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ALPINISME - Sophie Lavaud sur le toit de l'Himalaya : "Pour moi, ce n'est pas 'le sommet à tout prix'"
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Publié 07/07/2023 à 23:57 GMT+2
Sophie Lavaud a inscrit le 26 juin dernier son nom au Panthéon des plus grandes aventurières de l’histoire. Elle a achevé sa quête entamée en 2012 : atteindre les 14 sommets supérieurs à 8000 mètres d’altitude recensés sur la planète, tous situés en Asie centrale. Elle est la première Française, tous genres confondus, à avoir réalisé cet exploit, qu’elle relate pour Eurosport.fr.
Lavaud : "Au travers des expéditions, j'essaye de rendre service aux femmes"
Video credit: Eurosport
Au petit matin du lundi 26 juin, Sophie Lavaud, surnommée "The 112 000 Lady" (en référence aux 14 sommets supérieurs à 8000 mm d'altitude qu'elle a gravis, ndlr), a atteint le sommet pakistanais du Nanga Parbat, qui culmine à 8126 m. L'alpiniste est ainsi devenue la première Française, tous genres confondus, à avoir dompté les 14 sommets les plus élevés du globe.
Une quête extraordinaire commencée en 2012, sur laquelle elle a accepté de revenir au téléphone, à Islamabad (Pakistan), où elle a stationné avant de repartir pour une nouvelle expédition en haute montagne.
Que diriez-vous aujourd’hui à la Sophie Lavaud de 2012, qui s’apprêtait à partir sur les pentes du Cho Oyu au Tibet ?
Sophie Lavaud : Je lui dirais d’être patiente ! Patiente et persévérante. Ça fait partie des qualités majeures de l’himalayisme. On ne décide pas du calendrier. C’est beaucoup de travail : de la préparation, de l’anticipation, de la recherche de fonds, de l’entraînement, il faut monter les équipes… On est tellement tributaires de la météo, il y a tellement d’imprévus possibles. Il faut être très patient.
"Il faut redescendre pour pouvoir raconter l’histoire", expliquez-vous souvent lors de vos conférences et dans vos films. Pensiez-vous à cela dès le début de votre périple, en 2012 ?
S.L. : Dans mon esprit, cette expression ne signifie pas "raconter aux médias" mon aventure. Ce que je veux dire, c’est que c’est tellement dangereux là-haut, que quoi qu’il arrive, il faut redescendre pour raconter ce qu’il s’est passé. Mais peu importe ce qu’il s’est passé sur la montagne. C’est plutôt une allusion au renoncement vers un sommet, au demi-tour, pour rester en vie. C’est pour cela que j’aime bien cette expression : ce n’est pas "le sommet à tout prix". C’est beaucoup plus important de redescendre, pour raconter ce qu’on a vécu.
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Sophie Lavaud et Dawa Sangay Sherpa au sommet du Dhaulagiri (8167 m), le 1er octobre 2021.
Crédit: Getty Images
Vous sentez-vous en phase avec la mise en avant actuelle de la performance dans le monde de l'alpinisme, de l’himalayisme ?
S. L. : Je pense qu’il y a eu un vrai tournant dans la pratique de l’himalayisme depuis le record de Nirmal Purja, en 2019 (il a atteint les 14 sommets supérieurs à 8000 m d’altitude en 6 mois et 6 jours, ndlr). Depuis, on voit apparaître pas mal de gens qui essaient de réaliser ce type d’enchaînement. Certains sommets se popularisent. Ce que je pense, c’est que la montagne reste encore un terrain libre, et chacun peut pratiquer à sa façon. L’important, c’est de dire comment on s’y prend, et avec quels moyens. Notre pratique n’est pas régulée. Ce n’est pas une discipline olympique, il n’y a pas de fédération internationale qui dicte des règles, donc cela peut donner libre cours à certains excès dans la pratique. Mais je pense que la grande majorité des himalayistes sont des amoureux de la montagne, qui grimpent pour leur plaisir, pas pour aller cocher un record.
Ces dernières années, l’Everest est devenu le symbole du tourisme de masse à haute altitude. On parle de "tour Eiffel de l’Himalaya", et on a même vu des photos montrant des embouteillages au sommet en 2019. Comment percevez-vous cela ?
S. L. : L’Everest est un monde à part. C’est un seul sommet, dans toute la chaîne de l’Himalaya, qui suscite des problèmes comme le Mont Blanc dans les Alpes. Les photos qui circulent sont essentiellement des photos de 2019, une année où les fenêtres météo pour se rendre jusqu’au sommet étaient très limitées. Tout le monde s’est engouffré dans une même fenêtre, et cela a donné lieu à ces photos. Oui, il y a du monde sur l’Everest, mais il faut mettre ce sommet entre parenthèses.
Le fait d’être la première Française à avoir réussi cet exploit, et d’être une femme, ajoute-t-il quelque chose à votre aventure ?
S. L. : Non. Je suis très heureuse d’avoir réussi ça, mais le message que j’aimerais faire passer, c’est que même en tant que femme, on est capable. Si mon histoire peut inspirer d’autres femmes, parce que je pense que les femmes se mettent beaucoup plus de barrières dans la réalisation de leurs projets très personnels comme celui-là, si je peux faire que d’autres femmes osent réaliser leur rêve, je serai très contente. Cela fait partie de ma réussite.
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Lavaud : "Au travers des expéditions, j'essaye de rendre service aux femmes"
Video credit: Eurosport
Que voudriez-vous que l’on retienne de votre réussite ?
S. L. : Je suis beaucoup mise en avant ces derniers jours. Mais seule, en Himalaya, je ne vais nulle part. Il ne faut jamais oublier tous les gens qui m’entourent : Dawa Sangay Sherpa avec qui je travaille depuis des années, l’équipe logistique, Yan (Giezendanner) à Chamonix qui est mon météorologue, sans oublier les personnes qui nous font à manger… Je ne fais que "suivre" les prévisions de Yan, parce que c’est lui qui connaît la fenêtre météo la plus favorable. Évidemment, c’est moi qui mets un pied devant l’autre pour atteindre le sommet. Mais c’est vraiment la complémentarité de chacun des gens autour de vous qui fait que vous y arrivez. C’est une réussite d’équipe.
Avez-vous des nouveaux objectifs ?
S. L. : J’ai des idées, mais je ne dirai rien maintenant, parce qu’il n’y a rien de concret (rires). Déjà, je pars ce week-end en expédition avec des amis, au pied du K2 (le deuxième sommet le plus haut de la planète, estimé à 8611m, ndlr). On ne va pas au sommet, mais on va quand même monter à 5000, 6000 mètres. C’est sympa, ça va être un vrai petit ‘trip’.
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