L'affaire autour du poids de Pauline Ferrand-Prévot : l’injustice d’un cyclisme qui ne fait pas le poids et qui en souffre
Par Emile Pawlik
Mis à jour 15/08/2025 à 15:44 GMT+2
Depuis qu'elle a remporté le Tour de France femmes, Pauline Ferrand-Prévot fait l'objet de critiques quant à sa préparation et sa perte de poids pour arriver en forme sur le rendez-vous. Lancées par les coureuses elles-mêmes, ces réflexions ont le mérite de pointer un sujet qui concerne aussi bien les coureuses que les coureurs du peloton.
Le jaune lui va si bien ! Le podium du sacre pour Ferrand-Prévot
Video credit: Eurosport
Depuis que Pauline Ferrand-Prévot a remporté le Tour de France femmes, une polémique est née dans le peloton et parmi les suiveurs. Selon ces derniers, la perte de poids soudaine de la grimpeuse française est inquiétante et donne un mauvais exemple aux autres sportives. Revenons sur les différents enjeux que soulève ce sujet, qui convient d'être traité sans en occulter les côtés positifs, autant que les côtés nauséabonds.
D'où est partie la polémique ?
Elle est arrivée plus en forme que jamais, les épingles à nourrices pour tenir ses manches qui flottaient parce que ses bras ne les remplissaient pas. Dès le départ en Bretagne, on savait que Pauline Ferrand-Prévot était prête et qu'elle s'était astreinte à une énorme préparation, impliquant une perte de poids de 4 kg, comme elle le révèlera après son sacre. Coutumière du fait, la Française a fait réagir dans un premier temps ses concurrentes, avec Cédrine Kerbaol, coureuse française d'EF Education - Oatly qui a alerté sur l'extrême maigreur dans le cyclisme et ses conséquences.
Après que la Rémoise a terrassé toutes ses adversaires est venu le temps pour elles de mettre le doigt sur l'éléphant dans la pièce : la maigreur de PFP et les conséquences d'une telle pratique. La 2e du classement général, Demi Vollering, a réagi sur Instagram, sans critiquer directement la lauréate, mais en parlant de son poids et de son corps. On lui a demandé si elle souhaitait perdre plus de poids pour être en mesure de rivaliser à l'avenir face aux coureuses plus légères. "Je ne suis pas faite pour être la coureuse la plus légère du peloton, a-t-elle écrit sur Instagram. Et je ne veux pas forcer mon corps à devenir quelque chose qu'il n'est pas. Je cours déjà au plus haut niveau, avec un corps fort, mince et performant. Nous avons fait tout notre possible pour arriver au Tour dans la meilleure forme possible, pour moi."
Ce que ça dit du peloton…
La victoire de la Française a continué à faire parler puisque pas plus tard que ce mercredi, soit deux semaines après la fin du Tour de France femmes, Marlen Reusser a remis une pièce dans la machine. "On espérait secrètement qu’elle ne gagne pas, a-t-elle lancé au quotidien suisse Tages-Anzeiger. Elle a établi une nouvelle norme et lorsque des coureuses connaissent le succès, ça nous met la pression." Le fait que ce soit la Suissesse, qui est passée d'une rouleuse à une très bonne grimpeuse en changeant de morphologie, qui mette en avant cela est un poil ironique. Cela dit aussi peut-être un peu de l'envie, voire de la jalousie, que suscite la discipline de la championne olympique de VTT, capable de s'infliger des préparations exigeantes mentalement et physiquement.
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Ferrand-Prévot : "Beaucoup de sacrifices et une belle leçon de vie"
Video credit: Eurosport
… et du public
Ce qui est regrettable, c'est que ce débat pollue l'exploit et la performance de la Française. Jamais, ou très rarement, on a autant parlé du corps d'un cycliste vainqueur du Tour de France, alors qu'il y aurait aussi énormément à dire. Lorsque l'on voit les cyclistes à la fin de la Grande Boucle, leurs corps sont frêles et, pour certains, très maigres. "Nous sommes déçues que les femmes dans le sport soient soumises à une attention disproportionnée quant à leur corps par rapport à leurs homologues masculins", a d'ailleurs regretté The Cyclist's Alliance, syndicat des coureuses dirigé par la cycliste retraitée Grace Brown, dans un communiqué publié cette semaine. Un constat implacable, mais qui pourrait également inviter à une prise de conscience de tout le cyclisme.
Pourquoi c'est quand même important d'en parler ?
Cette séquence médiatique et ces réflexions n'atteignent pas Pauline Ferrand-Prévot qui a confié avoir arrêté de se peser et manger sans compter, une fois le Tour passé. Malgré cela, c'est l'occasion de réfléchir globalement au message envoyé, à la course au moindre gramme et à l'image transmise aux jeunes athlètes qui voudraient imiter leurs idoles. Très engagée sur ce sujet, Demi Vollering a tenu à avoir un mot pour les jeunes filles. "Prenez soin de vous, posez des questions, ayez confiance en votre corps. Chaque champion a une histoire différente", a-t-elle assuré sur son compte Instagram.
Qu'est-ce qui est mis en place ?
La perte de poids soudaine peut provoquer un syndrome qui s'appelle Red-S, une maladie liée à un déséquilibre entre la dépense d'énergie et celle que l'on crée en s'alimentant, dormant et en récupérant. Cette maladie peut engendrer des blessures et des dépressions, notamment. Contactée, une équipe du plateau féminin en World Tour nous a transmis le protocole appliqué. "Le poids est toujours suivi par les nutritionnistes, médecins et entraîneurs de l'équipe. Chaque hiver, on fait un test de densitométrie osseuse pour s'assurer de la santé des os des coureuses et savoir si on doit faire plus attention pour certaines. Ce suivi s'accompagne d'un suivi psychologique, menstruel et hormonal effectué par des experts, tout cela pour prévenir Red-S."
De leur côté, les instances assurent travailler sur le sujet, aussi bien pour le peloton des femmes, que celui des hommes. L'Union Cycliste Internationale "travaille sur cette thématique depuis plusieurs mois et poursuit actuellement ses réflexions avec ses experts médicaux. Une communication officielle sera faite en temps utile", a-t-elle assuré à L'Equipe, ce mercredi. Le syndicat des coureuses assure également plancher sur une campagne "d'éducation et de sensibilisation à la santé et au bien-être des cyclistes", d'ici à l'automne. Ces débats auront au moins eu le mérite de mettre le doigt sur un mal latent dans le cyclisme, qu'il convient de traiter avec nuance et en individualisant, tout en ne stigmatisant pas celles et ceux qui sont capables de repousser les limites, sans toutefois se mettre en danger.
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