Nul doute qu'au moment de tracer leur édition 2008, les organisateurs du Giro n'imaginaient pas pareil scénario avant les deux dernières étapes. 21 secondes, c'est tout ce qui sépare les trois hommes sur le podium. Le maillot rose reste même sur les épaules d'Alberto Contador pour quatre secondes. Riccardo Ricco a pourtant tout tenté dans les derniers kilomètres de la 19e étape, mais à l'arrivée, il échoue d'un cheveu dans sa quête de la précieuse tunique. Une marge aussi faible que sa colère était grande à l'arrivée. La colère d'avoir raté de peu la place de leader, mais aussi celle après ses compatriotes italiens: "Je ne comprends pas le comportement de Sella et Pozzovivo: ils pensent peut-être gagner le Giro en menant l'allure pour Contador?" Des reproches dirigés contre les deux coureurs de CSF Group-Navigare qui ont emmené la poursuite lorsque le coureur de Saunier Duval a placé son attaque dans la dernière ascension. "Ricco me déçoit, déplore Emanuele Sella. C'est normal qu'avec Domenico, nous fassions notre propre course. Nous pensons à notre équipe, à notre classement. J'ai cherché à attaquer moi aussi. Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ?" L'aider à mener la fronde anti-Contador sans doute.

Si Ricco revient sur les talons du dernier vainqueur du Tour de France, c'est Danilo Di Luca qui a frappé un grand coup, vendredi, opérant un impressionnant rapproché au général. Emmené par Paolo Savoldelli et épaulé par Vincenzo Nibali, le leader de LPR Brakes a faussé compagnie aux favoris dans la descente du passo del Vivione pour courir après le temps lors des 36km jusqu'au sommet du Monte Pora. Une course folle où le tenant du titre a semblé creuser un écart définitif sur Contador, s'emparant même virtuellement du maillot rose. "Je voudrais dire un grand merci à Savoldelli qui a été exceptionnel. On a fait une grande action. J'ai cru au maillot rose, j'étais dans les temps, déclarait le Tueur à l'arrivée. Mais ce n'est pas le plus important. On a démontré qu'on savait courir au mieux, comme nous l'avons fait depuis le départ." Di Luca effectua même les deux dernières ascensions, la Presolana et le Monte Pora en solitaire, reprenant les uns après les autres les échappés du jour qui avaient pourtant compté jusqu'à 22 minutes d'avance sur lui. "Il ne faut pas douter de Di Luca. Je peux perdre le Giro mais je suis toujours là. La course se termine à Milan, pas avant. Le Giro est encore ouvert."

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La Cima Coppi en juge de Paix

"Compliments à Ricco et à Di Luca. Ils ont fait un sacré numéro, reconnaît le leader vacillant, mais lucide. La journée a été très longue et très difficile. Mon équipe a beaucoup travaillé et ce Giro reste ouvert." Pourtant, Contador a semblé en mesure de résister lorsque l'avance de Di Luca a mis en danger son maillot rose. D'une accélération, le leader d'Astana a causé la perte définitive de Gilberto Simoni, 3e avant l'étape et grand perdant du jour. L'Italien a fini en roue libre et occupe ce soir la 10e place. L'Espagnol a, lui, longtemps pu compter sur Leipheimer, Colom et Klöden avant qu'ils ne cèdent les uns après les autres, le Castillan terminant seul face à la concurrence de la montée vers Presolana. Il n'avait donc plus que le soutien de circonstance de Sella et Pozzovivo, lancés dans la course au général, pour limiter la casse face à Ricco lorsque celui-ci décida de placer ses banderilles à 3km du sommet final.

Reste qu'une fois de plus, Ricco, qui se disait diminuer par une bronchite, a paru plus fort que son rival et le plus apte à le faire exploser. "Je veux dire aussi à ceux qui soutiennent que Contador est le plus fort de tous que je l'ai toujours distancé dans les montées", martelait le Cobra. Et difficile de lui donner tort au soir de la 19e étape. Sans sa chute dans le chrono d'Urbino, il serait plus que jamais un solide leader. Mais Ricco a sans doute en travers de la gorge de n'avoir pas eu la présence d'esprit de Di Luca ni les équipiers nécessaires pour frapper un grand coup. Grâce au travail abattu par Savoldelli puis Ermeti, parti dans l'échappée mais contraint d'attendre près de 10 minutes son leader dans la montée vers la Presolana, Di Luca a pu garder des forces pour reprendre les échappés les uns après les autres et s'emparer de la 2e place de l'étape, à 4'36" de Kiryienka, synonyme de 12 secondes supplémentaires de bonus dans son escarcelle. Di Luca entrevoit un nouveau sacre tandis que Kiryienka a, lui, déjà réussi son Giro en signant sa toute première victoire d'étape, la seconde de la formation Tinkoff après celle de Pavel Brutt à Contursi Terme (étape 5).

A deux jours de l'arrivée à Milan, le Tour d'Italie n'a toujours pas rendu son verdict. Plus que jamais le suspense reste entier avec six coureurs en 2'47" et un podium en 21 secondes. Samedi, le long des 224 km entre Rovetta et Tirano, les chocs en haute altitude sont à prévoir lors des trois ascensions au programme, dont le Passo Gavia (2618m), plus haut sommet du Giro (Cima Coppi), et le Passo del Mortirolo (1854m), une montée à 10,3% de moyenne et des passages à 18%. Ricco et Di Luca ont montré qu'ils étaient forts sans réussir à prendre le pouvoir. Reste à savoir s'ils auront la force de recommencer. Car en l'état, Contador aurait un avantage certain lors du contre-la-montre de clôture dimanche à Milan.

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