Ils pourront dire ce qu'ils veulent. Relativiser. Atténuer la portée de l'évènement comme pour mieux en atténuer le stress. Rien n'y fera. Vendredi et mardi, l'équipe de France va jouer beaucoup plus que deux parties de football. Elle met sur la table l'avenir d'une génération. Une Coupe du monde, à l'échelle d'une carrière, est un moment rare. Donc précieux. Le rater, c'est en prendre pour quatre ans. De grandes figures du football français, comme Eric Cantona par exemple, ont tout perdu sur un match. Dans le cas de Canto, c'était la Bulgarie, en novembre 1993. Il n'a jamais joué le Mondial. Trop jeune en 1986, il aurait pu être au sommet de son expression en 1990 et 1994, mais ce furent les deux seules absences des Bleus depuis 35 ans.
Dans le cas de la génération présente, l'enjeu est d'autant plus fort que le dernier opus, en Afrique du Sud, a viré à la catastrophe absolue. Une cicatrice presque plus profonde que celle générée par une non-qualification. Dans la foulée, ne pas traverser l'Atlantique en 2014 serait terrible. Qu'ils le disent ou non, qu'ils le veuillent ou non, les Français vont donc non seulement devoir gérer au mieux deux matches potentiellement compliqués, mais ils vont aussi, surtout, devoir appréhender un des moments les plus cruciaux, pour beaucoup, de leur carrière internationale. En gros, montrer qu'ils en ont dans les pieds, mais aussi dans la tête, le ventre et le coeur.

2013 France Benzema Deschamps

Crédit: AFP

Qualif. Coupe du monde 2014
La peur, le vrai danger qui guette les Bleus
14/11/2013 À 08:28
"L'enjeu, ils le connaissent tous"
Le rôle de Didier Deschamps, qui a tout vu, tout connu en sélection, aura-t-il pour autant été très différent de d'habitude? Lui s'en défend. "Je n'axe pas spécialement mon discours par rapport à l'enjeu, note-t-il. L'enjeu, ils le connaissent tous. J'essaie de me focaliser sur le terrain.". Reste que jamais, depuis sa prise de fonctions, les Bleus n'ont eu à jouer au bord du précipice. Le dernier exemple en date remonte à l'automne 2009, face à l'Eire. Une "référence", donc, même si, comme le souligne Hugo Lloris, ce sont "deux matches, deux histoires différentes". Mais un point commun: au-delà des aspects tactiques et techniques, il faudra que ce groupe soit apte à canaliser la tension pour mieux libérer son énergie le Jour J.
Même s'il a dû répéter cinq ou six fois cette semaine qu'il n'y avait pas de "danger, de peur ou de tension", Deschamps est apparu de son côté agacé, ironique, parfois cinglant lors des deux conférences de presse d'avant-match, lundi à Clairefontaine et jeudi à Kiev. Il y avait presque des accents "domenechiens" dans certaines de ses saillies. Mais ses joueurs, eux, doivent être épargnés par ce climat. Tel est le credo du patron des Bleus. "Ils n'ont pas à être nerveux, assure-t-il. Le rendez-vous, il est vendredi, à 21h45 (heure de Kiev). Ca ne sert à rien d'être dans le stress avant". Difficile de le contredire mais il ne suffit pas toujours de savoir les choses pour les mettre en pratique. Pourtant, DD se veut confiant. "Il y a beaucoup de joueurs, presque tous d'ailleurs, qui ont l'habitude de jouer de trèsgrands matches avec beaucoup d'enjeu", rappelle-t-il.

Deschamps Brasil France 2013

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"Oui, ce sont des matches spéciaux"
Là encore, il dit vrai, mais en tant que groupe, cette équipe-là ne possède pas encore énormément de références. Jouer à quitte ou double une chance de vivre une Coupe du monde, même pour des joueurs rompus aux joutes du haut niveau, c'est spécial. Différent, en tout cas, d'un grand choc dans un grand championnat et même qu'un grand match de Ligue des champions. Pas forcément plus important, mais tellement particulier. Il n'y aurait rien de pire pour les Bleus que de rater le Mondial faute d'avoir su gérer la spécificité de ce double rendez-vous. "Oui, ce sont des matches spéciaux, concède finalement Deschamps. Le pire, ce serait de ne pas répondre présent sur le terrain. Mais ça, je ne l'imagine pas", se convainc-t-il, même s'il admet que "le risque zéro n'existe pas dans le football."
Deschamps n'ignore rien de ce qui se prépare. Mais s'il n'en rajoute pas sur le sujet, c'est aussi parce qu'il sait qu'au fond, ça ne sert à rien. Le discours ne résistera pas à l'épreuve du terrain, là où les caractères se révèlent. Le sélectionneur cherche surtout à ne pas communiquer une quelconque tension à ses hommes. "Si je demande à mes joueurs d'être calmes, détendus et que j'ai des gouttes de sueur qui coulent du front, je ne pense pas qu'ils vont me croire." Il semble en être convaincu: ne pas dramatiser, c'est encore la meilleure façon d'éviter le drame.