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Evans, un air de déjà-vu

Evans, un air de déjà-vu
Par Eurosport

Le 11/07/2010 à 21:09Mis à jour Le 12/07/2010 à 08:54

Pour la seconde fois de sa carrière, Cadel Evans s'est emparé du maillot jaune, au terme d'une 8e étape où il aura tout connu: chute, douleur et bonheur. Un scénario improbable qui se répète pour l'Australien, deux ans après sa première prise de pouvoir. Tout aussi inattendu, mais tout aussi fort.

Des journées comme celle-ci, pas sûr que Cadel Evans en rêve tous les matins en se regardant dans la glace. Entre Les Rousses et Morzine-Avoriaz, l'Australien a soufflé le chaud et le froid. Globalement, on ne l'aura pas senti très en jambes dans cette première véritable journée en montagne. Au soir de la 8e étape, c'est pourtant bel et bien le champion du monde en titre qui règne sur le peloton, tout de jaune paré. Une journée tout en paradoxes.

"Moi, je suis vraiment heureux avec ce maillot jaune." Evans peut avoir le sourire en descendant du podium. Il a récupéré ce fameux lion auquel il tenait tant et qu'il n'avait que trop peu serré contre lui en 2008 (5 jours en jaune). "Quand j'ai chuté en début d'étape, j'ignorais sur le moment si j'allais pouvoir continuer. Je pensais déjà au docteur", reconnaît-il. "Je suis vraiment content que la journée se termine comme ça, parce qu'elle avait vraiment mal commencé avec cette chute dès les premiers kilomètres, explique John Lelangue, le manager BMC. Ça ne partait pas sous les meilleurs auspices."

De la terre au ciel

Comme il y a deux ans, c'est un drôle de scénario qui s'est écrit, mais dans un laps de temps beaucoup plus réduit. Une fois encore, l'Australien a lourdement chuté avant de toucher son Graal. En 2008, il était longtemps resté handicapé à l'épaule par sa chute sur la route de Bagnères-de-Bigorre avant de prendre le pouvoir le lendemain sur la route d'Hautacam. "C'est vrai, ça a un air de déjà-vu, s'amuse le nouveau maillot jaune. Mais ce n'est pas la même chose. Ma chute d'aujourd'hui n'a pas été aussi dure que celle de l'étape de Bagnères-de-Bigorre. J'avais eu du mal à récupérer, c'est là que j'avais perdu le Tour."

Le nez sur le bitume, Evans pensait bien que tout s'arrêterait là avant de s'élever au sommet de la hiérarchie sur les hauteurs savoyardes. Mais son calvaire fut de courte durée comparé au chemin de croix de Lance Armstrong sur les mêmes routes (deux chutes et un pied à terre). "Cadel était touché à la main, à l'épaule, au genou et à la hanche. Il fallait voir après ça comment il allait réagir dans le col de la Ramaz", analyse Lelangue. Pas de quoi abattre cependant le coureur des Antipodes. "Ce que j'ai appris depuis 2008 ? A croire en moi, aux gens qui m'entourent et à rester calme", déclare-t-il philosophiquement. Une sérénité alliée à des circonstances de course favorables qui lui ont permis de rester au contact des meilleurs. "On a eu un bon final pour nous. Pas trop d'attaques, c'était parfait pour prendre le maillot jaune", souligne Lelangue. Et le principal intéressé d'ajouter: "Il y avait pas mal de vent dans la montée finale, ce n'était pas favorable aux attaques".

Lelangue soulagé

Et même s'il est apparu un peu juste physiquement lorsque la courte bagarre s'est développée, il a néanmoins réussi à puiser dans ses réserves pour assurer l'essentiel: devenir le troisième champion du monde à troquer son arc-en-ciel contre le jaune, après Bernard Hinault (1981) et Greg LeMond (1990). Ce maillot, ce n'était de toute façon qu'une question de temps avant qu'il ne tombe dans l'escarcelle BMC. " Je m'y attendais un peu, Sylvain Chavanel n'est pas un spécialiste de la montagne, admet-il sans détour. C'est une récompense pour toute l'équipe qui a bien travaillé." De quoi oublier les souffrances physiques dans le dernier kilomètre où il fut tout près d'être décramponné par les attaques de Roman Kreuziger, Robert Gesink et le coup d'accélérateur final de Schleck auquel il ne concède finalement que dix secondes pour en garder encore 20 de marge. "Finir avec le maillot alors que j'ai eu un peu un moment donné que cette étape marque la fin de nos espoirs, c'est très bien. Cadel n'a perdu de temps sur personne à part Andy Schleck", explique un Lelangue soulagé.

Dans la montée vers Avoriaz, Evans a dû finir le travail en solitaire. Une fois de plus. Comme trop souvent. "Les Pyrénées sont très difficiles et l'équipe Astana me semble vraiment forte", prévient-il. Pour le candidat au sacre final, il faudra pourtant mobiliser ses troupes et se ranger en ordre de bataille s'il veut rester en jaune un peu plus longtemps. Comme en 2008, il s'installe au sommet de la hiérarchie à la veille de la journée de repos. Une bonne chose sans doute pour BMC. "Maintenant, on va faire le point pendant la journée de repos, panser nos plaies, voir comment tout le monde récupère, confie Lelangue. Et on repartira au combat. Est-ce que nous allons défendre le maillot? Demain (NDLR: lundi), oui, c'est promis, on va le défendre (rires). Après, on verra au jour le jour."

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