Coupe d'Afrique des nations - Vingt-cinq minutes interminables pour gâcher une finale, et bien plus
Mis à jour 19/01/2026 à 12:38 GMT+1
Démarrée sur un terrain miné de tensions, la finale de la CAN s'est achevée dans un océan de polémiques et sur un cratère en éruption. Vingt-cinq minutes de temps additionnel et deux décisions de l'arbitre ont suffi à faire basculer la rencontre dans un spectre nauséabond, dont le Sénégal a survécu. Mais c'est bien tout le football africain qui pâtit ce soir de l'image livrée au monde entier.
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Video credit: Eurosport
C'est un nuage qui, dès le coup d'envoi de cette Coupe d'Afrique des nations, planait dangereusement au-dessus du Maroc, de ses stades géants, de ses pelouses toutes neuves, de son ambition sans limites. À trop vouloir toucher le ciel, le pays organisateur s'est laissé engloutir par la pression populaire, devenue une arme de déstabilisation massive. Jusqu'à cette finale perdue contre le Sénégal (1-0 a.p.) dans un scénario fermé à double tour, avant cette fenêtre temporelle irréelle, porte ouverte à tous les complots, à la parano, à toutes ces légendes puantes qui ont souvent menotté le football africain à un niveau trop bas pour être reconnu à sa juste valeur.
Le choix de Rabat pour cette édition devait élever d'un gros degré l'exigence d'un continent en pleine montée en puissance, où les super-nations germent comme le jasmin au soleil. Le niveau de jeu, lui, aura trop peu été à la hauteur du cadre proposé. Pas grave, disait-on. Au moins, le scénario, les surprises viendront élever la flamme. Pourquoi pas, mais tout sauf ça. Meilleure défense de la compétition, solide et peu brillante – sauf quand il le faut – la sélection du pays hôte a toujours été escortée de cette fumée âcre et viciée du soupçon du traitement de faveur, du destin façonné par une prophétie faussement autoréalisatrice.
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Gueye : "Sadio nous a dit de revenir sur le terrain, on s'est remobilisés"
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Depuis le début de la compétition c'était malsain
Assommés par le poids d'une tension irrespirable et palpable dès la phase de poules, les Lions de l'Atlas ont, dans le sillage d'un Walid Regragui exemplaire quoique franchement chahuté, tenu bon la barre. La bourrasque émotionnelle déversée par deux décisions corrosives dans le temps additionnel a tout renversé. Vingt minutes couvertes de honte, d'un sentiment puissant de gâchis. "On félicite le Sénégal même si c'est décevant l'image qu'on a montrée du football africain après tout ce qu'il s'est passé, se lamente Regragui sur M6. Depuis le début de la compétition, c'était malsain."
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TOPSHOT - Senegal and Morocco players clash during the Africa Cup of Nations (CAN) final football match between Senegal and Morocco at the Prince Moulay Abdellah Stadium in Rabat on January 18, 2026. (Photo by Abdel Majid BZIOUAT / AFP via Getty Images)
Crédit: Getty Images
Le Maroc paye un lourd tribut, celui d'assumer sa grandeur, quitte à s'y enfermer. Le lustre des infrastructures ne pèsera rien devant le tollé en mondiovision d'une double décision absurde, de cette attente interminable jusqu'à la panenka ratée de Brahim Diaz à quelques dizaines de mètres d'affrontements sévères entre supporters sénégalais et forces de l'ordre. Un chaos total, sauvé malgré lui par un penalty tiré d'une indolence si détachée par Diaz que la théorie du raté volontaire a pu se propager chez certains.
Vitrine brisée et tache indélébile
Déconnecté, le pays hôte a balayé d'un revers sec un château de cartes fièrement construit. Brahim Diaz, lui le héros, fils adopté venu de l'autre côté de la Méditerranée s'est soudainement senti orphelin chez lui. Des trajectoires brisées net, dont celle, la plus importante, d'un continent qui dardait de tous les côtés des regards brillants, chargés d'un espoir d'enfin cueillir une reconnaissance planétaire à la hauteur de ses talents et de son engouement. Survivant d'une tempête australe, le Sénégal ne pourra que s'enorgueillir d'avoir bravé les vents les plus contraires.
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Les forces de l'ordre du stade Prince Moulay Abdellah face à un groupe de supporters sénégalais
Crédit: Getty Images
Mais sans la légitimité promise par cette édition érigée en écrin de modernité, que vaut cette seconde CAN des Lions de la Teranga ? Le football africain a fait trois pas en arrière en l'espace de ces lourdes minutes, espace-temps totalement lunaire. Reste le Maroc, descendu de son piédestal sans lauriers et marqué au fer rouge du sceau du malaise. En pole pour accueillir la prochaine CAN, en 2028, avant le passage au quadriennal, Rabat peut s'attendre aux mêmes questions, aux mêmes doutes. Triste marronnier, une tache noire qu'on pensait effacée et qui, après cette finale, devient indélébile.
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