30 ans après son dernier triomphe en jaune, la France a peut-être fini de manger son pain noir
Par Laurent Vergne
Publié 02/07/2015 à 17:01 GMT+2
TOUR DE FRANCE – Bernard Hinault a remporté son 5e et dernier Tour de France en 1985. 30 ans après, le Breton attend toujours de voir un successeur français au palmarès. Une traversée du désert qui s'est étendue depuis le milieu des années 90 à l'ensemble des grandes courses du calendrier; mais la traversée du désert touche peut-être à sa fin.
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Crédit: Eurosport
C'est un temps que les moins de 30 ans n'ont pas connu. Pour en avoir souvenir, il vaut même mieux flirter avec la quarantaine. Cet été, le cyclisme français "célèbre" le 30e anniversaire de son dernier maillot jaune final. C'était Bernard Hinault, le plus grand de tous. 30 ans, un véritable gouffre pour une nation qui n'était jamais resté plus de sept éditions sans remporter son tour national de 1903 à 1985. Pour qui a grandi, comme moi, à l'époque d'Hinault donc, mais aussi de Laurent Fignon, un tel trou noir n'était pas imaginable.
Si le cyclisme français attend donc depuis le milieu des années 80, son véritable déclin est apparu un peu plus tard, se matérialisant au carrefour des années 80 et 90. Dans les années qui ont suivi le 5e sacre de Bernard Hinault, personne ne redoutait une telle traversée du désert. Parce que la relève semblait belle (Bernard, Mottet…) et que Laurent Fignon était encore là. Sans un dénouement ahurissant de cruauté, le Parisien aurait remporté le Tour de France 1989 et la France n'attendrait "que" depuis 26 ans. Mais au fond, peu importe. Depuis la fin de la génération Hinault-Fignon, elle a cessé de produire des coureurs capables de gagner le Tour.
De retour dans le débat juilletiste
Si les raisons de cette éclipse exceptionnelle, par sa longueur mais aussi par son intensité (seulement 7 podiums en 30 ans...), sont multiples, l'important est maintenant de savoir si le creux de la vague est derrière le cyclisme tricolore. Longtemps, on s'est demandé si "le nouveau Bernard Hinault" était dans le peloton. Puis s'il était dans les catégories de jeunes. Et enfin s'il était seulement né. Personne ne peut prétendre savoir combien de temps il faudra encore attendre avant que Bernard Hinault trouve enfin son successeur au palmarès. Cela prendra peut-être 5, 10 ou 20 ans de plus.
Ce qui apparait en revanche certain, c'est que jamais au XXIe siècle l'horizon n'avait été à ce point dégagé et les prévisions prometteuses pour le cyclisme français. Aujourd'hui, la France compte trois coureurs parmi les outsiders du Tour (pas les grandissimes favoris, mais de sérieux outsiders). Dont deux, Thibaut Pinot et Romain Bardet, sont encore éligibles au maillot blanc, donc à l'aube de leur carrière. Il y a encore 10 ans, voire 5, pareil scenario aurait relevé du miracle. Peut-être ne gagneront-ils jamais le Tour. Mais ils replacent le cyclisme français au cœur du débat juilletiste et c'est déjà une forme de victoire après des années de vaches si maigres.
Variété de talents
Puis il n'y a pas que le Tour. Depuis 18 ans, aucun Tricolore n'a gagné une des courses majeures du calendrier, qu'il s'agisse des trois grands tours, des cinq grandes classiques ou du Mondial. Les 30 années de disette sur la Grande boucle seraient sans doute plus faciles à digérer si les Tricolores claquaient régulièrement un Paris-Roubaix, un Giro ou un Tour de Lombardie. Mais là encore, la variété des talents qui composent aujourd'hui le paysage tricolore permet d'espérer jouer sur des tableaux aussi éclectiques que les grands tours (Pinot, Bardet), les sprints (Bouhanni, Démare) ou les classiques sur des profils divers (Gallopin, Alaphilippe, Démare, etc.).
Le temps des (grandes) victoires n'est peut-être plus très loin. Il serait quand même étonnant qu'elle provienne d'abord du Tour de France. Mais au moins, aujourd'hui, il est permis de rêver, voire d'y croire. Deux luxes que n'a pas toujours eu le cyclisme français dans un passé plus ou moins récent. Alors, profitons. Ce n'est certes pas l'opulence des temps anciens. Mais la zone désertique est désormais dans le rétroviseur...
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