j’aime les classiques, d’ailleurs.
Avez-vous justement envie de devenir encore plus polyvalent, de tendre vers un profil "classicman-sprinteur", plutôt que "sprinteur-classicman" ?
A.D. : Non. Ce que j’ai fait dimanche, en grande forme, c’est le sprinteur que je suis qui arrive à se dépasser, à sortir en puncheur, comme j’ai pu le faire quelques fois… Mais ma capacité première reste le sprint. C’est là où j’ai le plus grand nombre de victoires. J’ai essayé de me diversifier, il y a deux-trois ans, et finalement j’étais un peu moyen sur les deux tableaux.

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