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Super Bowl: Colin Kaepernick, itinéraire du surdoué des 49ers

Kaepernick, itinéraire d'un surdoué
Par Eurosport

Le 02/02/2013 à 11:31Mis à jour Le 02/02/2013 à 12:14

Remplaçant il y a encore trois mois, Colin Kaepernick a su saisir sa chance. Il sera le quarterback de San Francisco lors du Super Bowl, dimanche.

Il parait que tous les hommes naissent égaux. D'un strict point de vue du droit, c'est vrai, au moins en théorie. Pour le reste… Prenez Colin Kaepernick. Celui qui mènera les destinées de l'attaque de San Francisco dimanche lors du Super Bowl, face à Baltimore, n'est pas né comme vous et moi. Pas même comme la plupart des athlètes de haut niveau qui composent l'élite du football américain. C'est un véritable surdoué du sport. "Il a reçu tous les dons possibles et imaginables", dit de lui son coach, Jim Harbaugh. Pour le bonheur des 49ers, il a choisi le football américain. Mais, aussi incroyable que cela puisse paraître, il aurait pu faire carrière chez les pros en baseball, peut-être même en basket. Pour le baseball, en tout cas, cela ne fait aucun doute. Les Chicago Cubs l'ont d'ailleurs drafté en 2009. "En arrivant à l'Université, il avait le choix entre une bourse à 100 % dans le baseball et dans le football, raconte Augustin Myard, ancien étudiant français de l'Université de Nevada, à Reno, dans la même promotion que Kaepernick. Il pratiquait déjà les deux en High School et il avait des statistiques de fou."

Kaepernick, doté d'un bras de fer et de jambes de feu, va finalement s'orienter vers la NFL. Au printemps 2011, il est drafté au deuxième tour, en 36e position, par San Francisco (au prix d'un trade up, ce qui en dit long sur la cote du joueur auprès de la franchise californienne). Jim Harbaugh vient alors juste d'être nommé entraîneur des 49ers. En réalité, il a Kaepernick dans le viseur depuis un petit moment. C'est son ancien quarterback à l'Université de Stanford, Andrew Luck (numéro un de la draft 2012 et considéré comme la nouvelle star de la NFL), qui l'a mis sur la piste Kaerpernick. Les deux jeunes joueurs se sont rencontrés à la Manning Passing Academy, monté par la famille Manning (Archie, Eli et Peyton) à New Orleans. Luck en est revenu impressionné par Kaepernick. A son retour à Stanford, il fait part de ses impressions à son coach, Jim Harbaugh. Lorsque celui-ci arrive à la tête des Niners, il n'hésite pas.

Harbaugh a joué gros

Pour autant, s'il a assouvi un rêve en intégrant la NFL, Colin Kaepernick, tout surdoué qu'il soit, est loin d'être considéré comme une star en devenir. A Reno, il a certes affolé les compteurs, avec plus de 10 000 yards à la passe et 4 000 à la course. Mais beaucoup de spécialistes jugent qu'il est avant tout le fruit d'un système de jeu, celui de Chris Ault, le head coach du Wolf Pack. Ils doutent que le jeu atypique de Kaepernick, basé presque autant sur la course que sur la passe, puisse faire la transition du jeu universitaire à la NFL. Facteur aggravant pour lui, San Francisco dispose avec Alex Smith d'un quarterback solide. Résultat, pendant un an et demi, Kaepernick patiente. Les 49ers brillent et n'ont pas besoin de lui.

Puis arrive le mois de novembre 2012 et le coup de pouce dont "Kap" avait besoin pour avoir sa chance. Comme Kurt Warner ou Tom Brady avant lui, passés du statut de réservistes à celui de superstars. Alex Smith se blesse. Kaepernick ne va pas la laisser passer cette opportunité. Et lorsque Smith revient de blessure, Harbaugh lui maintient sa confiance. Une décision ô combien risquée pour une équipe candidate au titre, qui n'avait pas besoin d'un pareil saut dans l'inconnu en plein milieu de saison. Même au sein du staff, le doute a plané. "Je pourrais vous dire que je savais qu'il allait tout casser, mais ce n'est pas du tout le cas, avoue Greg Roman, le coordinateur offensif des 49ers. Vous ne pouvez pas savoir ce que va donner quelqu'un tant qu'il n'est pas dans l'arène."

Marino: "Au-delà des victoires, le plus impressionnant, c'est la manière"

Jim Harbaugh, parfaitement conscient d'avoir misé très gros sur ce coup-là, n'a pas eu à regretter son choix. Trois mois plus tard, San Francisco est au Super Bowl. "Il a été fantastique, souligne Harbaugh. Il a passé tous les tests, un par un. Beaucoup de choses ont été dites sur Colin. Comment il allait gérer la pression de son premier match, puis les attentes grandissantes, puis son premier match de playoffs, puis son premier match de playoffs à l'extérieur. Mais à chaque fois, il a répondu, et il a joué de façon fantastique." Kaepernick a effectivement bluffé tout le monde, notamment en playoffs. Face à Green Bay, il a battu le record de yards à la course sur un match pour un quarterback (181 yards). A Atlanta, en finale de conférence, il a évolué dans un registre différent, avec très peu de courses. Dan Marino, l'ancienne légende des Miami Dolphins, considéré comme un des plus grands quarterbacks de l'histoire, n'en revient pas: "Au-delà des victoires, le plus impressionnant, c'est la manière, sa faculté de s'adapter aux situations et à la défense adverse. Il est à la fois véloce, précis et explosif. Bref, il a tout. Maintenant, sa 10e titularisation en carrière, ce sera le Super Bowl. C'est plutôt cool."

L'autre défi, par-delà le terrain, c'était de conquérir le vestiaire. Un challenge tout aussi complexe, plus risqué peut-être encore pour Harbaugh. Si Kaepernick avait échoué sur le terrain, il suffisait de relancer Alex Smith. Mais l'unité du groupe, elle, aurait pu être ruinée. Lorsque le coach a annoncé le maintien de Kaepernick au poste de quarterback malgré le retour de Smith, plusieurs voix se sont élevées au sein de l'effectif, notamment celle du joueur de ligne offensive, Joe Staley, qui avoue avoir eu une explication musclée avec Harbaugh. Pour beaucoup, Smith ne méritait pas de perdre sa place. Il n'avait jamais déçu. Le groupe lui était fidèle. "Ca aurait pu être un vrai problème et un réel danger pour l'équipe", juge Steve Young, l'ancienne vedette des 49ers, qui a connu exactement la même situation que Kaepernick lorsqu'il a remplacé le légendaire Joe Montana dans les années 90.

"Humble, travailleur, généreux et respectueux"

Kaepernick jouait donc doublement gros. Le joueur a su convaincre. L'homme aussi. Pas une surprise pour Augustin Myard. "C'est un gars hyperdoué mais humble, travailleur, généreux et respectueux, confie son ancien camarade. En cours, c'était le gars un peu nonchalant au fond de classe, mais qui savait se faire aimer par les profs parce qu'il n'avait pas la grosse tête et qu'il est loin d'être con." Avec ses coéquipiers aussi, il a donc su se faire apprécier et fédérer. "Le mérite en revient entièrement à Colin, estime Harbaugh. C'est le fruit de sa personnalité, de l'éducation qu'il a reçue." Aujourd'hui, il fait l'unanimité.

Même Alex Smith, qui en a pourtant gros sur la patate, reconnaît les qualités humaines de son successeur, qu'il n'hésite pas à épauler et à conseiller en toutes circonstances. Rien ne semble atteindre Kaepernick. Ni l'invraisemblable pression d'une ville qui n'avait plus goûté au Super Bowl depuis 18 ans. Ni la surmédiatisation dont il fait l'objet. "Il y a trois mois, il n'était personne, rappelle Dan Marino. Aujourd'hui, il est à la Une de tous les magazines. Il y aurait de quoi devenir dingue. Mais il a l'air de tout gérer normalement." L'itinéraire de ce surdoué, improbable sur la forme ces derniers mois, mais sans doute inévitable sur le fond compte tenu de son talent hors normes, l'a amené aux portes de la consécration ultime. Même le Super Bowl ne parait pas trop grand pour lui.

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