"J'aime le panache"

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Si Lance Armstrong a marqué une nouvelle fois le Tour de son empreinte, Alexandre Vinokourov lui a apporté le panache. Le Kazakh a tout tenté, avec plus ou moins de réussite, pour animer une Grande Boucle au verdict prévisible. Sa 5e place n'en est qu'une

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Si les champions font l'histoire de la Grande Boucle, celle-ci se nourrit aussi des petites histoires et des champions au destin incroyable. Absent en 2004 après sa troisième place en 2003, Alexandre Vinokourov était venu pour frapper un grand coup et troubler l'hégémonie du maître d'Austin. Au classement final, le Kazakh n'apparaît certes qu'en cinquième position, au prix d'une dernière journée de folie, mais il restera comme l'un des grands animateurs du Tour 2005.
Dans un cyclisme moderne où tout est stéréotypé, où les oreillettes dictent la tactique et où tout le monde sait déjà qui va attaquer, où, quand et comment, l'imprévisible Vino fait un bien fou. Sa journée de dimanche fut en ce sens la parfaite illustration. Lui qui avait tant donné sur les routes de France cette année, sans doute parfois à mauvais escient, risquait de mourir à deux secondes du symbolique Top 5. "Je prends toujours le départ pour gagner" , se plaît-il sans cesse à répéter. Une fois de plus, son leitmotiv s'est justifié.
Kivilev toujours présent
La dernière étape est traditionnellement faite pour le spectacle et l'arrivée réservée aux sprinters. Les coureurs se prêtent alors aux jeux des photographes, des verres qui trinquent et des blagues. Oui, mais la dernière étape se gagne aussi à Paris. Pour ce combattant de tous les instants, la sixième place est au Top 5 ce que la quatrième est au podium: rien, la place du perdant, le "sorry, good game" des rugbymen anglais à leurs adversaires vaincus. Vino n'en voulait pas et il s'est donné les moyens d'en réchapper.
Pour cela, le Slave a pu compter sur son ange gardien: Andrei Kivilev, son ami disparu en 2003 lors d'un accident sur Paris-Nice. "Je vis une très grande émotion. Je lui dédie ma victoire" , clamait Vinokourov. Son alter ego est toujours près de lui. Il l'a même accompagné sur les routes de Saint-Etienne lors du contre-la-montre. C'est là que les deux hommes avaient débarqué ensemble de Russie et là où trône désormais une stèle à la mémoire du disparu. "Samedi, j'ai beaucoup pensé à mon ami Andreï Kivilev. Je pense qu'aujourd'hui il m'a beaucoup aidé," confie un Vino aux yeux embrumés.
"Je regrette Courchevel"
Sa victoire, le coureur de la Magenta est pourtant allé la chercher seul. Au courage, au tempérament. Car l'homme a du coeur et de l'orgueil. A Courchevel, il avait calé après avoir voulu attaquer Armstrong, terminant finalement à cinq minutes. Le lendemain, il s'imposait à Briançon. "C'était encore difficile cette année avec Lance Armstrong, qui était très en forme, et je regrette la journée de Courchevel où j'ai perdu beaucoup de temps. J'ai fait le point et j'ai compris pourquoi c'est arrivé", lâchait le coureur de la T-Mobile.
"Je suis un attaquant, j'aime le panache", répète-t-il à l'envi. Et du panache, l'homme n'en manque pas, "parce que je crois en ma victoire dans toutes les courses que je dispute" , explique-t-il. C'est grâce à ses certitudes qu'il est allé chercher les deux secondes qui le séparaient de la cinquième place de Levi Leipheimer, au prix d'un sprint intermédiaire remporté face à quatre coureurs de la Gerolsteiner lancés à ses trousses.
Deux ans pour une victoire
C'est aussi grâce à son mental de fer qu'il a repoussé Bradley McGee sur les Champs-Elysées. "Lorsque McGee m'a passé, j'ai jeté mes dernières forces pour le rattraper. Jusqu'à la ligne, j'avais l'impression que mes jambes ne tournaient pas, explique le vainqueur du jour. Je pensais que McGee allait me passer, mais j'ai réussi. C'est magnifique. J'ai tout donné. C'est la victoire du courage."
La magie Vino opère toujours et elle a trouvé une juste récompense à Paris. Sa joie d'enfant sur la plus belle avenue du monde, sa sincérité désarmante et touchante quand il parle de ce frère disparu trop tôt, mais toujours présent, tout cela contribue au charme du personnage. S'il n'a pas le palmarès d'Armstrong, il a sans doute déjà ce qui manque au champion texan: un naturel qui attire la sympathie et l'affection du plus grand nombre.
On ne sait pas où le futur le portera. Au mieux, lui seul le sait. Crédit Agricole, Ag2r ou autre: le soleil kazakh décidera de son avenir dans les semaines à venir. A bientôt 32 ans, il veut encore croire en son étoile. Il lui a d'ailleurs laissé deux ans pour le porter sur la plus haute marche du podium parisien.
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