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Coup d’éclat légendaire mais frustrante carrière : Éder, héros qui a fini par le payer
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Publié 14/05/2020 à 21:05 GMT+2
Parfois, vous êtes touché par la grâce. Lors d’un instant, d’un match ou d’une compétition. Cette semaine, nous retraçons l’histoire de cinq joueurs qui ont surperformé durant un court laps de temps. Capable d'accomplir ses rêves les plus fous, Eder est devenu un héros en offrant l'Euro au Portugal. Sans savoir que cela mettrait un énorme coup d'arrêt à sa carrière.
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Allez savoir pourquoi, les petits canards tiennent une place à part dans la culture portugaise. Là-bas, les comptines d'oPatinho (traduisez "le caneton") ont bercé des milliers d'enfants et le célèbre conte d'Andersen y est, aussi, très populaire. Le soir du 11 juillet 2016, Fernando Santos savait donc de quoi il parlait au moment de s'adresser aux journalistes du monde entier : "Le vilain petit canard est devenu mignon !"
Vous vous en doutez, le sélectionneur lusitanien faisait ici référence à Éder. Et il n'avait pas choisi cette métaphore par hasard. Entré en jeu quelques mois plus tôt lors d'un match de préparation face à la Belgique, l'attaquant avait été sifflé par une partie des supporters de la Seleção das Quinas. Le grand gaillard n'avait rien à faire là, estimaient-ils depuis qu'ils l'avaient vu multiplier les entrées en jeu ratées, jusqu'au Mondial 2014. Le Portugal a eu Eusébio, Futre et Pauleta. La pénurie d'avant-centre d'envergure avait beau durer depuis la retraite internationale du dernier cité, elle ne devait plus toucher à l'exigence.
Le malaise avait poussé João Pinto, directeur de la Fédération, à réclamer "plus de considération pour un joueur qui représente son pays." À l'époque, le dirigeant était probablement à des années-lumière d'imaginer qu'Éder finirait par s'offrir, de lui-même, un respect éternel. Ce n'était pas son destin. Comme Cristiano Ronaldo, idole du peuple, le robuste attaquant vient de loin. Mais contrairement à ce que beaucoup veulent croire, CR7 est devenu ce qu'il est par son gigantesque talent, et pas seulement par son travail. Éder, lui, pourrait se tuer à la tâche jour et nuit qu'il ne deviendrait jamais un géant. Il lui manquera toujours un critère.
Le premier rêve d'Éder ? La Premier League
Né en Guinée-Bissau, arrivé au Portugal à trois ans, placé dans un centre pour enfants de la banlieue de Coimbra parce que ses parents n'ont pas les moyens de s'occuper lui, Éder n'a ni les aptitudes, ni le parcours d'un surdoué. Il intègre difficilement la troisième division locale alors qu'il est déjà majeur, il se retrouve dans un petit club de l'élite deux ans plus tard. Et en 2012, personne ne sait vraiment pourquoi le Sporting Braga, quatrième club du pays, parie sur lui.
Avec le club do Minho, l'attaquant alterne le bon et le franchement décevant, au point de flancher psychologiquement. Attristé et en plein doute, il fait appel à une coach mental, rencontrée par hasard, avec laquelle il évoque, à l'été 2014, un rêve qu'il considère inaccessible : jouer en Premier League. Éder l'écrit sur une feuille de papier, et, requinqué par Susana Torres, se remet au travail. Son exercice 2014/2015 est réussi, les portes de son objectif ultime s'ouvrent : Swansea débourse 6,7 millions d'euros.
Le rêve est atteint. Mais le cap est impossible à franchir. Éder a déjà goûté au prestige d'une grande compétition internationale avec la Seleção, en 2014 mais s'il s'éternise au pays de Galles, le Portugais dilapidera ses chances d'en disputer une deuxième. Le plus grand championnat du monde n'est pas fait pour lui. Ou l'inverse. Et quand Lille lui propose une porte de sortie, il a raison d'y voir un bon compromis. Dans le Nord, sa demi-douzaine de buts inscrits en 14 matches le prouve. A la grande époque de Pauleta, ou celles des illustres buteurs portugais, six pions n'auraient probablement pas suffi à convaincre le sélectionneur. Mais les temps ont changé.
Qu'importe. Éder ne sera, de toute façon, que le 21e ou 22e homme. Fernando Santos n'aura besoin de lui qu'en dernier recours. "Pour une minute, cinq ou dix, je veux aider l'équipe quand on fera appel à moi, dit l'attaquant avant d'entamer la compétition. A n'importe quel moment, je serai prêt pour être la solution." Sans buteur d'envergure en pointe, le sélectionneur a troqué l'inamovible 4-3-3 pour un 4-4-2 permettant de conférer toute la responsabilité offensive à Cristiano Ronaldo. L'astuce fonctionne. Même si elle est risquée. Si la superstar de l'effectif vacille, c'est toute l'équipe qui risque de couler. Et pour des raisons abstraites, c'est toujours au pire moment que ces éventualités finissent par se matérialiser.
11 juillet 2016, finale de l'Euro, Portugal - France, 25e minute. Ronaldo, larmes sur les joues, papillon sur le nez et genou en vrac, doit quitter le rectangle vert. Depuis la zone technique, il voit son bateau tanguer et subir la marée. Debout devant son banc, il s'agite, comme un lion en cage. Sur le papier, il n'y a qu'un sélectionneur, et celui-ci s'appelle Fernando Santos. Dans les faits, il y a un doute. Lorsque le coach demande à Éder de stopper son échauffement, à la 79e minute, CR7 s'adresse à son coéquipier le premier.
"J'ai eu une grande carrière et il m'est arrivé de faire certaines choses au feeling. Je ne suis pas un sorcier ou quelqu'un comme ça, mais j'ai senti qu'il ferait quelque chose en prolongation", dira plus tard le multiple Ballon d'Or. "Ronaldo m'a dit que je marquerais le but vainqueur, assurera Éder à la télé portugaise. Cela m'a donné beaucoup de force et d'énergie." Hormis Santos, Ronaldo et lui-même, ils sont peu d'autres à y croire. "La vérité est qu'à ce moment-là, personne ne veut qu'il entre, racontera Ricardo Quaresma à Canal 11. Tous ceux qui disent le contraire sont des menteurs."
Adulé le lendemain à Lisbonne, constamment sifflé ensuite
Par son physique et son jeu dos au but, Éder pose pourtant d'énormes problèmes à la défense des Bleus. A la 109e minute, il va la punir. Et changer son destin, cette fois-ci à tout jamais. En quatre mois, le vilain petit canard est devenu le héros national. "C'est le plus beau moment de ma carrière, c'est incroyable, confie-t-il à l'UEFA. Marquer dans un match si disputé, offrir au Portugal son premier titre majeur, ce sont des émotions folles. C'est un rêve qui, d'un seul coup, devient réalité." Celui-ci, il n'avait même pas osé l'écrire sur une feuille de papier.
Le lendemain, à Lisbonne, il reçoit une ovation toute particulière d'un peuple qui n'attendait que ça. Loin, très loin, de réaliser que ce qu'il avait fait la veille allait complexifier la suite de toute sa carrière. Avant l'Euro, Lille a effectivement levé l'option d'achat pour le conserver sans savoir que deux mois plus tard, Éder deviendrait le bourreau des Bleus. À chacune de ses sorties avec le maillot lillois, le Portugais est sifflé, parfois par ses propres supporters, toujours par les autres. Son but en finale de l'Euro est gravé à jamais dans l'histoire. L'hostilité à laquelle il fait face, en France, est donc irréversible.
Son départ à l'issue de l'exercice est inéluctable mais un an plus tard, avec seulement six petits buts au compteur en L1, l'attaquant ne peut envisager une autre destination de rêve. Au moment de rejoindre le Lokomotiv Moscou, il ne se doute pas qu'il s'apprête à atteindre un nouveau pic, évidemment beaucoup moins élevé que celui qu'il a gravi le 11 juillet 2016. Mais le 5 mai 2018, au bout d'une saison médiocre sur le plan personnel, Éder inscrit, au bout du temps réglementaire, l'unique but du match opposant le Lokomotiv au Zénit. Celui du titre. A 4500 km de Lisbonne et 2500 de Lille, Éder est de nouveau adulé. Peut-être n'a-t-il jamais été un vilain petit canard. Il n'est pas un cygne non plus. En réalité, il est un phénix.
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