"Brésil-Argentine n’est jamais un match amical." En une seule phrase en conférence de presse lundi, le sélectionneur du Brésil Tite a synthétisé l’essentiel d’une rencontre que toute la planète s’apprêtait à dévorer des yeux. Pourtant, ce classique d’Amérique du Sud n'aurait pas dû être retenu comme la principale rivalité de ce dernier carré de la Copa América. De l’autre côté du tableau final, la deuxième demi-finale entre le Chili et le Pérou promet d’être bien plus explosive sur la pelouse. Et ce, pour des raisons extra-sportives.

Le nerf de la guerre du Pacifique

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Le Pérou et l'Uruguay dos à dos
16/10/2019 À 06:34

Loin du ballon rond, le réel démarrage du conflit entre les deux nations provient de la fin du XIXe siècle. À cette époque, le Chili revendique des terres plus au nord : la province de Litoral et la région de Tarapacá, appartenant respectivement à la Bolivie et au Pérou.

Après une première offensive chilienne entre 1836 et 1839 visant à empêcher la réunion boliviano-péruvienne en vue de la création d'une confédération, l’État dirigé par Aníbal Pinto Garmendia se décide à annexer le port d’Antofagasta, propriété de la Bolivie, le 14 février 1879. En partenariat avec le royaume d’Angleterre, l’armée chilienne profite de cette zone géographique pour extraire du salpêtre servant, entre autres, à la production de la poudre à canon.

"Le pisco... et la mer sont péruviens"

Crédit: Getty Images

Et le Pérou dans tout ça ? Lié à la Bolivie par un traité secret de réciprocité de défense face au Chili, le pays des Incas est en bisbille avec son voisin du sud. C’est le début de la guerre du Pacifique avec comme belligérants le Chili contre l’alliance entre Pérou et Bolivie et prolongée jusqu'en 1884 aux niveaux terrestres et navals.

Malgré une résistance acharnée des pays andins, le combat tourne en faveur de l’armée chilienne lors de sa victoire dans la bataille de Huamacucho, déterminante dans l'annexion des zones de Tarapacá (riche en nitrate), Arica et Tacna. Si cette dernière région sera par la suite restituée au Pérou en 1929, le véritable affront réside dans la perte de l’unique accès à la mer pour la Bolivie, condamnée à devenir un État enclavé dans les Andes.

Le recours à la Cour Internationale de Justice

Si les affrontements se limitent désormais au sport entre le Chili et le Pérou, des tensions perdurent toujours au XXIe siècle à l’échelle des tribunaux. Après de multiples querelles liées à différents accords continentaux, le Pérou fait parvenir en janvier 2008 une demande de définition concrète des limites maritimes devant la Cour Internationale de Justice de La Haye, en vertu du Pacte de Bogota de 1948 par lequel les deux pays reconnaissent la CIJ comme seul et unique arbitre d’un tel différend.

Les plaidoiries des deux parties se tiennent en décembre 2012 aux Pays-Bas, et l’enjeu est de taille : le litige porte sur plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés de zones extrêmement poissonneuses. Si la CIJ donne raison au Chili, rien ne change. Si la Cour donne raison au Pérou, celui-ci gagne 67 680 km² de mer sur son voisin.

Carlos Zambrano (Pérou) face à Gary Medel (Chili)

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Chaque partie attentivement écoutée, la CIJ se donne un délai de réflexion pour annoncer la décision définitive. En attendant, les deux pays sont obligés de poursuivre leur quotidien avec des difficultés d’entente. À partir de 2013, la tension se met à fortement monter. À leur échelle, les présidents Sebastián Piñera et Ollanta Humala calment la pression populaire suite aux différentes réactions de chaque peuple.

Au Chili, certains bruits évoquent même des menaces à l’encontre des immigrés péruviens en cas d’avis de la Cour favorable au Pérou. Le 27 janvier 2014, le verdict est enfin rendu : le Pérou obtient 50 000 kilomètres carrés de mer supplémentaires, tandis que le Chili en conserve 17 000, "la zone la plus poissonneuse", dixit Piñera.

Voilà donc des rapports mouvementés qui expliquent la rivalité toujours existante entre les deux pays. Et forcément, ce type de rapport délétère déteint sur un sport populaire comme le football. Lors d’un Pérou-Chili comptant pour les éliminatoires de la Coupe du monde en Russie le 14 octobre 2015, cette tension était évidemment remontée aux oreilles du peuple péruvien qui n’avait pas hésité à siffler abondamment l’hymne national chilien dans les travées du stade national de Lima.

Un affront auquel le milieu de terrain Gary Medel avait rapidement répondu face aux caméras via des insultes... Pour cette demi-finale à venir, nul doute que le pitbull chilien souhaitera à nouveau remettre le Pérou à sa place. En souvenir du bon vieux temps...

Pablo Guerrero et Gary Medel (à droite) lors de Chili-Pérou en 2015

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