Barrage Coupe du monde 2026 I RD Congo - Jamaïque I Narcos, hélico et crise de l’eau : le Mondial débute à Guadalajara

Eurosport sur Google

Guadalajara n’est plus la ville qui fait briller les yeux des fans des Bleus de Michel Platini, vainqueurs du Brésil en 1986. Désormais associée, à l’international, au narcotrafic, elle va pourtant accueillir le Mondial pour la troisième fois. Dans la nuit de mardi et mercredi, un barrage entre la République Démocratique du Congo et la Jamaïque va même s’y disputer. Dans une ambiance apaisée ?

En Italie, la grande frousse : "On a peur que le karma se charge de nous"

Video credit: Eurosport

(Par Thomas Goubin)
Guadalajara enchaîne les crises. Le 22 février, la troisième agglomération du Mexique a fait la une de la presse mondiale après la mort d’El Mencho, le capo du Cartel Jalisco Nueva Generación, abattu par les autorités. Epicentre de la réplique des petites mains d’une des organisations criminelles les plus puissantes de la planète, Guadalajara a alors vu ses rues prendre littéralement feu -voitures, bus et magasins brûlés-, et ses habitants se réfugier dans l’intimité de leurs domiciles.
En quelques heures, l’agglomération de 5,5 millions d’habitants s’était transformée en ville morte. C’était le signe que les tapatíos (habitants de Guadalajara) craignaient davantage les narcos qu’ils croyaient en la capacité de l’Etat à les protéger, lui-même lucide sur ses limites. Le lendemain de la mort du capo, les établissements scolaires de la ville étaient restés clos. 
Est-ce la même ville dont on parle où près de 40 000 personnes ont accouru pour assister, jeudi dernier, à un pré-barrage pour la Coupe du Monde entre la Nouvelle-Calédonie et la Jamaïque ? L’affiche ne pouvait être plus modeste, mais la foule n’a pas boudé son plaisir, pas avare en "ola", ce mode de célébration popularisé il y a quarante ans par le public mexicain, lors du Mondial 86. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, était aussi présent.
C’était un avant-goût de Coupe du Monde, avant que la sélection colombienne ne vienne prendre ses quartiers dans la troisième ville du pays. Avant que le Mexique ne fasse, pour la première fois, une infidélité à l’estadio Azteca de Mexico, pour y disputer un match de Coupe du Monde, face à la Corée du sud (18 juin). Avant qu’Espagne et Uruguay ne s’y affrontent (26 juin), pour l’une des grandes affiches du premier tour. Quatre matches, au total.

Une eau trouble, orangée à noire

Dans la nuit de mardi à mercredi, heure française, une foule tout aussi nombreuse et enthousiaste est attendue pour voir la République Démocratique du Congo et la Jamaïque se disputer un des derniers sésames pour le Mondial. "Il faut dire que les billets ne sont vraiment pas chers (entre 10 et 15 euros), relativise Omar Fares Parra, journaliste pour le quotidien local, Mural, comme c’était le cas quand les légendes du Barça et du Real Madrid sont venues jouer un match de gala (le 3 mars), même s’il existait une préoccupation de Figo et consorts pour leur sécurité, mais Fernando Hierro (directeur sportif des Chivas Guadalajara, de 2022 à 2024) les a rassurés." Pendant le match, un hélicoptère survolait tout de même constamment le moderne stade Akron aux 49 000 places (qui sera renommé "estadio Guadalajara" pendant la Coupe du Monde).
Pour le dernier match de barrage, le dispositif de sécurité sera à nouveau imposant, mais la plus vive inquiétude, ces derniers jours, pour les habitants de Guadalajara, se situe sur un autre terrain. Elle provient de la couleur du liquide qui sort de leurs robinets depuis plusieurs semaines. Trouble, orangée à noire, parfois malodorante ou contenant des matières fécales (selon certaines analyses réalisées), une partie de la ville a vu son quotidien bouleversé par cette crise de l’eau.
picture

"Moi, je la situe tout en haut" : l'Angleterre est-elle favorite ?

Video credit: Eurosport

Comme partout au Mexique, elle n’est pas potable, mais depuis trois semaines environ, une partie de la population de la capitale de l’état de Jalisco en est réduite à se baigner avec de l’eau embouteillée ou de désinfecter celle qui sort de ses robinets. En cause, une infrastructure obsolète et des rejets industriels sauvages. Quatre jours avant Nouvelle-Calédonie-Jamaïque, des habitants s’étaient d’ailleurs réunis sous le compte à rebours du Mondial installé dans le centre de Guadalajara, pour demander "plus d’eau et moins de Mondial".

La ville des disparus

Quoi qu’il en soit, les autorités, les organisateurs, promettent une ambiance de fête à Guadalajara, une ville à la riche histoire mondialiste. En 1970, c’est là où Pelé avait émerveillé l’estadio Jalisco d’entrée de jeu par sa tentative de lob depuis le milieu de terrain face à la Tchécoslovaquie, avant son but de la tête arrêté par Gordon Banks, ou son grand pont d’illusionniste, en demi-finale, sur le gardien uruguayen Mazurkiewicz.
Pour le supporter français, le nom de cette ville, berceau du Mariachi, reste surtout associé à un moment ensoleillé de l’histoire des Bleus : ce 21 juin 1986, jour de début d’été, de fête de la musique, d’anniversaire de Michel Platini, où l’équipe de France avait sorti le Brésil de Socrates et Zico en quart de finale, à l’estadio Jalisco, désormais trop vétuste pour accueillir un Mondial.
picture

Qui seront les élus ? Nos 26 pour la Coupe du monde

Video credit: Eurosport

En 1986, Guadalajara était déjà un fief des plus puissants narco, mais l’activité du crime organisé, ses luttes intestines, n’endeuillait pas au quotidien le Mexique, n’éplorait pas tant de familles. Aujourd’hui, l’état de Jalisco est celui qui déplore le plus de disparus. Plus de 16 000, selon le registre étatique. De jeunes hommes pour la plupart, enrôlés de force par les cartels, ou de jeunes filles, certaines victimes de traite des blanches. Comment une Coupe du Monde peut-elle se dérouler dans un tel environnement ? La question mérite d’être posée, surtout vu de France, où il peut être difficile de concevoir les diverses réalités qui cohabitent au Mexique.
La ville des disparus -leurs portraits s’affichent sur un grand monument- est ainsi aussi une agglomération globalisée, où de nombreuses multinationales ont investi (Tesla, Intel, HP…) et à la vie nocturne trépidante. "Host city officer" de Guadalajara, Monserrat Hidalgo a d’ailleurs garanti "la sécurité" aux près trois millions de touristes attendus dans la région pendant la Coupe du Monde.  "Des inquiétudes peuvent exister, conclut Omar Fares Parra, mais l’état du pays était déjà similaire à celui d’aujourd’hui quand le Mexique a été désigné, en 2018, comme pays co-organisateur."
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Plus de détails
Publicité
Publicité