"L'AS Roma est très fière de l’ouverture de sa première académie à New York et en Amérique du Nord" a annoncé le club romain il y a tout juste un mois. Installé à Yonkers à 20 kilomètres au nord de Manhattan, l’AS Roma a rejoint la longue liste des clubs européens déjà présents dans la Big Apple comme la Juventus, le FC Barcelone, Valence ou encore le Paris Saint-Germain. L’ancienne star du FC Barcelone puis du New York City FC David Villa a également lancé son propre parcours de formation en 2017, la DV7 Academy, avant que la FFF le rejoigne en 2019 devenant ainsi la première fédération nationale à ouvrir ce type de structure dans le monde.

Une ville où l'on paie cher pour jouer au foot

Les académies américaines accueillent des jeunes de 5 à 17 ans avec des programmes adaptés à tous les niveaux. Il y a les "after school" pour une première initiation au ballon après l’école, les "camps" ou stages de foot organisés sur plusieurs jours, et les « travel teams » pour une pratique plus intensive avec entraînements et matches toutes les semaines. Certaines académies comme celles du New York City FC et des New York Red Bulls proposent des parcours plus poussés de préformation (-13 ans) et de formation (-15 et -17 ans) pour les futurs professionnels.
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"La grosse différence avec la France, c’est que la pratique coûte très cher ici", explique Zohair Ghenania, directeur de la FFF Academy à New York. "En France, la majorité des structures sont publiques et souvent gratuites, avec des coaches bénévoles ou en contrats aidés par l’État. À New York il faut tout payer : la location des terrains, les coaches, les arbitres et le transport des jeunes". Au pays du capitalisme, les services publics fonctionnent souvent en grande autonomie avec peu d’aide de l’État, qui en confie même parfois la gestion à des entreprises privées. Une vraie différence culturelle. "La pratique ici repose sur le principe du Pay to Play (payer pour jouer, ndlr), que vous souhaitiez organiser un match avec des amis ou inscrire vos enfants dans une académie", résume Zohair Ghenania.

Une école de football à New York

Crédit: Eurosport

Comptez par exemple entre 4000 et 4300$ pour inscrire votre chérubin dans une « travel team » à la Juventus Academy, ou 500$ pour un stage de 5 jours avec la PSG Academy. Des prix 10 à 20 fois supérieurs à la France. "Il y a tellement de frais à prévoir qu’on ne fait pas ça pour l’argent, à part ceux qui font beaucoup de volume", commente Zohair Ghenania, passé par la formation des jeunes au FC Lorient et installé à New York depuis 15 ans.
Il n’empêche que ces académies attirent de plus en plus d’entrepreneurs à New York, qui négocient avec des grands clubs européens pour utiliser leur marque sur place en échange d’un pourcentage sur leur chiffre d’affaires. Un système de franchise insolite puisque le Barça, le PSG, ou l’AS Roma n’investissent pas un seul centime sur place.
"Bien sûr que c’est un business et une opportunité de carrière pour moi", admet Giovanni Russo, fondateur de la Juventus Academy à New York en 2016. "La Juventus m’a choisi pour mes compétences en matière d’entreprenariat mais aussi de football. Il a fallu leur présenter un dossier solide en justifiant le choix des infrastructures, des coaches, etc. Et ils sont encore aujourd’hui très présents en se déplaçant tous les deux mois pour superviser mon activité", détaille l’Italien qui accueille environ 200 jeunes par semaine à New York.
Du côté de la FFF Academy, l’objectif est "d’exporter l’excellence du système de formation à la française, en formant des joueurs mais aussi des coaches", expliquait le directeur marketing de la FFF François Vasseur au moment du lancement en juillet 2019. "Le pilotage technique est pris en charge par Jean-Claude Lafargue, directeur de l’INF Clairefontaine, qui suit de près le développement de l’académie et se déplace régulièrement à New York", ajoute Zohair Ghenania, qui explique que la FFF Academy poursuit également des objectifs sociaux, en ouvrant ses portes gratuitement ou à prix réduits à certains jeunes issus de quartiers défavorisés.

Une opportunité de développer sa marque

Commentateur de la première Coupe du monde sur le sol américain en 1994, Christian Jeanpierre est revenu à New York en 2019 et a été impressionné par l’engouement grandissant et le développement des infrastructures de foot dans la ville. L’ex-journaliste de TF1 a décidé d’en publier un livre, "2026, l’année où le football deviendra américain", en référence à la Coupe du monde 2026 prévue entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. "C’est vrai que le football se développe exponentiellement aux États-Unis et particulièrement à New York", constate Giovanni Russo. "Les grands clubs européens ont compris qu’ils devaient être présents sur ce marché à fort potentiel".
"Si tu t’appelles le FC Barcelone ou le PSG, tu ne vas pas chercher à développer ta marque en Europe. Leur objectif numéro un est de se développer à l’international, dans des marchés émergents comme l’Inde, l’Asie et les États-Unis", ajoute Zohair Ghenania, qui était à la tête de la PSG Academy à New York avant de rejoindre la FFF. "Lorsqu’un enfant de six ans joue au foot à New York avec un maillot du PSG sur le dos, il restera fan du club 40 ans plus tard".

Une école de football à New York

Crédit: Eurosport

La pratique du "soccer" plaît également à de plus en plus de familles américaines pour son esprit collectif, dépense d’énergie, et prise de risque limitée. "On voit des familles nous confier leur enfant en nous disant que le football américain est un sport trop violent, ou que le baseball n’exige pas assez d’effort physique", raconte Zohair Ghenania. "Ils nous disent que le football est un sport plus sûr", acquiesce Giovanni Russo.

Trouver les futures stars du ballon rond

Les deux directeurs d’académie s’accordent aussi pour dire que le niveau de jeu à New York ne cesse de progresser. "Ça fait plusieurs années que c’est le cas, avec beaucoup de très bons jeunes et l’élévation du niveau des compétitions", affirme Zohair Ghenania. Le développement des structures et cette progression du niveau de jeu attirent les convoitises.
La ville est devenue un lieu de "scouting" pour les recruteurs de clubs professionnels qui espèrent y trouver les stars de demain. À titre d’exemple, l’attaquant américain de Lille Timothy Weah est passé par la Red Bulls Academy à l’âge de 13 ans avant de rejoindre le PSG, tout comme Giovanni Reyna formé à l’académie du NYC FC entre 2015 et 2019 avant d’aller à Dortmund.

Timothy Weah of Lille OSC celebrates 1-0 during the UEFA Europa League match between Lille OSC and Ajax Amsterdam at Pierre Mauroy Stadium on February 18, 2021 in Lille

Crédit: Getty Images

Les jeunes footballeurs y évoluent dans un environnement de plus en plus professionnel, sous l’impulsion de la MLS qui investit énormément dans la jeunesse à New York mais aussi dans tout le pays. « Un switch culturel s’est opéré aux États-Unis. La MLS a compris que le football est un sport mondial dont les meilleures références en matière de formation se trouvent en Europe », explique Frédéric Lipka, directeur technique du développement des jeunes pour la MLS. Le Français, ancien directeur du centre de formation du Havre, a été recruté en 2013 par la ligue américaine pour son savoir-faire en formation. "Nous avons lancé notre propre parcours académique, MLS Next, dans lequel sont engagées 113 académies de U13 à U19, soit plus de 10 000 joueurs à travers l’Amérique du Nord".
L’objectif à terme ? Développer des joueurs capables d’évoluer en équipe première mais aussi des futurs cracks à vendre en Europe. "Le but est de développer de meilleurs joueurs sur le terrain mais aussi d’en sortir plus régulièrement, pour les intégrer dans une politique sportive de retour sur investissement".
Tous ces acteurs locaux et nationaux attendent avec impatience la Coupe du monde 2026, qui pourrait définitivement faire basculer les États-Unis vers le football. « C’est le seul sport à l’aura mondiale qui peut s’imposer ici dans les prochaines années. Nous sommes dans un pays aussi grand que l’Europe dont le potentiel est supérieur à la France ou même à l’Angleterre » estime Frédéric Lipka. "Tout va dépendre du niveau de l’équipe américaine", tempère Zohair Ghenania. "Il faut que cette nouvelle génération talentueuse fasse un bon résultat à la Coupe du monde 2022, et un encore meilleur parcours en 2026".

Une école de football à New York

Crédit: Eurosport

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