Tour d'Espagne 2025 - Giro-Vuelta, deux leaders mais une stratégie toujours défaillante pour la formation UAE-Emirates-XRG

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À force de tout rafler - ou presque - grâce à la puissance individuelle, dans le sillage de l’ogre Pogacar, l’équipe UAE Emirates-XRG en est presque venue à négliger un principe fondamental du cyclisme : la stratégie. Et cette saison, cela lui a coûté cher sur les Grands Tours. Sa vision à long terme, fondée sur l’accumulation de leaders, lui joue aujourd'hui des tours.

Juan Ayuso, Marc Soler, Joao Almeida y Jay Vine durante la 20ª etapa de la Vuelta a España 2025

Crédit: Getty Images

Il y a dans les défaites un parfum que la victoire ne connaît pas : celui des illusions qui se dissipent et des certitudes qui vacillent. Chez UAE Emirates-XRG, l’armure rutilante s’est fendue non pas sous le poids des jambes, mais sous celui des choix. Quand l’orgueil prend le pas sur la science de la course, même les plus grandes machines finissent par se gripper. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un péché d’orgueil.
Depuis son entrée dans le peloton en 2017, dans la continuité de la structure Lampre, UAE Emirates n’a cessé de gravir les échelons du World Tour — passant de l’ombre de la 12e place à une domination presque insolente, avec près du double de points de son dauphin au classement UCI en 2024. Une ascension fulgurante, portée par la puissance brute plus que par la finesse tactique. Car qu’elle soit en position de force ou en situation de poursuite, la formation émiratie s’est rarement distinguée par la justesse de sa stratégie. Ses victoires, elle les a presque toujours arrachées à la jambe, bien plus qu’à l’oreillette. Et, en 2025, cette philosophie a fini par lui coûter cher.

Presque de l’amateurisme…

Que ce soit sur le Tour d’Italie ou sur le Tour d’Espagne, UAE Emirates-XRG avait les armes pour l’emporter. Mais elle a perdu. À deux reprises, dans des contextes certes différents, mais révélateurs d’un même mal : ses failles collectives et tactiques. Sur les deux Grands Tours, l’équipe est arrivée avec deux leaders désignés (Yates-Ayuso sur le Giro, Ayuso-Almeida sur la Vuelta). Sur les deux Grands Tours, la course a tranché en faveur d’un leader unique et légitime. Et sur les deux Grands Tours, UAE Emirates-XRG a échoué à le porter jusqu’au sommet. Pire encore : elle a parfois montré une désorganisation proche de l’amateurisme.
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Almeida sans regrets : "Ce n'est pas trop mal de terminer derrière Jonas"

Video credit: Eurosport

Certes, Joao Almeida n’était sans doute pas, intrinsèquement, supérieur à Jonas Vingegaard sur la Vuelta. Les regrets du Portugais sont d’ailleurs mesurés. Mais croire qu’il n’y avait aucune ouverture sur cette 80e édition serait une erreur. Une erreur lourde. Que se serait-il passé si, sur les rampes de Valdezcaray, Almeida avait pu compter sur un peu plus d’aide ? Si Juan Ayuso n’avait pas coupé son effort avant même les sprinteurs ? Si Jay Vine, Marc Soler ou Ayuso avaient roulé pour lui, comme ils l’ont fait lors de la dernière étape, plutôt que de s’offrir chacun une victoire d’étape (deux pour Ayuso et Vine, une pour Soler) en solitaire ? Le doute persiste pour le Portugais. Il ne persiste pas pour Isaac Del Toro.

UAE-Visma : une opposition flagrante

La surprise n’était pas totale, Del Toro ayant couru presque seul toute l’épreuve, devant même se retenir en 2e semaine pour ne pas distancer un Ayuso pourtant blessé et dont les rêves de victoire s’étaient déjà envolées… Mais sur les pentes du Finestre, alors que le jeune Mexicain était un leader inattendu mais légitime du Giro, maillot rose à l’aube de cette 20e étape, sa formation l’a tout simplement abandonné. Lorsque Carapaz a lancé son offensive au pied de la mythique ascension, Del Toro s’est retrouvé seul. Ayuso et Vine avaient disparu. Adam Yates, fantomatique tout au long du Giro, n’aura pas donné un seul coup de pédale pour un autre que lui-même (12e). Même chose pour Brandon McNulty (9e). Rafal Majka, valeureux grognard, a bien tenté d’aider, mais il n’avait pas les jambes. Et ce n’était pas son rôle.
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Où, quand et comment UAE et Del Toro ont perdu ce Giro

Video credit: Eurosport

Pourquoi, alors, ne pas avoir demandé à Del Toro de temporiser, de rester avec ses coéquipiers plutôt que de s’isoler, l’unique véritable danger ? Pourquoi lui avoir laissé toute la pression ? UAE Emirates-XRG est tombée dans le piège, en toute lucidité. Le piège d’un collectif inexistant, face à l’organisation millimétrée de Visma | Lease a Bike. Là où les Émiratis empilent les ambitions individuelles, l’équipe néerlandaise construit autour d’un leader unique : Wout van Aert pour Simon Yates sur le Giro, Matteo Jorgenson, Sepp Kuss ou Ben Tulett au service de Vingegaard sur la Vuelta. L’opposition est flagrante. Chez UAE, le souci est même identitaire.

Apprendre à penser

Car depuis 2019, UAE Emirates a fait de la collecte de talents son credo : Pogacar en 2019, McNulty en 2020, Ayuso en 2021, Del Toro en 2024, Pablo Torres en 2025… À cela s’ajoutent les recrutements de Vine, Almeida, Yates, Sivakov. Tous — ou presque — ont le niveau pour jouer le top 10 d’un Grand Tour. Une richesse, certes. Mais une richesse qui ne vaut rien sans un vrai sens du collectif. Et chez UAE Emirates-XRG, il reste une chimère.
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"Vingegaard sentait que tout le monde était à la rupture, sauf lui"

Video credit: Eurosport

Hors Pogacar, aucun leader n’a pu compter sur un groupe uni. L'empilement d’individualités n’a accouché d’aucune dynamique d’équipe. La faute au staff autant qu’aux coureurs. Le naufrage sur le Giro est total ; celui de la Vuelta, seulement partiel. Mais une chose est sûre : si UAE Emirates-XRG veut étendre sa domination aux Grands Tours sans Pogacar, il va falloir apprendre à penser autrement. À penser, tout court.
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