Nouvelle-Calédonie : les Cagous au Mexique pour un exploit
Mis à jour 26/03/2026 à 23:23 GMT+1
Ce 26 mars à Guadalajara, la Nouvelle-Calédonie affronte la Jamaïque en demi-finale des barrages intercontinentaux, et dont le vainqueur sera opposé à la RD Congo, le 31. Les Cagous, 150e au classement FIFA, ont débarqué au Mexique avec un statut d’outsider qui leur convient très bien.
L'équipe de Nouvelle-Calédonie lors des qualifications pour la Coupe du monde 2026
Crédit: Getty Images
Il y a presque un an jour pour jour, le 24 mars 2025, la Nouvelle-Zélande se qualifiait pour la Coupe du monde 2026 en battant la Nouvelle-Calédonie à Auckland (3-0), obligeant les Cagous à disputer les barrages intercontinentaux pour envisager une participation à la phase finale. Jeudi, à l’Estadio Akron, situé à Zapopan, juste à côté de Guadalajara, les Néo-calédoniens évolueront dans une enceinte de 50 000 places où ils pourraient revenir le 23 juin prochain pour y défier la Colombie lors du Mondial. À condition d’écarter d’abord les Reggae Boyz, puis la République Démocratique du Congo le 31 mars.
Avec Fulgini à Guadalajara
Un double exploit que les Cagous savent peu probable, en raison de la différence de niveau supposée avec les Jamaïcains et les Léopards, mais l’essentiel est ailleurs. "Personne ne dira rien si nous sommes éliminés ! La Jamaïque et le RD Congo n’ont que des joueurs professionnels qui évoluent pour certains dans les meilleurs championnats européens, alors que de notre côté, il y a majoritairement des amateurs", rappelle le capitaine César Zéoula (36 ans), milieu de terrain de Chauvigny (National 3) et qui compte une centaine de matches en Ligue 2 avec Laval.
"On a peut-être 20 % de chances de se qualifier contre la Jamaïque. Et si on passe, ce sera 5 ou 10 % contre la RDC, qui semble encore plus forte. Mais peu importe. On va jouer ce premier match à fond, en croyant en nos possibilités de créer un exploit", ajoute le défenseur Morgan Mathelon (34 ans), joueur de l’AS Tiga Sport et professeur d’Education physique. La sélection d’Océanie pourra toutefois compter sur la présence du milieu de terrain d’Al-Taawoun (Arabie saoudite, prêté par Lens) Angelo Fulgini (29 ans), qui a pu changer de nationalité sportive, puisque sa mère est originaire de Nouvelle-Calédonie.
Trois matches en un an
Depuis le match perdu face aux All Whites néo-zélandais, les occasions de se retrouver ont été rares pour les Cagous. Johann Sidaner, leur sélectionneur, n’a pas eu besoin de trop sonder sa mémoire pour en faire le détail. "Il y a eu un match contre le U20 en juin à Nouméa (4-0), la victoire à Gibraltar en octobre (2-0) et un petit regroupement début janvier et un succès contre Vertou (N3) où plusieurs de mes internationaux évoluent (3-1). On devait aussi disputer un tournoi en Papouasie-Nouvelle-Guinée en novembre, mais cela coûtait trop cher, notamment pour faire venir les joueurs d’Europe. Et comme la fédération n’a pas beaucoup d’argent, on a dû annuler. Nous aimerions faire plus de matches, mais ce n’est jamais simple avec l’éloignement et les frais que cela engage."
Le technicien français, nommé en 2022, s’est installé à Nouméa, où il assiste aux matches du championnat local tout en suivant de très près ses expatriés, à qui il demande "chaque semaine" sur un logiciel des informations afin qu’il puisse suivre à distance le travail effectué avec leur club, à l’entraînement comme en match.
La Nouvelle-Calédonie s’appuie donc sur un contingent de joueurs locaux, de plusieurs expatriés, notamment en France (N3), à Tahiti et en Israël, formé essentiellement d’amateurs. "Ici, je ne pense pas que des clubs versent des primes aux joueurs. Moi qui vis à Koné, je viens presque tous les week-ends jouer à Nouméa, à près de 300 kilomètres, et c’est moi qui paye l’essence", se marre Morgan Mathelon. "Il ne faut pas espérer gagner sa vie en jouant au foot en Nouvelle-Calédonie. Tu le fais par passion. Les joueurs ont un job à côté, confirme Didier Simane, le défenseur de l’ASPTT Dijon (N3).
"Moi, quand je suis venu en métropole en 2021, c’était pour des raisons professionnelles. Il y a de bons joueurs en Nouvelle-Calédonie, le football y a progressé, notre présence en barrages – après avoir éliminé les Fidji, la Papouasie, les Îles Salomon et Tahiti en qualifications – le prouve. Le problème, c’est que les joueurs ne quittent pas forcément leur île." En effet, à part Zéoula et Georges Gope-Fenepej, passé par Troyes, Amiens et Le Mans et actuellement sous contrat à Locminé Saint-Colomban, Jekob Jeno, lié au club israélien d’Hapoel Rishon Le Zion (L2), Joseph Athale et Germain Haewegene (Tahiti United) et désormais Angelo Fulgini, les internationaux néo-calédoniens à avoir côtoyé le niveau professionnel sont rares.
En Nouvelle-Calédonie, un championnat amateur
"Ce n’est pas facile de partir loin de la famille, de la terre natale, pour arriver en Europe, sachant que notre championnat est amateur", avance Zéoula. Un argument que valide Mathelon, qui s’étonne néanmoins "qu’aussi peu de joueurs aillent en Australie ou en Nouvelle-Zélande, où c’est professionnel. Il faudrait peut-être créer des passerelles avec ces pays qui sont géographiquement proches." La qualité des joueurs du Caillou est là, mais l’absence de professionnalisme limite des ambitions. "Il y a pourtant de bons joueurs ici. Ils sont endurants, explosifs, ils ont des arguments techniques et sont capables de s’adapter partout. Mais il faut aussi tenir compte du fait que le réservoir de joueurs est limité. Il y a moins de 300 000 habitants et environ 5000 licenciés", rappelle Johann Sidaner.
Le match de jeudi est depuis un an considéré comme le plus important de la sélection nationale, et suscite une grande impatience chez les joueurs. "On a eu douze mois pour y penser. Un groupe WhatsApp a été créé et on échange régulièrement dessus. Maintenant, on y est presque. Mentalement, il faudra être prêt. La Nouvelle-Zélande, on l’a tenue en échec pendant une heure avant de craquer. Il faudra faire attention à ne pas commettre d’erreurs de concentration à profiter de nos temps forts", reprend César Zéoula. Didier Simane, qui s’est renseigné sur les Reggae Boyz, voit en l’adversaire des Cagous "une équipe dont le niveau doit être proche à celui de la Nouvelle-Zélande. Ce sera peut-être le même style de match. Il faudra accepter de subir, de courir, mais surtout, il ne faudra pas avoir de regrets." Morgan Mathelon, tout aussi impatient de jouer ce match, s’étonnait à quelques jours du départ pour Guadalajara du peu d’écho de ce match dans ce coin du Pacifique. "Le foot est le sport numéro 1 ici, mais j’ai trouvé qu’on en parlait assez peu. Il y a des gens qui ne semblent pas être au courant."
À Zapopan, à 1500 m d’altitude, les Cagous évolueront dans un stade où leurs supporters ne devraient pas être très nombreux, alors que le contingent de jamaïcains sera sans doute plus significatif. "Le Mexique est loin, le voyage est très cher, je ne pense pas qu’il y ait une grosse diaspora néo-calédonienne, mais on sait que nos supporters seront devant leur télé, puisque je crois que le coup d’envoi sera donné à 14 heures à Nouméa", termine Sidaner.
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