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Heurs et malheurs des journées de repos sur le Tour

Heurs et malheurs des journées de repos sur le Tour

Le 15/07/2019 à 23:11Mis à jour Le 16/07/2019 à 11:48

TOUR DE FRANCE - Les journées de repos ne constituent pas toujours une partie de plaisir. Parfois, même, elles connaissent des lendemains qui déchantent.

A l'origine, il y avait davantage de jours de repos que de course, et pour cause : les étapes pouvant dépasser les 450 kilomètres, il fallait bien que les coureurs reprennent leur souffle et leurs esprits. En 1903, le premier Tour comporte ainsi six étapes pour sept jours de repos. En 1904, six étapes pour seize jours de repos. Puis le rythme de course s'équilibre à un jour de compétition sur deux. Dans les années 1930, on aboutit au schéma de 21 étapes avec cinq jours de repos, comme en 1947, à la reprise du Tour après la seconde guerre mondiale.

Ensuite, il y a même quelques années sans journée de repos en 1958, 1962, puis 1969 et 1970 pour les deux premières victoires d'Eddy Merckx. La mémoire étant parfois volatile, Bernard Thévenet est convaincu d'avoir gagné des Tours sans jour de repos. Que nenni : c'est même au lendemain d'une journée de repos, en 1975, qu'il dompte Eddy Merckx dans la fameuse étape Nice-Pra Loup, lui chipant son maillot jaune par la même occasion. On imagine son bonheur, le lendemain, 14 juillet ! Pour un Français, arpenter la route du Tour en jaune ce jour-là, c'est une double récompense : Julian Alaphilippe ne dira pas le contraire ! Mais parfois, tant pis pour le public français, la journée de repos coïncide justement avec la fête nationale, comme en 1973, 77, 84 et 94.

14 juillet 1994 : Sean Yates joue à la pétanque avec son coéquipier Lance Armstrong lors de la journée de repos sur le Tour de France

Le drame Casartelli

En 1971, la journée de repos est coincée entre deux étapes devenues historiques dans l'histoire du Tour de France : la veille, Luis Ocana a vaincu Eddy Merckx et pris le maillot jaune à Orcières-Merlette, promue d'un seul coup station-vedette dans les Hautes-Alpes. Le lendemain, Merckx lance les hostilités dès la ligne de départ et arrive avec quelques-uns de ses équipiers à Marseille avec tellement d'avance sur l'horaire que les personnalités n'ont pas toutes eu le temps d'arriver à temps sur le Vieux Port ! Hélas, deux jours plus tard, Ocana termine le Tour sur chute dans la descente du col de Mente.

A deux reprises, cet éternel malchanceux de Raymond Poulidor connaît la chute au lendemain de la journée de repos : le 14 juillet 1968, c'est une moto qui le renverse sur la route d'Albi, entrainant son abandon deux jours plus tard ; le 15 juillet 1973, il fait la bascule par-dessus un muret dans la descente du col de Portet d'Aspet et doit quitter la course. Bien plus tragique, c'est aussi un lendemain de journée de repos que Fabio Casartelli, en 1995, se tue dans cette même descente du Portet d'Aspet. Ce qui fera dire à Poulidor-le-sage que lui, finalement, avait eu de la chance.

En 1998, année de sinistre mémoire, les coureurs menacent de ne pas repartir de Tarascon-sur-Ariège au lendemain de la journée de repos. On voit sur une photo, assis sur le bitume, Marco Pantani, visage fermé. Le coureur italien l'emportera finalement à Paris mais plusieurs équipes quittent la course, dont la ONCE de Laurent Jalabert, quelques jours après l'exclusion des Festina de Richard Virenque.

Tour de France 1998 : les courreurs protestent à Tarascon-sur-Ariège à propos du traitement médiatique du dopage

Hélière hydrocuté

Reste la plus invraisemblable des journées de repos, celle de 1964 en Andorre. Jacques Anquetil, qui porte le maillot jaune, participe à un méchoui et, semble-t-il, abuse de la sangria tandis que son rival Poulidor reprend un verre d'eau minérale bénie par Antonin Magne. Le lendemain, Anquetil frôle l'élimination dans le Port d'Envalira et, finalement (avec ou sans un coup de main de certaines voitures suiveuses ?), reprend dans la descente les quatre minutes perdues dans la montée et réussit même à l'arrivée à augmenter son avance sur Poulidor. En réalité, plus que les effets du méchoui, il y aurait surtout eu la peur panique d'Anquetil, auquel un mage avait prédit qu'il mourrait dans cette étape du 6 juillet entre Andorre et Toulouse.

En remontant plus loin en arrière dans les archives du Tour, on déniche cette autre histoire dramatique : pendant la journée de repos du 14 juillet 1910, le jeune coureur breton Adolphe Hélière décide de plonger dans la Méditerranée et meurt d'hydrocution. Il n'avait que 19 ans.

De nos jours, les coureurs prennent moins de risques mais même les plus austères d'entre eux osent parfois un clin d'œil : en 2015, Chris Froome pose à Pau devant une bouteille de vin rouge (on peut penser qu'il n'y a pas touché) et, le lendemain, assomme ses adversaires dans la montée de La Pierre-Saint-Martin. Il reste douze jours de course et une seconde journée de repos mais le Tour est joué. Cette année, au moins après ce mardi de repos à Albi (et, qui sait, peut-être aussi le 22 juillet à Nîmes), le suspense demeurera, et l'intérêt de la course avec lui.

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