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RB Leipzig, ce phénomène qui interpelle le modèle allemand d'Est en Ouest

RB Leipzig, ce phénomène qui interpelle le modèle allemand d'Est en Ouest

Le 18/08/2014 à 11:10Mis à jour Le 18/08/2014 à 13:34

Epouvantail de la 2Liga, le RasenBallsport Leipzig défraie la chronique par ses méthodes, souvent à la limite juridique du modèle allemand. Surtout, il est un pied de nez à une Bundesliga estampillée "RFA" depuis ses débuts et qui n’a pas pris en compte tous les besoins du football de l’ex-Allemagne de l’Est.

Premier ex-æquo de troisième division en 2013-2014, deuxième au départage, le club du mécène autrichien Dietrich Mateschitz a fait une entrée fracassante chez nos amis teutons. En investissant pour près de 15 millions d’euros sur le marché des transferts, et ce n’est pas fini, le RB Leipzig réveille la vielle 2Liga et inquiète sportivement certains pensionnaires censés lutter pour la montée comme les Traditionsvereine Nuremberg, Kaiserslautern ou bien encore Düsseldorf. Mieux ! Il questionne directement le football allemand dans son ensemble. Ce dernier n’a pas voulu diagnostiquer correctement ce qui se passe à l’Est. L’ex-RDA a donc trouvé refuge dans un humus économique plus proche de la vision d’un autre Österreicher, Friedrich Hayek, que de celle de l’Allemand Karl Marx.

Entre "Ostalgie"…

Evidemment, le football de l’ex-Allemagne de l’Est n’est pas mort. Moribond, oui. Dépassé ? A voir. Il suffit simplement de se rappeler l’embellie de la saison 2011-2012, où 5 clubs marqués "ex-RDA" entamaient le championnat de seconde division, dont deux promus, le Hansa Rostock et le Dynamo Dresde, justifiant l’axiome de l’époque : "ça va venir". Malheureusement, les clubs cités ne font plus partie de l’élite et sont plus souvent présents dans la rubrique "faits divers" des journaux. Le SGD étant interdit de participer à la coupe d’Allemagne en 2013-2014 à cause de ses "supporters".

Les joueurs de Leipzig et leurs supporters

Les joueurs de Leipzig et leurs supportersImago

…et libéralisme à marche forcée

C’est dans ce marasme sportif et économique que la fameuse boisson énergisante Red Bull a décidé de faire ses emplettes et de devenir le fer de lance, la nouvelle "Lokomotive" de l’Est. Mais le RB Leipzig, créé officiellement en 2009, n’a rien à voir avec le club qui élimina les Girondins de Bordeaux en demi-finale de la Coupe des Coupes en 1987 ! C’est d’ailleurs toute la force du marketing de la société de "faire croire. "Ca ressemble à l’alcool, c’est doré comme l’alcool…mais ce n’est pas de l’alcool", nous rappelle un bon vieux slogan de Canada Dry ! Les couleurs de la marque remplacent les oripeaux originaux. Et le libéralisme, comme le rappellent certains historiens, a cette faculté d’effacer, d’engloutir le passé. Pour un monde meilleur ?

Et cela fonctionne à plein gaz ! 5 rencontres de 3Liga, l’année dernière, ont eu lieu devant plus de 20000 personnes, avec deux pics contre Saarbrücken (43000) et Darmstadt (39000). Bien entendu, l’enceinte s’appelle la Red Bull Arena et Mateschitz a sauté sur l’occasion pour obtenir la concession d’un stade orchestré pour la coupe du Monde 2006 en Allemagne. Les polémiques sont toujours d’actualité, à tel point que l’obtention de la super-licence professionnelle ne fut pas une mince affaire après la découverte par la DFB de pratiques contraires à la règle du "50+1", celle qui régit encore et toujours le football d’outre-Rhin. Un consensus semble avoir été trouvé. RB a eu chaud mais est bien "borderline". Même le FC Bayern s’en est mêlé dernièrement en se posant la question de savoir, via son Président Karl-Heinz Rummenigge, si "le nouveau riche de l’Est" respectait le FPF. Le club munichois a-t-il déjà peur de ce prochain opposant ? Sans parler des transferts de joueurs entre clubs ayant le même propriétaire, Leipzig et Salzburg.

"A l’Est, ils n’ont qu’à mieux travailler"

C’est ainsi que me répondait l’un des responsables de la fédération allemande, il y a quelques années, lorsque je l’interrogeais sur l’absence des clubs de l’ex-RDA en Bundesliga. Mon interlocuteur de l’époque me citait l’exemple de Fribourg, de Mayence et que ces Vereine devaient devenir les modèles de développement à suivre afin d’intégrer à plus ou moins long terme l’élite du football germanique.

Cette phrase, que certains trouveront à juste titre méprisante, est typique de la situation post-réunification. L’Ouest avait triomphé idéologiquement, l’Est ne pouvait que se soumettre. Passons aussi rapidement sur la notion de "petits frères", ce concept de sensiblerie qui s’est rapidement écrasé sur le défunt mur au vu de la facture à payer par l’ex-RFA pour mettre aux normes capitalistiques, l’ex-RDA.

Dans cette réflexion, tout le monde semble oublier qu’environ un quart du chiffre d’affaires du football professionnel de la Bundesliga provient des entreprises, le plus souvent sous forme de sponsoring. Or, la réunification n’a pas permis d’équilibrer les revenus par habitant. Pour simplifier, il n’y a toujours pas de travail à l’est d’Eden et le niveau de vie en Allemagne est toujours très disparate. Les grandes entreprises n’ont pas passé la frontière, même virtuelle. Les clubs de la "DDR" ne bénéficient donc pas du même soutien financier que ceux de la "BRD". Red Bull en a profité et s’est engouffré dans la brèche. Le temps où un Allemand sur six n’avait pas de représentant pour la course au Meisterschale est bientôt révolu. Reste à définir si le nouveau club de Leipzig est du cépage local ou plutôt une extension du domaine de la lutte globalisée ?

Le débat risque de ne pas se terminer de sitôt. Les "Roten Bullen" ont déjà reçu une équipe de Bundesliga en Coupe d’Allemagne, celle du récent promu le SC Paderborn, afin de se jauger. La semaine dernière, l’équipe emmenée par Alexander Zorniger avait étrillé 3-0 le Munich 1860 à l’Allianz Arena, pourtant un bel outsider pour la montée. A dessein, je n’ai pas parlé du sportif dans ce billet. L’arrivée de la fameuse boisson énergisante sur le marché du ballon rond interpelle surtout le football allemand quant à son modèle, ses structures et son avenir. Lui qui parle si souvent des traditions.

Dietrich Mateschitz

Dietrich MateschitzGetty Images

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