Jeudi 12 décembre Rafael Nadal est attendu en République Tchèque. Le numéro un mondial de tennis n’y va pas pour y jouer une exhibition contre Tomas Berdych mais pour y disputer son premier tournoi live de poker lors de l’EPT de Prague.

Le Majorquin n’est pourtant pas un champion de poker, il était même encore novice il y a quelques mois lorsqu’il a signé son partenariat avec Poker Stars. Figure de proue de la Poker Star Room, le tennisman est, depuis juin 2012, l’ambassadeur star du site de poker en ligne. Après toute une série de vidéos où l’on a pu suivre l’apprentissage de Rafael Nadal, Poker Stars a décidé de passer à l’étape supérieure en l’invitant avec d’autres célèbres sportifs (Ronaldo, Andreï Shevchenko, Alberto Tomba…) à disputer un tournoi live tout en s’assurant une médiatisation exceptionnelle.

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Sport et poker ne sont pas forcément deux mots que l’on associerait spontanément. Mais s’il a accepté de prêter son image à un site de poker et de participer à un tournoi live, c’est peut-être aussi parce que Nadal a trouvé, dans le poker, des similitudes avec ce qui fait le sel de sa vie de champion : le stress, l’effort individuel, les compétitions marathon… Comme les sportifs de haut-niveau, les joueurs de poker sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à pratiquer une activité physique régulière. “Un jour sur deux, je fais de la natation, un peu de musculation ou du tennis. Ça m’aide à rester détendu pendant les tournois, c’est important pour rester concentré“, nous confiait ainsi Sylvain Loosli, quatrième de la table finale des WSOP à Las Vegas début novembre. Une bonne condition physique pour garder sa concentration pendant les longues heures de jeu mais aussi une préparation mentale personnalisée, voici les secrets de certains joueurs professionnels de poker qui n’hésitent plus à s’adjoindre les services de coaches spécialisés.

Pier Gauthier fait partie de ces conseillers destinés à optimiser la performance. Cet ancien joueur de tennis professionnel a commencé à s’intéresser à la préparation mentale pendant sa carrière. “J’avais fait appel à quelqu’un quand j’étais joueur, j’ai bossé avec lui pendant six ans et quand j’ai arrêté après m’être fait opérer du dos, j’ai décidé de devenir entraîneur mais en incluant la préparation mentale dans mon programme, nous explique-t-il. J’ai commencé avec des petits jeunes en utilisant ces méthodes et petit à petit ce sont des joueurs de plus en plus forts qui ont fait appel à moi. En 1999, je me suis occupé de Cyril Saulnier. Il avait 24 ans, il était très loin au classement et il s’est rapproché des cent premier mondiaux en quelques mois. J’ai bossé aussi avec Lionel Roux puis, en 2001, Sébastien Grosjean m’a demandé de travailler avec lui, pendant environ un an. Ensuite j’ai collaboré avec Jean-René Lisnard, Sébastien De Chaunac, Gaël Monfils (six mois en 2007). J’étais leur entraîneur à part entière. J’ai aussi un peu bossé avec Michael Llodra en tant que préparateur mental et c’est comme ça que je me suis décidé à partir dans d’autres sports pour me spécialiser en tant que préparateur mental”.

Après avoir travaillé avec des golfeurs, navigateurs, footballeurs… Pier Gauthier est arrivé dans le monde du poker et a commencé à s’occuper de plusieurs joueurs du Team Pro de Winamax. “C’est Stéphane Matheu (manager du Team Pro de Winamax) que je connais depuis des années qui m’a recontacté via facebook pour bosser avec les joueurs du team. Il m’a présenté à tous les joueurs et ceux qui voulaient essayer ont commencé à bosser avec moi. Manuel Bevand est le premier avec qui j’ai vraiment bossé, ça a super bien marché et du coup les autres ont commencé à s’intéresser à cette méthode de travail.”

La gestion de la peur, élément clé de la réussite

Pour Pier Gauthier, on peut faire de nombreux rapprochements entre le sport et le poker. “Tu as peur de certains joueurs ou de certaines situations… Il faut travailler sur la concentration et la gestion de la frustration. Quand tu prends un bad beat ou un let sur une balle, c’est pareil. L’action en elle-même ne fait pas la différence, c’est ta réaction qui la fait. Si tu t’énerves ou pas…”. Début novembre, Pier Gauthier était à Las Vegas avec les autres membres du Team Winamax pour soutenir Sylvain Loosli et l’aider à préparer le plus grand rendez-vous de sa carrière. “On a énormément travaillé sur le détachement pour arriver à accepter que la chance ne soit pas toujours de notre côté, pour ne pas douter quand on perd même quand on a pris de bonnes décisions, nous confiait le joueur quelques heures avant la table finale. On discute beaucoup, il m’aide à gérer la pression, à prendre du recul en restant concentré sur l’objectif“. “Sylvain était plutôt bien en place mais on a surtout travaillé sur sa confiance, sa peur de ne pas être aussi bon que les autres sur les tournois live parce qu’il n’en avait pas fait beaucoup…”, complète Pier Gauthier.

Autre exemple donné par le préparateur mental : “Le matin de sa finale à Bercy, Sébastien Grosjean était super tendu. Ça faisait presque un an qu’on travaillait ensemble mais il fallait comprendre pourquoi il avait peur spécialement ce jour-là. Au début je pensais que ça avait un lien avec le fait d’être à Paris, devant son public, de jouer la qualification au Masters… mais il y avait d’autres paramètres. Il avait déjà joué trois fois contre Kafelnikov et perdu assez sèchement à chaque fois. Il avait très peur du revers de Kafelnikov qu’il considérait comme le meilleur au monde. On a donc décidé qu’il fallait qu’il soit très offensif sur le revers pour ne pas être bloqué par sa peur. Il l’a très bien fait et après le match dans les vestiaires il m’a dit ‘c’est incroyable à la fin il me jouait le coup droit’. Il avait parfaitement réussi à inverser les choses. Il a gagné à Bercy, il l’a rejoué une semaine plus tard en demi-finales du Masters et il l’a largement battu. C’est sur des petits détails comme ça que tu peux inverser le cours des choses. Au poker ou dans la vie en général c’est pareil. Il faut réussir à identifier ses peurs pour s’en servir comme alliées.”

Faire de la pression un avantage

Les grands champions qui gèrent la pression jouent beaucoup mieux quand ils sont sous pression justement parce qu’ils sont plus concentrés, plus impliqués. Roger Federer, Rafael Nadal sont de parfaits exemples, analyse Pier Gauthier. En France on aborde souvent la pression de la mauvaise façon. On croit et on dit qu’il ne faut pas avoir peur si on veut être bon. C’est faux. Il faut d’abord comprendre le mécanisme de la peur parce que la pression est un dérivé de la peur. La peur est indispensable à notre survie, elle nous met en garde contre un danger et nous avertit qu’on est face à quelque chose d’important. Quand on ressent de la pression avant un événement c’est que c’est important pour nous et ça nous ramène vers des notions de concentration. La peur ne nous bloque que si on la refuse. Notre peur nous veut du bien. Elle est là pour nous aider. Si tu veux traverser une autoroute, ta peur va te dire ‘attention c’est dangereux’, donc tu vas regarder, être prudent pour traverser au bon moment. Si tu écoutes ta peur elle va te laisser tranquille. Par contre si tu crois qu’il faut renier cette peur, la peur va te bloquer comme le ferait un ami pour te sauver. Elle va augmenter jusqu’à te paralyser. C’est pour ça qu’il faut apprendre à l’accepter et à s’en servir.”

Cette gestion de la peur, Rafael Nadal l’a parfaitement assimilée sur un court de tennis. Pas certain cependant que cela soit suffisant pour rivaliser avec les meilleurs autour d’une table de poker, une discipline dont il ne maîtrise pas encore tous les coups et tactiques.

Retrouvez externalle direct vidéohttp://poker.eurosport.com/frNone de l’EPT de Prague.

La force du mental, Être un champion ça s’apprend en entreprise comme dans le sport de Pier Gauthier et Jean-Marc Sabatier aux éditions Dunod, 200 pages, 16 euros

Amandine Reymond

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