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Ici c’est Paris, le livre qui retrace le pire et le meilleur de l’histoire du PSG

Ici c’est Paris, le livre qui retrace le pire et le meilleur de l’histoire du PSG
Par Le Mag

Le 20/10/2014 à 10:00Mis à jour

C’est ce que raconte Thibaud Leplat dans son livre Ici C’est Paris. Déjà auteur de Clásico Real Madrid-Barcelone et d’une biographie (Le Cas Mourinho), Thibaud Leplat signe ici un ouvrage particulièrement bien illustré et documenté qui revient sur l’histoire du club parisien à travers les évènements et personnages qui ont marqué l’histoire du club. Des larmes de Just Fontaine lors de l’accession en Division 1 aux buts de Zlatan Ibrahimovic, en passant par les titres de champions, les exploits en Coupe d’Europe ou les portraits des principaux acteurs du club (passés ou actuels), retrouvez certains des éléments qui ont construit la légende de Paris dans les bonnes feuilles que nous vous proposons ci-dessous.

PSG-Valenciennes : le pari de Daniel (p.40)

4 juin 1974, Championnat D2 (Barrage retour) : PSG-VALENCIENNES FC – 4-2

Voici le match le plus important de l’histoire du club. D’abord, parce qu’il fallait remonter une défaite 2-1 à l’aller à Valenciennes en barrage. Ensuite, parce que RTL, nouveau sponsor, entendait amortir immédiatement son investissement réalisé à la mi-saison. Pour concurrencer sa rivale Europe 1, RTL lia son image à celle d’un jeune club promis aux sommets. Mais dans les années 1970, personne ne pensait sérieusement à vendre des maillots avec des noms de marque dessus. Le sponsoring balbutiant, les entreprises se retenaient avant d’alimenter le foot en monnaie. Alors, pour se payer François M’Pelé, attaquant d’Ajaccio à la mi-saison, Hechter fit un pari. Pour attirer la radio, il promit à RTL de se porter caution personnelle (1 million de francs nouveaux). Si Paris ne montait pas à la fin de sa première saison, il leur rembourserait personnellement le million mis sur la table.

Une montée dès la première année ? Le pari était risqué, mais Hechter croyait en son nouveau bébé. Pour le match retour, 30 000 personnes s’installèrent dans ce Parc des Princes tout neuf pour voir cette jeune et ambitieuse équipe en bleu et rouge jouer la montée dès sa première année. Le panache était sponsorisé par Canada Dry sur le maillot (sponsor ramené par Bernard Brochand). Après une première épopée en Coupe de France terminée en quart de finale (défaite 5-0 contre Reims) cette même saison, les feintes de Dogliani et les frappes de François M’Pelé brassèrent les foules ce 4 juin 1974. Il n’y avait encore aucun chant homologué, alors on improvisa des « PA-RIS ! PA-RIS ! PA-RIS ! » à la faveur d’un but marqué ou d’une occasion manquée. Ce soir-là, installés sur le banc (en trench-coat beige), Daniel s’accrocha à Fontaine (en canadienne marron) et Fontaine à son cigarillo.

Cette semaine, à l’entraînement, Justo leur avait dit fontaine, il fallait boire de cette eau : « Si on monte, c’est le Parc des Princes avec 45 000 personnes ; si on ne monte pas, c’est Saint-Germain avec 500 personnes. C’est à vous de voir. » À la mi-temps, les oreilles sifflèrent devant la caméra d’Adolphe Dhrey : « Attaquez-moi ce ballon un peu plus vite, on joue comme des grands-pères ! » Malgré un bon début de match des Parisiens, Valenciennes venait d’égaliser 1-1. Les héros, c’étaient les autres. « Accélérez le rythme et montrez un peu qu’on veut gagner ce match ! » Mais au retour des vestiaires, ce fut encore pire. Valenciennes marqua une seconde fois. 2-1. Hechter alluma un cigare.

« Si l’on ne marque pas dans les cinq minutes, on est cuits », avertit Justo sur le banc. Et Dogliani égalisa. 2-2. « PA-RIS ! PA-RIS ! PA-RIS ! » Puis Marella marqua le troisième but et enfin Dogliani crucifia Valenciennes côté Boulogne. 4-2. Le numéro 10 parisien était hors-jeu sur son dernier but. Mais peu importait. La folie s’empara du stade et du banc de touche. Le match terminé, Hechter, Talar et Vicot sautèrent sur la pelouse. Des photographes mitraillèrent des hommes en veston à carreaux ivres de joie. Ce soir, Paris SG accédait à la première division par la grâce d’un entraîneur en canadienne entouré d’illuminés en chemises bariolées. L’image était parfaite. La pelouse noyée de joie, la caméra cherchait son héros, celui par qui le miracle survint. Mais où était donc Justo ? Adolphe Dhrey le chercha quelques minutes avant de finalement s’arrêter devant la silhouette d’un homme à genoux. Fontaine venait de s’évanouir. Pendant quelques secondes, le héros de la montée en première division s’effondra, victime d’un malaise cardiaque. Trop d’émotions. Justo était si heureux qu’il en était impossible à relever. Alors, on ouvrit sa chemise et, pour lui faire de l’air, on le hissa sur quelques épaules avant d’entamer un tour d’honneur. Hechter vit la silhouette de l’entraîneur qui avait inventé le style PSG se perdre au fond d’un virage. En misant Just, Daniel venait de gagner son Paris.

Le Goût du Parc (p.111)

Le Parc appartient à ceux qui se souviennent de cette boule de sons dans leurs oreilles, qui vrombit dans leurs tympans, qui fait trembler les sièges. Le Parc, c’est PSG-Bucarest, PSG-Galatasaray, PSG-Real Madrid, c’est l’exploit qu’on exige, qu’on invoque et qui arrive enfin. Se rassembler autour d’une pelouse pour y voir s’accomplir des miracles n’a rien à voir avec le quotidien de la vie laborieuse. S’installer dans les tribunes du Parc, c’est entrer dans un temple pour admirer l’irruption d’un nouveau culte. À ce moment-là, le Parc, c’est le «centre du monde». Clos sur lui-même, planté au milieu du magma informe de la vie quotidienne, il est ce point fixe dans l’existence qui rend un culte hebdomadaire à la mémoire, à toutes les émotions qu’il renferme. Ces piliers et ces escaliers en béton sont un hommage à tous les héros qui s’y sont produits et qui ont ému plusieurs générations de parents, d’ados et d’enfants. Pour faire un stade comme on fait une cathédrale, il faut « aimer le sport. Mon idée de départ était de créer un lieu mythique du sport. De là est venue l’idée de la forme elliptique, la meilleure si l’on veut privilégier l’acoustique et la visibilité ». Taillibert n’a jamais dessiné d’église mais un jour il construisit un stade dédié entièrement au culte du football et du rugby (aucun spectateur à plus de 45 mètres du terrain). «C’est le stade où vous pouvez voir tourner le bruit et ne pas s’envoler. C’est curieux, c’est une espèce de chant musical intérieur.» À la gauche de cette ville, à cheval sur les artères du périphérique qui font vivre Paris, cette enceinte remplie de béton, de chants et de bannières se mélange organiquement à la ville qu’elle représente. Le Parc est le centre émotionnel de cette ville.

Paris-Province (p.147)

Comme Tapie, contant sa lutte contre les juges, contre l’odieuse capitale et contre le monde tout entier, incarnait le destin de tout un club (et donc toute une ville), le Paris Saint-Germain a lui aussi ses moulins à vent à défier. Il a des valeurs et des héros qui lui sont propres. Il ne manquait plus qu’un récit pour les raconter. Paris-Province, ce n’est pas qu’une petite rengaine qu’on entame les soirs de clasico pour appâter les foules et vendre du papier. Paris-Province est le décor idéal pour mettre en scène cette histoire. Paris-Province, c’est Yves Montand, l’immigré italien des faubourgs de Marseille qui monta un jour à la capitale pour y chanter Paris comme seul l’aurait fait un  Méridional : « Trois petites notes de musique qui vous font la nique au creux du souvenir. » Paris-Province, c’est une histoire d’amour à la française.

Ici c’est Paris , Thibaud Leplat, Solar Editions, 248 pages, 39 euros

Visuel-3D ICI C'EST PARIS
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