Histoire - Quand le Paris Saint-Germain (PSG) et le Paris FC ne faisaient qu'un : "Cette fusion, c'était une idée politique"

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Huit jours après leur opposition en Ligue 1, le PSG et le Paris FC se retrouvent pour le compte des 16es de finale de la Coupe de France. Entre les deux clubs de la capitale, l'histoire les a liés entre 1970 et 1972. Michel Prost, ex-attaquant amateur du Stade Saint-Germanois, a évolué sous les couleurs du Paris Saint-Germain Football Club. Avant la rencontre de lundi, il raconte pour Eurosport.

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Video credit: Eurosport

Le mot derby n'a jamais aussi bien porté son nom. En effet, une rue et 44 mètres d'écart séparent le Parc des Princes, l'enceinte du PSG, et le Stade Jean-Bouin, où le Paris FC a posé ses bagages cet été après son accession en L1. Ce lundi, pour le compte des 16e de finale de la Coupe de France, le premier nommé va recevoir son homologue francilien, deux clubs qui ne faisaient qu'un, il y a encore 54 ans.
Retour à la fin des années 60. Durant cette décennie, le football français est essentiellement dominé par Reims, Saint-Étienne et Nantes. Mais il n'y a pas de club professionnel à Paris en première division. Alors que le Parc des Princes est en rénovation (ndlr : il sera inauguré en mai 1972), la FFF organise un grand référendum à Paris en février 1969 pour la création d'un club de football professionnel dans la capitale.
Près de 60 000 Parisiens votent et c'est ainsi que naît le Paris Football Club à l'été de cette même année. Pour développer le projet, le dirigeant Guy Crescent va au Real Madrid, rencontre le président des Merengue Santiago Bernabéu, qui lui parle des bienfaits du système des socios. Sur Europe 1, dans l'émission "Vous êtes formidables" animée par Pierre Bellemare, les Parisiens sont appelés en direct pour devenir socios du Paris FC. "10 000 associés s'engagent et 4 millions de francs (ndlr : quelque 5 millions d'euros) sont récoltés, soit plus qu'à Saint-Étienne, l'un des plus grands clubs de l'époque", rappelle Julien Froment, auteur du livre "L'incroyable histoire de la naissance du PSG (éditions Amphora)" sur ICI Paris. Mais il n'y a pas d'équipe et l'instance dirigeante se tourne vers le Stade Saint-Germanois, basé à Saint-Germain-en-Laye dont le président Henri Patrelle est un acteur majeur de la FFF. Ce rapprochement marque l'acte de naissance du Paris Saint-Germain Football Club à l'été 1970.
"À cette période, le stade Saint-Germanois était le club le mieux classé en Île-de-France, nous glisse Michel Prost, ancien attaquant amateur à Saint-Germain-en-Laye, promu en D2 en 1970. Le président de la Fédération française de football, Jacques Georges, qui était récemment élu, avait déclaré en conférence de presse : 'la ville de Paris est la seule en Europe, hormis en Albanie, où il n'y a pas un grand club de football'. Cette fusion, c'était une idée politique : Paris avait le fric et Saint-Germain avait une structure et des jeunes joueurs. Nous, à l'époque, on avait appris tout ça dans la presse."
Dans la foulée, le PSGFC met les moyens dans son recrutement pour ne pas s’éterniser en D2 : Jean Djorkaeff (le père de Youri Djorkaeff), ex-joueur international et défenseur phare du championnat de France, Jean-Claude Bras, l'ailier des Bleus qui a signé en provenance de Bruges (Belgique), et Roland Mitoraj, lui aussi international français et ex-grand joueur de Saint-Étienne, débarquent au sein du club de la capitale. "Ces joueurs, c'était vraiment fort. Leur objectif était de monter en D1, martèle Michel Prost. On se dit que c'est vraiment chouette et qu'un très beau défi nous attend. Moi, avant tout ça, j'étais un joueur amateur. Avec Bernard Guignedoux, on a été les seuls anciens joueurs amateurs contactés pour signer un contrat pro."

Quand Pelé était proche de signer au PSGFC

En fin de saison, l'objectif de la montée est rempli après avoir battu Rouen, "qui avait été invaincu pendant la saison", rappelle Michel Prost, aujourd'hui âgé de 79 ans. Pour cette grande première en D1, la direction du Paris Saint-Germain Football Club voit plus loin. Elle est d'ailleurs toute proche d'enrôler Pelé, le meilleur joueur du monde de l'époque.
"Ça aurait été formidable, sourit l'ex-joueur du Stade Saint-Germanois. Guy Crescent était parti à Santos, qui avait besoin de fric. Pour le faire venir à Paris, le club lui proposait notamment de toucher la moitié des recettes de tous les matches à domicile. Finalement, ça ne s'est pas fait. Guy Crescent est revenu en France bredouille. Finalement, il a pris Joel Camargo, qui était international brésilien et champion du monde 1970. Mais il avait eu un accident de voiture et l'avait caché à tout le monde. Il ne pouvait pas courir normalement. En courant un 50 m à l'arrière, on allait plus vite que lui."
Au cours de l'exercice 1971-72, le Parc des Princes est encore en travaux. Il faut donc trouver un autre terrain de jeu en Île-de-France. "On était un peu des SDF : un coup, on jouait dans l'ancien stade de Jean Bouin, un autre coup, on évoluait à Saint-Ouen", nous confie Michel Prost. À la fin du championnat, le club termine 16e de D1 à quatre points de la zone rouge. "On a bien commencé. Ensuite, on a perdu pas mal de matches. Notre trajectoire à l'époque ressemble un peu à celle du Paris FC cette saison en L1", souligne l'ex-attaquant parisien.
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Maxime Lopez (Paris FC) face à Joao Neves (PSG)

Crédit: Getty Images

Mais une nouvelle fois, la politique et le sportif vont s'entremêler. Au printemps 1972, la mairie de Paris, qui attribue une subvention de 80 millions de francs (ndlr : quelque 91 millions d'euros) au PSGFC, pose un ultimatum : l'argent sera toujours injecté dans le futur si le club s'appelle uniquement Paris. "Cela gênait la mairie que ce projet soit associé à un club de banlieue", précise Julien Froment sur ICI Paris. Le 16 mai de cette même année, lors de la célèbre "nuit du Méridien" rassemblant les dirigeants du club et les socios, il est décidé de séparer les deux entités : le PFC reste en D1 alors que le Stade Saint-Germanois, qui s’appellera désormais le Paris Saint-Germain, repart en troisième division. "C’était vraiment une décision politique, note Michel Prost. Quand la politique se mêle de quelque chose, ça met souvent le bordel et c'est ce qui s'est passé à l'époque."
Ce dernier, au même titre que les stars de l'équipe, reste dans l'élite avec le Paris FC. Les anciens joueurs de Saint-Germain-en-Laye repartent chez les amateurs. "Ils l'ont très mal pris, rappelle Michel Prost. Quelque part, ils perdaient tout ce qui avait été fait avant. Pour ceux qui avaient signé pro comme Bernard (Guignedoux) ou moi, on n'avait pas le choix. C'était impensable pour nous de faire une croix sur une carrière pro."
Pourtant, les trajectoires se croiseront en 1974 : le Paris FC descend en D2 et le PSG, repris par le grand couturier Daniel Hechter, remonte dans l’élite. En 1978-79, le PFC joue son dernier derby en D1 contre le Paris Saint-Germain avant de le retrouver dans l’élite... le 4 janvier 2026 (2-1). Huit jours plus tard, les deux équipes se retrouvent déjà en Coupe de France. "Dans mon cœur, le PSG est devant et ensuite, il y a le PFC. Lundi, je vais supporter le Paris Saint-Germain", conclut Michel Prost en guise de clin d’œil à l'histoire si particulière de ces deux clubs.
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