Vuelta 2024 | David Gaudu : "Mes équipiers se sont demandés si j'allais revenir à mon niveau"

Eurosport sur Google

Trois jours après une Vuelta achevée à la 6e place, David Gaudu (Groupama-FDJ) a pris la parole avec un grand sourire. Dans une interview accordée à deux médias, dont Eurosport, le Breton a raconté comment il s'était retrouvé sur les routes espagnoles et comme le plaisir était revenu. Il n'a pas éludé à l'inverse les moments de doute et rêve de nouveau en grand avec le Giro dans le viseur.

Gaudu, un vainqueur de grand tour potentiel ? "Si on enlève les meilleurs..."

Video credit: Eurosport

Est-ce qu'il n'y aurait pas un peu de soulagement chez vous après ce Tour d'Espagne ?  
David Gaudu : Un petit peu, oui. J'avais beaucoup d'envie au départ, mais après, on va dire que c'est plus un soulagement d'avoir pu faire une course à 100 % et de ne pas avoir eu d'ennuis. Je n'appréhendais pas spécialement que les choses se passent mal parce que, même après toutes les galères, je pars toujours conquérant. Donc, j'y suis allé dans le même état d'esprit que sur toutes les autres courses, même s'il y a eu des soucis avant. 
À quel moment avez-vous compris que vous étiez sur le bon chemin, que le meilleur niveau revenait ?
D.G. : Un petit peu avant de partir à la Vuelta. J'ai réussi de bonnes séances à la maison. Il y avait des indicateurs qui ne trompaient pas. La première semaine en Espagne a été assez dure avec la chaleur mais le premier gros moment pour moi, c'est le lendemain de la première journée de repos. J'ai pris mon vélo, je suis allé rouler et j'ai senti que j'avais vraiment des bonnes sensations, que j'avais déjà récupéré de la veille alors qu'on avait fait le transfert en avion et tout ça. Là, j'ai senti que c'était parti. 
Est-ce qu'en sortant d'un Tour de France gâché par le Covid, vous avez douté ? 
D.G. : Oui, je ne savais pas trop sur quel pied danser. Je suis sorti très fatigué du Tour. Je me demandais si j'en faisais assez. On a beaucoup discuté de ça, de l'entraînement avec mon coach (David Han, NDLR). Il me montrait mes valeurs, les données. Il me disait que ça ne servait à rien d'aller chercher le maximum sur ces séances-là. J'ai pu compter sur lui parce que j'étais chiant, j'avoue que j'étais chiant (il rigole). On faisait la même chose qu'en début de saison et ça n'avait pas très bien marché donc je me posais des questions. La relation entraîneur-entraîné, c'est aussi ça. Quand le coureur est dans le doute, l'entraîneur est là pour le balayer. 
J'ai beaucoup appris de Thibaut Pinot
Pouvez-vous comparer votre forme sur cette Vuelta à celle du Tour de France 2022 que vous terminez 4e ? 
D.G. : C'est difficile de comparer. Ce ne sont pas les mêmes coureurs qu'au départ. Il n'y avait pas (Tadej) Pogacar, pas (Jonas) Vingegaard, pas (Remco) Evenepoel aussi. Sur ma forme, on progresse tous les ans. J'ai progressé depuis le Tour de France où j'ai fait 4e mais les autres aussi. Donc dire que je suis plus fort que 2022, oui, c'est sûr. Mais il ne faut pas non plus en faire des caisses. Ce que j'ai beaucoup apprécié sur cette Vuelta, c'est de pouvoir être à l'attaque, jouer de temps en temps les premiers rôles et juste prendre du plaisir dans ces moments-là parce que c'est pour ça que je fais du vélo. 
Depuis quand n'aviez-vous pas pris autant de plaisir ? 
D.G. : Au Tour du Jura (qu'il a remporté, NDLR), j'ai pris du plaisir. Mais sur une course par étapes, du plaisir pur et dur… Je pense que c'était Paris-Nice 2023. 
Et ça fait quoi de retrouver ce plaisir ? 
D.G. : Ça libère, ça fait juste du bien à la tête. Le soir, on est contents, on est heureux dans sa chambre, on se pose beaucoup moins de questions et tout va mieux. 
Vous êtes plutôt optimiste de nature mais avez-vous pensé à un moment que vous n'arriveriez pas à retrouver ce niveau de performance ? 
D.G. : Non, j'ai toujours cru en moi. Il y a toujours un moment dans une carrière, je pense, où les coureurs ont du mal. Prenons l'exemple de Thibaut Pinot avec ses problèmes de dos. Il a mis un an et demi à revenir et quand il est revenu, il termine 5e d'un Giro et fait un super Tour de France. J'ai beaucoup appris avec Thibaut, sur ce qu'il a pu vivre. Je pense que ça m'a servi. 
picture

David Gaudu (Groupama-FDJ) et son coéquipier Thibaut Pinot. / Tour de France 2023

Crédit: Getty Images

Comment avez-vous réussi à ne jamais lâcher ? 
D.G. : Parce que le vélo, c'est avant tout ma passion. Quand on a une passion comme ça, quand on a la chance de pouvoir en vivre, on n'a pas le droit de lâcher. J'ai eu la chance d'avoir l'équipe qui était derrière moi. Elle a su me soutenir, continuer à m'aider. On a mis plein de choses en place. Mes équipiers ne m'ont jamais court-circuité alors que je ne faisais pas le "taff". A la Vuelta, j'étais super content. Au-delà de l'équipe, il y a énormément de coureurs qui m'ont dit : "je suis trop content que tu retrouves ton niveau". Quand les coureurs des autres équipes viennent te voir, ça fait du bien. 
Quel était l'objectif sur ce Tour d'Espagne ? 
D.G. : Entrer dans le Top 10 du classement général. On a vu au fur et à mesure que ça allait le faire. Je pensais que ça allait peut-être être 8, 9 ou 10, que ça allait passer tout juste, parce qu'il y avait quand même une grosse concurrence. Finalement, je me retrouve à gratter des places. Je pense que là, je ne suis pas loin d'être à la mienne. Et ça reste un très bon résultat. Et de toute façon, si les autres coureurs sont devant, c'est parce qu'ils ont été plus forts à un moment ou à un autre. 
picture

Roglic a assuré, Gaudu a tout tenté : le résumé de la 20e étape

Video credit: Eurosport

On peut se dire que l'objectif podium sur un grand tour est envisageable après ces trois semaines… 
D.G. :  Oui, c'est sûr que c'est un petit rêve. Mon rêve ultime, forcément, et ça reste un rêve ultime, c'est de remporter le Tour de France. Mais derrière, c'est sûr que, oui, je rêve de monter sur un podium d'un grand tour. 
Je n'ai pas envie de passer pour le vilain petit canard
Elle va changer quoi, selon vous, cette Vuelta ? 
D.G. : Elle va me remettre dans une spirale positive, une très bonne dynamique. Là, je vais faire le Tour du Luxembourg la semaine prochaine et après je finirai la saison en Italie. Pour les Championnats du monde, je ne sais pas encore ce que (Thomas) Voeckler a décidé, s'il m'emmène, s'il ne m'emmène pas. Et dans tous les cas, le Tour de Lombardie sera un objectif. Beaucoup de personnes disent qu'il est moins dur avec le nouveau parcours, mais il y aura sûrement (Tadej) Pogacar au départ et avec lui… 
Si on revient un peu en arrière, vous avez évoqué la spirale positive mais elle fait suite à beaucoup de mois très, très compliqués… 
D.G. : Je n'ai pas envie de passer pour le vilain petit canard qui cherche des excuses. Je sais très bien que quand je ne suis pas en forme, je n'ai pas peur de le dire, de dire que je suis à fond et que je ne peux pas faire plus. C'est sûr qu'il y a eu des galères, mais à chaque fois, je me suis dit que j'allais me relever. Même après le Pays Basque (où il a chuté et abandonné, NDLR), j'ai réussi à lever les bras au Tour du Jura, ça m'a fait énormément de bien. Je me prends le Covid avant le Tour, pas de chance mais on va quand même au Tour, on le finit et on se prépare comme il faut pour la Vuelta. On fait une belle course. Il ne faut juste rien lâcher et ne pas penser aux autres. 
La sinistrose est-elle définitivement partie ? 
D.G. : Je pense à beaucoup moins de choses, je ne pense pas à la maladie, à la chute. Je pense que le moral n'a pas été aussi bon depuis Paris-Nice 2023. J'espère mais on ne va pas crier victoire trop vite parce que dans tous les cas, même quand on repart dans le bon sens, il y aura toujours une anicroche, à un moment ou à un autre, mais il faudra faire avec, et avec ce que j'ai pu vivre depuis un an et demi, je pense que ce sera plus facile de passer outre. 

Le Giro dans un coin de la tête

Avez-vous senti des doutes autour de vous ? 
D.G. : Oui je sais que mes équipiers, à un moment, se sont forcément demandés : "est-ce qu'il va revenir à son niveau, est-ce que ça vaut la peine qu'on donne encore tout pour, je ne sais pas, qu'il tombe malade, qu'il ait une crevaison ?" J'ai vraiment senti sur la Vuelta que les gars étaient à fond derrière moi, qu'ils avaient vraiment envie de bosser. Les doutes qu'ils ont pu avoir, je pense qu'ils se sont gommés et ils ont vu qu'on était repartis dans une spirale positive. 
picture

Absurde : David Gaudu chute... en enlevant sa veste

Video credit: Eurosport

Il n'y a aucun regret sur ce Tour d'Espagne ? 
D.G. : Non, comme je l'ai dit, 5e ou 6e… Ça change un petit peu pour Marc Madiot parce que je mets un petit peu moins de points UCI (il sourit). Skjelmose est plus fort que moi en chrono, j'aurais peut-être pu chercher à creuser sur certaines étapes mais j'ai préféré tenter de gagner l'étape à Picon Blanco plutôt que de reprendre 20 ou 30 secondes sur lui. Dire que j'ai des regrets sur la Vuelta, ce serait triste parce que je n'ai tellement pas été à ce niveau-là depuis un moment… 
Si on se projette un peu pour l'année prochaine, est-ce que vous pensez au Giro par exemple ?  
D.G. : Oui, j'ai envie d'aller au Giro, il faudra en parler avec Marc et la direction sportive de l'équipe sur comment on peut m'y emmener, et qu'est-ce qu'on fait après parce que ça me fait envie.  
Pour un leader français, le Tour de France est souvent un passage obligatoire mais Guillaume Martin arrive chez Groupama-FDJ en 2025. Il peut être un argument dans la balance… 
D.G. : (il sourit) Oui, ça serait pas mal que ça aide pour les négociations, pour aller jouer le classement général sur le Giro. Le Tour, ça reste le Tour, il peut apporter tellement de choses, il n'y a rien qui est comparable dans une saison. J'ai envie d'y retourner parce que je n'ai pas envie de rester sur l'échec de cette année. Mais si on peut mettre un petit Giro avant, pourquoi pas.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité