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Alaphilippe, l'imperturbable vendeur de rêve

Alaphilippe, l'imperturbable vendeur de rêve

Le 26/07/2019 à 10:04Mis à jour Le 26/07/2019 à 11:04

TOUR DE FRANCE – Personnage central de ce Tour 2019, Julian Alaphilippe provoque via son aventure en jaune un fol espoir au sein du public français, auprès duquel sa cote de sympathie atteint des sommets. Tout ceci pourrait le perturber, mais sa capacité à ne pas se laisser griser tout en profitant à fond du moment a quelque chose de remarquable.

Saisissant contraste. Depuis deux semaines et demie, Julian Alaphilippe génère autour de sa personne un enthousiasme qui confine parfois à l'euphorie collective. Mais depuis deux semaines et demie, il ne s’est pas départi de son calme olympien. La façon dont la nouvelle coqueluche du public français gère tout ce qui lui tombe sur la tête a quelque chose de bluffant.

Etape après étape, il sème le rêve aux quatre coins du pays mais assume tout ça comme s'il était sur l'Etoile de Bessèges et non au cœur d'un des plus grands évènements sportifs de la planète. Quoi qu'il arrive d'ici dimanche, sa maitrise des évènements restera comme une de ses immenses victoires. Alaphilippe est sur son petit nuage mais toujours avec les pieds sur terre. Subtil et rare compromis.

"J'essaye de me détacher au maximum de ce qui se passe autour du maillot jaune, de ce que j'ai réalisé depuis le début du Tour", a-t-il résumé jeudi soir à Valloire pour expliquer son impavidité face aux évènements de ce mois de juillet qui va pourtant marquer sa carrière comme aucun autre. L'an dernier, en décrochant deux victoires d'étape et le maillot à pois, l'actuel numéro un mondial avait effleuré le pouvoir d'attraction du Tour. Mais là, c'est puissance mille.

Julian Alaphilippe signe un autographe pendant le Tour 2019.

Julian Alaphilippe signe un autographe pendant le Tour 2019.Getty Images

" Je vois bien qu'ils rêvent que ça marche jusqu'au bout "

Rien de tout cela ne lui échappe, à vrai dire. Mais il demeure aussi accessible auprès du grand public qu'à Epernay le 8 juillet. Ce jour-là, son Tour était encore dans la normalité, enveloppée par une forme de logique, d'évidence presque. Ce début de Tour était taillé pour lui. La suite était nettement moins attendue. "Je me rends bien compte que c'est un Tour incroyable pour moi, admet-il, je n'ai jamais imaginé ça, plus de dix jours en jaune, deux victoires dont un contre-la-montre, me battre avec les meilleurs dans les cols et être en jaune à trois jours de Paris".

Du maillot jaune attendu, il est devenu le vainqueur espéré du Tour. Rôle que Thibaut Pinot n'est pas loin de tenir à ses côtés, sauf que le grimpeur de la Groupama-FDJ reste à distance de la toison d'or, et même du podium pour l'instant. Les jours passent et Alaphilippe, lui, est toujours accroché à sa première place. "Je sens que quelque chose se passe, confirme 'Loulou'. Les yeux sont rivés sur le Tour en ce moment, je le vois dans le peloton, au bord des routes, aux messages que je reçois, à la folie des gens. Je vois bien qu'ils rêvent que ça marche jusqu'au bout."

Les supporters de Julian Alaphilippe.

Les supporters de Julian Alaphilippe.Getty Images

" Je suis quelqu'un de réaliste "

Et lui, au fait, rêve-t-il ? Chaque soir, devant les médias, il répète à l'envi que non. "On rêve tous de ça, même moi je l'imagine un peu", finit-il par lâcher. Avant de remettre aussi sec un coup de clim'. "Je suis quelqu'un de réaliste, et je ne m'autorise pas à rêver."

Pas même après 14 jours en jaune. Ni après avoir remporté le chrono à Pau. Ni après sa deuxième place au Tourmalet. Et pas davantage après avoir résisté à l'Izoard et au Galibier. "Aujourd'hui (jeudi), c'était un gros morceau mais il y a demain (vendredi) et après-demain (samedi)", martèle-t-il.

Mais il y a dix jours, la question était de savoir s'il garderait son maillot à Bagnères-de-Bigorre. Puis à Pau. Puis au Tourmalet. Et ainsi de suite. La question se pose toujours : à Tignes, ou à Val Thorens ? Mais tant qu'elle se pose, le rêve continue de se nourrir. De toute façon, Alaphilippe a déjà tout gagné : "Quoi qu'il arrive et qu'importe mon résultat à Paris, ce Tour aura marqué les Français et j'aurai appris aussi beaucoup sur moi, c'est quelque chose de super que je ne vais jamais oublier." Mais s'il devait parader en jaune dimanche soir, imaginez une seconde, juste une seconde, la folie douce qui s'emparerait des Champs-Elysées...

Vidéo - Alaphilippe veut bien laisser son maillot... mais seulement pour un petit garçon frigorifié

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