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Avec le Clasico de Monterrey, Gignac a découvert une autre facette du Mexique
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Publié 21/09/2015 à 11:01 GMT+2
Samedi, André-Pierre Gignac a disputé son premier Clasico regiomontano. En "VF", le derby de Monterrey, qui oppose les Tigres aux Rayados. Les Tigres l'ont emporté et APG a marqué. Retour sur le match, mais surtout, sur les ressorts d'une rivalité caliente, qui absorbe l'attention de la troisième ville du Mexique.
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Un instant d'ivresse sous la pluie. A la 63e minute, André-Pierre Gignac a inscrit le but qui a permis aux Tigres de prendre les devants dans le Clasico Regiomontano. Le Volcan, surnom du stade du club félin, a alors chaviré, et le Français a exulté, avant d'aller célébrer sa réalisation avec le banc de touche, son rituel de goleador depuis son arrivée au Mexique. Pour APG, qui s'est blessé à la cheville en fin de match, il s'agissait de son septième but en sept apparitions en championnat. Son but le plus important, au moins symboliquement, pour les fans des Tigres, puisque la suprématie de la ville était en jeu, samedi soir, à Monterrey. Le club félin a dominé les Rayados (3-1), son rival local, et signé ainsi son cinquième succès de rang, après une entame de championnat laborieuse.
Cette semaine, Monterrey n'a vécu que pour le 105e Clasico de son histoire. On s'est chambré entre collègues, on a pris les paris, et on a planifié l'asado (barbecue) devant lequel on regarderait le match. Pour tuer l'attente, la lecture de la presse a évidemment offert sa dose de petites phrases, interviews des vieilles gloires de chaque équipe, ou statistiques. Multimedios Deportes s'était ainsi penché sur la réussite d'André-Pierre Gignac lors du Clasico français. De son étude chiffrée, le site de Monterrey a conclu que l'ex-Marseillais se montrait efficace face au PSG, avec quatre buts inscrits en neuf matches, mais qu'il ne gagnait jamais : huit défaites et un nul entre 2010 et 2015. La comparaison avec PSG-OM s'avère toutefois trompeuse, puisque si plus une âme ne traîne dans les rues de Monterrey lors des affrontements entre Tigres et Rayados, le reste du pays suit l'opposition avec distance.
Le défilé des barras
Au Mexique, le Clasico national oppose les Chivas Guadalajara, club phare de la deuxième ville du pays, à l'América, le puissant club de Mexico. Le Clasico regiomontano entrerait, lui, davantage dans la catégorie des Roma-Lazio, Betis-FC Séville, ou Liverpool–Everton. Une rivalité qui divise une ville, mais pas tout un pays. A peine arrivé à Monterrey, André-Pierre Gignac avait pu mesurer la dimension de la rivalité des deux clubs quand il avait indiqué sur son profil Twitter que son sang était "blanc et bleu", les couleurs des Rayados. Objet de railleries, APG avait ensuite précisé qu'il s'agissait des couleurs de l'OM, "pas celles des Rayados".
Samedi soir, les festivités ont débuté près de deux heures avant le coup d'envoi, quand les deux principales barras, les groupes ultras, ont donné le coup d'envoi de leurs "caravanas", ces cortèges euphoriques qui se fraient un chemin bruyant jusqu'aux portes du stade
Une démonstration de leurs forces et de leur foi respectives. Taquine, la Adicción, la barra des Rayados, avait confectionné une immense gallina -poule, en français- le surnom de River Plate, le club qui a dominé les Tigres en finale de la Copa Libertadores, début août. Mais au coup de sifflet final, ce sont bien les Libres y Lokos, la barra des Tigres, qui ont eu le dernier mot. Lors de ce Clasico, l'indéniable ferveur n'a toutefois débouché sur aucun incident notable. Habituel pour une ville où l'ambiance des Clasicos n'a rien de celle, parfois oppressante, qui peut régner lors de certains derbys européens.
Fans des deux clubs peuvent ainsi se présenter bras dessus bras dessous au stade, et s'asseoir côte à côte sans crainte. "En Argentine, l'intensité avec laquelle se vit un Clasico fait que le respect peut être laissé de côté et la violence être présente, avait déclaré, mardi, le gardien des Tigres, Nahuel Guzman, doublure de Sergio Romero en sélection, mais ici il y a beaucoup de respect, même si dès ton premier jour à Monterrey on te parle de ce match." Certains fans des Rayados s'étaient d'ailleurs montrés admiratifs quand leurs rivaux avaient annoncé le recrutement d'André-Pierre Gignac.
Cemex versus FEMSA
A Monterrey, la ville mexicaine où le football se vit le plus passionnément, tous les matches se déroulent à guichets fermés. Alors que les Rayados viennent d'inaugurer, en août, une enceinte rutilante de 51 000 places, l'ensemble des sièges pour la saison a ainsi déjà été vendu. Face à la quasi-impossibilité de se procurer des billets, la vente au marché noir a évidemment battu son plein pour le Clasico. Avoir le privilège d'être l'un des 42 000 spectateurs du Volcan pouvait ainsi coûter entre 80 et 180 euros, dans une agglomération de quatre millions d'habitants réputée pour son niveau de vie largement supérieur à la moyenne nationale. Le Clasico regiomontano oppose d'ailleurs deux clubs prospères. Tigres est adossé aux millions de la multinationale des matériaux de construction, Cemex, tandis que les Rayados s'appuient sur les finances prospères de FEMSA, géant de la brasserie et de la distribution de boisson en Amérique latine. Les joueurs aux CV les mieux remplis des deux clubs touchent des salaires dépassant les 100 000 euros mensuels.
Si les Tigres ont évidemment frappé un grand coup en recrutant un international français comme Gignac, les Rayados ont, pour leur part, su séduire l'ex-Napolitain, Walter Gargano, capitaine samedi. Les Bleu et Blanc viennent aussi de rapatrier l'international argentin, José María Basanta, titulaire lors de la demi-finale du dernier Mondial, et qui évoluait à la Fiorentina. Des noms qui s'ajoutent à ceux des internationaux colombiens, Edwin Cardona, milieu de terrain promis à l'Europe, et Dorlan Pabón, ex-attaquant du Betis Séville et du FC Valence. "Le Clasico de Monterrey est un match spécial, qui te marque", avait déclaré l'an dernier, l'ex-Lyonnais, César Delgado, lui aussi passé par les Rayados, de la mi-2011 à fin 2014.
Traditionnellement, les Tigres sont considérés comme l'équipe du peuple. Car le club a été fondé en 1970 au sein de l'université autonome du Nuevo León (UANL), établissement public dont les Tigres UANL portent encore les couleurs. Les Rayados ont, pour leur part, longtemps été perçus comme le club de l'élite, et recrutent nombre de leurs fans au sein de l'université privée du "TEC". Mais avec les années, les frontières sociologiques se sont brouillées, et les Rayados, le club qui accumule le plus de succès (quatre championnats, une Coupe du Mexique, et trois Ligue des champions de la CONCACAF), comptent désormais sur un support certain au sein des quartiers populaires de l'agglomération. Quoiqu'il en soit, la rivalité entre les deux clubs de la troisième ville du Mexique a été le moteur du gain de popularité du football, désormais sport numéro un dans une région aussi éprise de sports américains : base-ball et foot US, avant tout. Monterrey se situe à moins de trois heures de route des Etats-Unis, où les Tigres recrutent même des supporters, comme l'acteur comique, Rob Schneider, qui a d'ailleurs envoyé un tweet, samedi soir, pour demander à Gignac et consorts de l'emporter.
Comme partout dans le monde, un clasico est imperméable aux vicissitudes du présent. Malgré leur effectif rondelet, les Rayados se présentaient ainsi en onzième du classement, face à des Tigres, cinquièmes de la LigaMX, nom du championnat mexicain. Loin d'être un sommet du championnat donc, mais samedi, les deux équipes ont livré un match de bonne facture, d'une qualité technique certaine, même si la rigueur des défenses n'est pas celle de la Ligue 1. Avant André-Pierre Gignac, quelques avant-centres de renoms avaient disputé le clasico regiomontano. Ce fut notamment le cas du Bulgare, Emil Kostadinov, qui avait inscrit un doublé en 1997, même si son passage chez les Tigres n'avait pas laissé un souvenir impérissable.
Bien avant, la légende portugaise, Eusebio, avait officié aux Rayados, en 1974, mais son genou ne lui permettait plus d'enchaîner les matches. Plus proche de nous, en 2006, Sébastian Abreu, alors sous le maillot des Rayados, avait déjà fait le coup de la Panenka lors d'un clasico, le même qui le rendra célèbre mondialement pour avoir donné la qualification par l'Uruguay face au Ghana en quart de finale du Mondial 2010. Le but inscrit samedi par Gignac, déjà devenu une véritable idole pour une moitié de Monterrey, marquera indéniablement l'histoire du bouillant clasico regiomontano.
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