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Pidcock enferré, budget grevé : les Grenadiers embourbés
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Mis à jour 08/11/2024 à 08:13 GMT+1
Alors que la rupture semblait consommée entre Tom Pidcock et l'équipe Ineos Grenadiers, le contrat massif du champion olympique de VTT a empêché un départ de la structure britannique, qui rêvait de Remco Evenepoel pour repartir à la conquête des grands Tours.
Incroyable finish : Pidcock coupe la route de Koretzky et lui souffle l'or sur la ligne
Video credit: Eurosport
Par Benoît Vittek
Tom Pidcock a retrouvé ses coéquipiers. Mis à l'écart par la direction d'Ineos au moment de se présenter au départ d'Il Lombardia, mi-octobre, l'insaisissable Britannique était à Manchester, ce week-end, alors que les Grenadiers tentent de poser les fondations de leur renouveau, après un exercice 2024 turbulent, à l'image de leur jeune star multidisciplinaire.
Les coureurs se sont rendu à Old Trafford, pour le match nul de Manchester United (dont le capital appartient à 25% à Ineos) contre Chelsea (1-1), et ont pu se familiariser avec le nouvel encadrement qui doit leur permettre de repartir de l'avant. Dans le cadre d'un large remaniement, la valse des directeurs se poursuit, avec le départ de Steven Cummings confirmé par le principal intéressé ce mercredi sur LinkedIn après des mois d'incertitudes. En rupture avec Pidcock, l'ex-coureur, passé par la Sky, était une figure centrale du projet britannique ces dernières saisons.
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Tom Pidcock champion olympique de VTT aux Jeux de Paris 2024
Crédit: Getty Images
Le récent champion olympique de VTT, lui, reste, malgré les désaccords profonds avec sa direction cette saison, qui ont abouti à sa dé-sélection en dernière minute en Lombardie, malgré son excellente forme du moment. La rupture semblait actée, après des mois de tractations avec des acteurs aux intérêts variés (Red Bull, Visma, Q36.5), tous attirés par l'aura de Pidcock, quand Ineos se cherche des marges de manœuvre financières.
Mais à l'heure où les contrats cyclistes se font plus longs, plus onéreux, pour mieux verrouiller les talents les plus spéciaux, les comptes n'étaient pas bons - les trois années qui restent au contrat de Pidcock représentant quelque 12 millions d'euros. Retour à la case départ pour résoudre une situation qui, au fil de l'année 2024, est apparue de plus en plus inextricable.
Bernal, première bascule
Au moment où Pogacar entérine sa relation idyllique avec Abou Dabi en signant un contrat XXL, le marasme Ineos Grenadiers rappelle les risques inhérents à ces engagements à long terme, apparus récemment dans l'univers cycliste. Historiquement, les dirigeants avaient la main, à la faveur de contrats courts, qui favorisaient la docilité et le renouvellement des effectifs dans une discipline volatile, encore marquée récemment par des ruptures de performances difficilement prévisibles. La course aux super talents, identifiés très tôt, a tout changé.
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Tom Pidcock (Team INEOS Grenadiers) avant le départ de la 13e étape du Tour de France 2024, à Agen
Crédit: Getty Images
Il y a moins de trois ans, en janvier 2022, Ineos Grenadiers annonçait la prolongation d'Egan Bernal pour cinq saisons, jusqu'à fin 2026. "Ce seront mes meilleures années", rêvait le Colombien. Vainqueur prodigieux du Tour de France 2019, il avait déjà connu une trajectoire heurtée, mais il avait surmonté ses problèmes au dos pour remporter le Giro 2021, qui reste la dernière victoire de l'équipe britannique sur un Grand Tour, après une décennie 2010 marquée par dix victoires sur les épreuves de trois semaines (7 Tours, 2 Vuelta, 1 Giro).
Deux semaines plus tard, Bernal manquait de perdre la vie dans un grave accident de circulation à l'entraînement. Sa reconstruction et son discours en tant qu'homme et athlète sont admirables. La structure Ineos Grenadiers s'est montrée infaillible dans son soutien au champion fracassé. Mais cela n'offre pas les performances attendues pour un salaire autour de 3 millions d'euros par an.
Deux semaines plus tard, Bernal manquait de perdre la vie dans un grave accident de circulation à l'entraînement. Sa reconstruction et son discours en tant qu'homme et athlète sont admirables. La structure Ineos Grenadiers s'est montrée infaillible dans son soutien au champion fracassé. Mais cela n'offre pas les performances attendues pour un salaire autour de 3 millions d'euros par an.
"Tu supportes un poulain"
"Nous n'avons absolument pas le plus gros budget dans le peloton", appuyait récemment Geraint Thomas (dont le salaire représente plus de 3 millions d'euros dans le budget annuel de l'équipe britannique) dans son podcast Watts Occuring, avant d'assurer que la masse salariale d'UAE Team Emirates pour les huit coureurs présents sur le dernier Tour de France (Pogacar, Almeida, Ayuso, Politt, Sivakov, Soler, Wellens et Yates) était plus ou moins équivalente à celle des Grenadiers pour l'ensemble de leur effectif (30 coureurs en 2024, autant en 2025).
"Tu supportes un poulain", résume Luke Rowe, compagnon de route et de podcast de Thomas, avant de rejoindre la direction sportive de Decathlon - AG2R La Mondiale l'an prochain. "Tu choisis un coureur, tu le paies bien et tu dis que c'est lui qui va avoir du succès et tu construis l'équipe autour de lui. Au mois de janvier de sa première année de contrat, il [Bernal] se blesse terriblement."
Ajoutez autour de 2 millions pour Carlos Rodriguez et Michal Kwiatkowski et vous approchez déjà la masse salariale d'un certain nombre d'équipes World Tour. Pas celles qui jouent la gagne sur les grands Tours, à commencer par UAE Emirates et ses fonds réputés "illimités". Mais les Grenadiers se retrouvent aujourd'hui dans un entre-deux peu agréable : trop puissants pour se contenter des seconds rôles, impuissants à bousculer les nouveaux cadors que sont la bande à Pogi, le nid de frelons Visma | Lease a Bike et la Bora-Hansgrohe survitaminée par Red Bull.
Pidcock, c'est bien ; Remco, c'est mieux
L'entreprise autrichienne accompagne déjà à titre personnel Pidcock, individualiste à part, de par son caractère et ses ambitions versatiles, des bois de Fayetteville (champion du monde de cyclo-cross en 2022) à la colline d'Élancourt (2e titre de champion olympique de VTT, cet été), en passant par l'Alpe d'Huez (12e étape du Tour de France 2022), Sienne (Strade Bianche 2023) ou le Cauberg (Amstel Gold Race 2024).
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Thomas Pidcock (Team INEOS Grenadiers) et Tadej Pogacar (Team UAE Team Emirates) avant le Tour d'Emilie 2024
Crédit: Getty Images
En dépit de ses immenses ambitions, qu'il se targue de définir lui-même en faisant fi du cadre collectif, le Britannique est un surdoué mais pas un vainqueur de grand Tour en puissance, au moins aux yeux de ses financiers actuels. Ineos Grenadiers a fait des pieds et des mains en 2023 pour recruter Remco Evenepoel, sans parvenir à mettre en place le puzzle adéquat, notamment avec ses partenaires (l'équipe britannique travaille depuis toujours avec Pinarello, alors qu'Evenepoel est associé à Specialized). Cette année, le Belge (qui a un temps manoeuvré pour rejoindre la Visma) a été particulièrement courtisé par Red Bull-Bora-Hansgrohe, mais aussi UAE Emirates.
Jusqu'à présent, Soudal Quick-Step parvient à retenir Evenepoel, à la faveur du contrat de cinq ans signé en 2021… et qui expire donc dans deux ans, un an avant celui de Pidcock. Pour l'instant, les deux hommes sont restés dans leurs structures de toujours, bon gré mal gré. Pour l'instant.
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