Thibaut Pinot à Eurosport : "Ma popularité, c'est une de mes plus belles victoires"
Publié 18/09/2023 à 20:41 GMT+2
Invité de Bistrot Vélo lundi sur Eurosport, Thibaut Pinot s'est longuement livré sur sa carrière. Notamment sur le Tour de France, avec lequel il a toujours entretenu un rapport aussi conflictuel que paradoxal. Mais en dépit des désillusions qui ont toujours suivi ses grandes victoires, c'est bien là qu'il a forgé sa popularité unique, jusqu'à ce jour de juillet 2023, chez lui, dans les Vosges.
Pinot et la folie du "virage Pinot" : "Quand j'arrive, personne ne sait que je suis seul en tête"
Video credit: Eurosport
Thibaut Pinot aura été le champion de tous les paradoxes. Au cours des 14 années qui séparent son arrivée comme stagiaire à la FDJ et son départ vers une nouvelle vie dans quelques semaines, c'est sans doute le Tour de France qui aura, pour le meilleur et pour le pire, concentré toutes ses contradictions. Des victoires inoubliables, des effondrements spectaculaires, des parts de rêves, pour lui et les autres, le plus souvent brisées. Jusqu'à ce dénouement qui, finalement, lui ressemble tant : l'étape du Markstein, cette année, celle du "virage Pinot", une communion dont peu de coureurs jouissent dans une vie. La victoire n'était pas au bout, mais était-ce l'essentiel ?
"Celui qui n'a pas de frissons et d'émotions dans ces moments-là, il n'est pas fait pour le sport", a confié le Franc-Comtois lundi soir dans un long entretien avec Guillaume di Grazia lors d'un Bistrot Vélo dont il était l'invité exceptionnel. Ce samedi 22 juillet 2023, Pinot a vécu "une émotion particulière" dans ce virage à sa gloire sur les pentes du Petit Ballon. Il veut croire que, même pour le peloton qui a suivi derrière lui, ce ne fut pas tout à fait un virage comme les autres, parce que "c’était beau à voir."
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Thibaut Pinot
Crédit: Getty Images
Cette séquence restera probablement comme le point culminant de son rapport très spécial avec le public français, avec lequel il a tissé un lien assez unique. L'ascension du Markstein, derrière, aura été de trop mais à défaut de victoire ce jour-là, il a vécu un moment unique et laissé des images fortes. "C'est une émotion différente, dit le grimpeur de la FDJ, en la comparant à ses plus belles victoires. C'est une victoire sur le long terme. La popularité, ça se construit au fil des années. Ça ne se construit pas sur un one shot, sur une étape. Ma popularité, c'est une de mes plus belles victoires."
Ne pas être au rendez-vous ce jour-là lui aurait laissé un regret. Et être au rendez-vous, ce n'était pas tant lever les bras à l'arrivée que de débouler dans ce virage de feu et de passion en leader de la course. "Le plus beau cadeau que je pouvais faire pour les remercier, c'était de passer en tête, reprend Thibaut Pinot. Mais c'est le Tour de France, ce n'est pas gagné. Il faut avoir des bonnes jambes, réussir à prendre l'échappée, il y avait beaucoup de circonstances à avoir. Le fait de l'avoir réalisé, je me rends compte aujourd'hui que c'était un truc de ouf."
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De la folie pure : Pinot encouragé comme jamais dans le Petit Ballon
Video credit: Eurosport
Si cette étape restera comme une des images de sa carrière, presque en forme de résumé, c'est aussi parce qu'il s'agit d'un moment de partage. Un autre paradoxe pour ce grand solitaire, qui aurait peut-être aimé le vélo plus encore s'il s'était dispensé de l'existence du public et des médias. Mais il est heureux de l'avoir vécu. "Ce moment est particulier parce qu'on était à la maison, tout le monde était là, c'est la dernière fois sur le Tour, etc.", admet-il.
Après, c'est lui qui a permis de transcender l'instant : "Dans le virage, personne ne savait que j'étais seul en tête. Mon frère, ma famille, tout le monde. Donc ça a été une sacrée dose d'adrénaline et une sacrée surprise quand ils m'ont vu débarquer tout seul, surtout avec 30 secondes d'avance. Si j'avais pu écrire un scénario, c'est celui-là que j'aurais écrit."
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Pinot : "La plus belle étape de ma carrière avec les meilleurs supporters du monde"
Video credit: Eurosport
Il ne pourrait pas en dire autant de tous les épisodes de sa carrière sur le Tour de France. Cette fin-là, c'était peut-être aussi une façon de se réconcilier avec cette course qui a marqué sa carrière comme aucune autre, mais qu'il n'a au fond jamais vraiment aimée. "Ce que je n'ai pas aimé, c'est l'attente qu'il y avait, la pression que je me mettais, qui était trop haute pour moi", résume-t-il aujourd'hui. Pour être clair, il n'en veut à personne, sinon à lui-même : "Ce n'est pas spécialement la pression des journalistes où du public. Non, c'est celle que je me mettais. J'avais peur de me rater, d'échouer, de décevoir mon équipe. J'ai fait beaucoup de vélo pour les autres et ça m'a souvent desservi."
Si Pinot a un regret à l'heure de raccrocher, ce n'est pas de ne pas avoir gagné le Tour de France. S'il a une rancune envers le Tour, ce n'est pas parce qu'il s'est refusé à lui, mais parce qu'il l'a privé de tant d'autres choses. "Je me rends compte que je ne suis allé que trois fois sur le Giro, déplore-t-il. Il y a beaucoup de courses que je n'ai pas faites. Mais tu es leader français dans une équipe française donc forcément ça passait par le Tour mais oui, j'aurais aimé découvrir le Giro avant 2017."
Évidemment, il a conscience du poids particulier que tient la Grande Boucle dans sa trajectoire. Parce que le Tour est le Tour, et parce qu'il est un coureur français. Mine de rien, il y a conquis des victoires d'exceptions, à Porrentruy, tout jeune, à l'Alpe d'Huez, et bien sûr au Tourmalet, en 2019. "Chaque victoire sur le Tour est différente, Porrentruy c'était incroyable", évoque-t-il. Il a alors 22 ans et paradoxalement (encore), ce succès va contribuer à rendre ambigu son rapport avec le mois de juillet. "A 22 ans, au bout de 8 jours de courses, j'ai gagné une étape, et là, je me rends compte de la grosseur du Tour. Le Tour, il m'a fait découvrir le métier tout de suite." Trop tôt, peut-être.
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Pinot et son rapport contrasté avec le Tour : "Je n'aimais pas l'attente qu'il y avait sur moi"
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Suivront donc deux monuments, l'un dans les Alpes ("L'Alpe d'Huez, c'est… l'Alpe d'Huez", sourit-il), l'autre dans les Pyrénées. "Le Tourmalet, en 2019, c'est le sommet de ma carrière, affirme le grimpeur. Ça concluait deux grosses saisons, c'est le sommet de ma Pyramide." Alors, s'est-il vu en vainqueur du Tour de France au cours de ces quelques jours où, dès que la pente s'élevait, il était le plus fort de tous ?
Le lendemain, au Prat d'Albis, son nouveau tour de force avait renforcé sa conviction. "Le soir du Prat d'Albis je me sentais fort, je sentais que tout allait bien, décrit-il. Je n'avais pas de problème pour une fois, je n'étais pas malade sur un Grand Tour. J'avais fait un beau chrono, j'avais pris une bordure qui m'avait mis la rage, elle m'a fait du bien, elle m'a permis d'être revanchard et de gagner au Tourmalet. Mais mon rêve s'est vite écroulé. Souvent, quand j'étais trop bien, j'avais l'impression que quelque chose allait me tomber dessus, que j'allais tomber malade. C'est un peu mental, aussi. Je sais que je suis fragile physiquement, mon seul ennemi c'est moi, c'est ma fragilité. Là, 48 heures après, j'ai chopé ma blessure."
Du presque-héros de 2019, que l'on a envisagé en triomphateur (alors qu'il n'a jamais figuré plus haut que la 5e place, encore un de ces paradoxes dont il a le secret), à l'incroyable séquence du "virage Pinot", il aura sans doute été plus avare de victoires que d'émotions. Finalement, le simple fait d'être venu sur ce Tour 2023 suffit à résumer sa relation à la "je t'aime moi non plus" avec le Tour.
"Faire le Tour 2023, ce n'était pas prévu spécialement pour l'équipe mais dans ma tête, c'était prévu depuis longtemps, explique Pinot. Tout dépendait de moi en fait. Si je faisais un gros Giro, j'étais presque sûr d'aller sur le Tour. C'était à moi d'être bon sur le Giro." Vous voulez un dernier paradoxe pour la route ? Il vous le livre en cadeau d'adieu : "Il y a plusieurs Tours de France où je n'avais pas spécialement envie d'y aller. Mais pour ma dernière saison, je ne pouvais pas louper le Tour. Et avec les émotions que j'ai vécues, ça aurait été un sacré gâchis."
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Pinot sur la ferveur qu'il suscite : "Je suis un peu gêné, parfois"
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